N°03. La crise (évitée) de 2001 en Macédoine

N°03. La crise (évitée) de 2001 en Macédoine

DrapeauFyromMacédoine2000@(B2) Début 2001, une organisation extrémiste albanaise dénommée «Armée de Libération de la Macédoine» (ALN), lance une série d'actions terroristes et armées en Macédoine, sous le prétexte de défendre la minorité ethnique albanaise de ce pays. Des bombes sont placées. Plusieurs villages du nord-est de la Macédoine sont occupés. Des actions armées sont lancées dans les environs de Tetovo, la deuxième ville du pays. L'Union européenne et l'OTAN se mobilisent pour éviter que le conflit ne s'envenime et ne fasse tâche d'huile dans cette région sensible des Balkans.

Mars 2001

En mars, plusieurs soldats macédoniens sont tués par des insurgés albanais près de Tetovo. Skopje fait alors appel à l'ONU et à l'OTAN.

Le 4 mars 2001, trois soldats macédoniens sont tués par des militants de l'Armée de libération nationale de Macédoine (l'UÇK-M) présente depuis quelques mois à la frontière entre la Macédoine et le Kosovo, placé sous administration internationale. L'UÇK-M contrôle notamment le village macédonien de Tanusevci. Un autre foyer de guérilla albanaise est signalé à la frontière entre le Kosovo et la Serbie, au nord de la Macédoine.

Le 7 mars 2001, alors que les incidents se multiplient aux frontières macédonienne et serbe, des soldats américains de la KFOR ouvrent le feu sur des combattants albanais à la frontière avec la Macédoine. Le lendemain, la KFOR investit le fief des rebelles albanais, Tanusevci. // Un plan d'action du gouvernement macédonien est présenté au Conseil de sécurité des Nations Unies. Il prévoit des mesures en vue de faire cesser les violences et de garantir une stabilité durable à la frontière avec la République fédérale de Yougoslavie

Le 8 mars 2001, l'OTAN autorise l'armée yougoslave à intervenir dans une partie de la « zone de sécurité » de 5 kilomètres établie autour du Kosovo en juin 1999, afin de prévenir les agissements des rebelles albanais de l'Armée de libération de Presevo, Medvedja et Bujanovac (UCPMB) à la frontière avec la Serbie. Les accrochages entre l'armée et l'UCPMB y ont fait une trentaine de morts en quelques mois.

Le 9 mars 2001, le comité politique et de sécurité de l'UE (COPS) a un « échange de vues » avec le ministre macédonien des Affaires étrangères, Srgjan Kerim, au sujet du plan d'action de son gouvernement. Dans une déclaration publiée après la rencontre, la présidence de l'Union européenne « appelle une nouvelle fois toutes les forces politiques (du pays) et du Kosovo à désolidariser des forces qui sont à l'origine des récentes attaques, à les isoler et à assumer leur responsabilité en ce qui concerne la paix et la stabilité dans la région ».

Le 12 mars 2001, la Serbie et les rebelles signent un cessez-le-feu sous l'égide de l'OTAN.

À partir du 14 mars 2001, des combats opposent l'armée macédonienne aux rebelles albanais autour de Tetovo, deuxième ville du pays, située dans le nord-ouest et peuplée à 80 % d'Albanais. Des milliers de civils fuient la ville.

Le 15