N°01. L’Europe face aux premiers soubresauts yougoslaves

N°01. L’Europe face aux premiers soubresauts yougoslaves

(B2) Quand arrivent les premiers évènements en Yougoslavie, l'Europe a la tête ailleurs. Le mur de Berlin vient de tomber. La réunification allemande est à l'ordre du jour. L'Europe s'approfondit : les accords de Schengen sont signés. Les fondements de l'Union économique monétaire sont posés lors d'une nouvelle Conférence intergouvernementale. Les États membres se divisent sur l'Europe politique. La crise du Golfe fait rage.

Jacques Delors (Commission européenne), G. de Michelis (présidence italienne), J. Poos (Luxembourg), H.D. Gensher (Allemagne), R. Dumas (France) à la réunion des ministres des affaires étrangères le 16 décembre 1991 (crédit : Commission européenne / Archives B2)

Les préliminaires

Les 5-6 octobre 1988. Incidents à Novi-Sad en Voïvodine, après une manifestation en faveur du resserrement des liens avec la Serbie. La direction politique de la province démissionne. Une équipe proche du pouvoir serbe de Milosevic est installée.

Les 8-9 octobre 1988. Violentes manifestations à Titograd, au Monténégro, contre la baisse du niveau de vie. Le gouvernement de la République démissionne dans la nuit du 25 au 26 octobre.

Du 17 au 21 novembre 1988. Manifestations au Kosovo.

Le 19 novembre 1988. Manifestation d’un million de Serbes à Belgrade pour soutenir la minorité serbe du Kosovo.

Le 11 janvier 1989. La direction du Monténégro démissionne sous la pression de manifestants. Un nouveau pouvoir s’installe proche du pouvoir serbe de Milosevic. Création en Slovénie de l’Union des démocrates slovènes qui milite pour une véritable démocratie parlementaire.

Le 19 janvier 1989. Nomination du Croate Ante Markovic comme Premier ministre yougoslave. Il plaide en faveur d’un socialisme nouveau et pour une économie de marché.

Le 28 juin 1989. Fête du nationalisme serbe pour le 600e anniversaire de la bataille du Champ des Merles contre les Turcs. Un million de Serbes, soit le cinquième de la population adulte, font un triomphe à Milosevic lorsqu'il annonce un programme de «reconquête» du Kosovo.

Les 8-9 décembre 1989. Le Conseil européen réuni à Strasbourg (présidence française de la CEE oblige) constate que la majorité nécessaire est réunie (le Royaume-Uni est contre) pour convoquer une conférence intergouvernementale pour modifier le Traité, avant la fin 1990, en vue des étapes finales de l'Union économique et monétaire. L'heure est à l'élargissement vers l'Est. Il déclare suivre « avec attention et intérêt les réformes importantes prévues en Yougoslavie et confirme l'engagement de la Communauté d'examiner - dès conclusion de l'accord avec le Fonds monétaire - les mesures supplémentaires de soutien du programme d'assainissement de la situation économique et financière du pays ».

La Yougoslavie vient plaider sa cause à Bruxelles

Le 8 mars 1990. Ante Markovic, premier ministre yougoslave, vient à Bruxelles, plaider auprès de Jacques Delors, pour une aide accrue de la CEE, selon le quotidien Le Monde.

Le 28 avril 1990. Le Conseil européen spécial de Dublin est le sommet de l’euphorie. Les avancées démocratiques en Europe centrale et l’unification allemande dominent. Les Douze décident d’étendre à cinq pays – dont la Yougoslavie (avec la RDA, la Tchécoslovaquie, la Roumanie et la Bulgarie) – les mesures prises par le groupe des 24 (groupe des ministres des finances de la CEE + AELE + USA, Canada, Turquie, Australie, Nouvelle-Zélande, Japon).

Le 13 mai 1990. Au stade Maksimir de Zagreb, des incidents violents éclatent entre supporters du Dynamo de Zagreb et de l’Étoile Rouge de Belgrade. Incidents sciemment provoqués.

Le 18 juin 1990. Le Conseil des Ministres des Affaires générales des CE prend acte de la communication de la Commission sur l’avenir des relations entre la Communauté et la Yougoslavie, présentée par le commissaire européen Abel Matutes.

Le 26 juin 1990. Suspension du gouvernement et du Parlement du Kosovo. Les députés du Kosovo continuent de se réunir clandestinement. Ils déclarent la « souveraineté » du Kosovo.

Le 2 juillet 1990. Les députés albanais du Kosovo (chassés du Parlement) publient une Déclaration constitutionnelle, faisant du Kosovo une République, à égalité avec les autres. La Slovénie adopte une déclaration de souveraineté.

Le 25 juillet 1990. L’Assemblée nationale croate proclame la souveraineté de Croatie. Le même jour, dans la localité de Srb en Croatie, un rassemblement des Serbes de Croatie adopte une Déclaration sur la souveraineté et l'autonomie du peuple serbe et un Conseil national serbe, chargé de représenter les Serbes de Croatie, est créé.

Le  2 août 1990. Crise du Golfe. Début de l'invasion du Koweït par l'Irak.

Le 17 août 1990. Le soulèvement serbe commence en Croatie, après une attaque des forces spéciales de la police croate sur le poste de police de Benkovac contrôlé par les Serbes, ces derniers saisissent des armes des policiers de réserve et élèvent des barricades sur les routes.

Du 19 août au 2 septembre 1990. Les Serbes se prononcent, peu après, à 99 % des voix (!) pour leur séparation de la Croatie.

Le 3 septembre 1990. Au Kosovo, c’est la grève générale et le début du renvoi de la plupart des Albanais des postes de l’administration (75.000 personnes seront chassées en un an de leur poste après cette grève).

Le 7 septembre 1990. Après un référendum clandestin, le Kosovo promulgué adopte, dans le cadre yougoslave, la Constitution de « sa République » promis à devenir la 7e République fédérative socialiste de Yougoslavie (non reconnue par les Serbes). Une proclamation symbolique.

Le 11-12 septembre 1990. En Bosnie-Herzégovine, commencent des troubles interethniques. L’état d’urgence est proclamé.

Le 28 septembre 1990. La Serbie abolit le statut d’autonomie de sa province du Kosovo. Le parlement de la province avait déjà été dissous début juillet.

Le mardi 2 octobre 1990. L'Union de l'Europe occidentale (UEO) réfléchit à la création d'une « force d'action rapide européenne » qui pourrait intervenir militairement hors de la zone d'opération de l'OTAN, indique, à Bruxelles, le Belge Armand De Decker, président de la commission politique de l'Assemblée de l'UEO.

Le vendredi 5 octobre 1990. Les présidents slovène et croate proposent la restructuration de la Yougoslavie sur un modèle « confédéral », composée de six Républiques souveraines, dotées d’une monnaie, d’une armée et d’une représentation diplomatique propres. L’armée fédérale yougoslave investit le quartier général de la défense territoriale de Slovénie, à Ljubljana, après le refus du gouvernement slovène de placer sa défense sous le commandement de l’armée yougoslave.

Les samedi/dimanche 6 et 7 octobre 1990. A Asolo / Venise (Italie), lors de leur réunion informelle, les ministres des Affaires étrangères parlent de politique étrangère commune. Ils établissent une liste de sujets d'intérêt commun.

Les samedi/dimanche 27 et 28 octobre 1990. Un Conseil européen spécial se réunit à Rome pour finaliser le lancement des deux conférences intergouvernementales (Union économique et monétaire et Union politique). Les Douze se prononcent pour le maintien de l’unité et de l’intégralité territoriale de la Yougoslavie. Mais c’est surtout la crise du Golfe et la guerre Irak-Koweit qui inquiètent.

Le 18 novembre 1990. Les premières élections libres en Bosnie-Herzégovine, sont marquées par la victoire des partis nationalistes. Alija Izetbegovic est nommé président de la Présidence collégiale de Bosnie-Herzégovine.

Le 15 décembre 1990. Le Conseil européen de Rome lance les deux Conférences intergouvernementales (CIG).

Le 21 décembre 1990. La Krajina se déclare autonome. Le 22 décembre, le Parlement de Croatie proclame une nouvelle constitution, avec le droit de faire sécession et la la modification du statut de la communauté serbe en « minorité nationale ». Le 23 décembre, un référendum en Slovénie donne à une large majorité (95%) le retrait de la fédération yougoslave (RFSY). L'indépendance est proclamée le 26 décembre.

Février 1991. Une délégation du Parlement européen se rend en Yougoslavie et au Kosovo

Le 20 mars 1991. Les ministres des Affaires étrangères discutent informellement à Montdorf-les-bains de politique étrangère et de sécurité et notamment du rapport entre l'UEO et l'Union politique.

Le 31 mars 1991. Incident au parc national des lacs de Plitvice. Des policiers croates en bus tombent dans une embuscade tendue par les serbo-croates. 2 tués : un policier croate, un serbo-croate, et 20 blessés.

Avril 1991. La Troïka européenne se rend à Belgrade pour prôner la dialogue et le non recours à la force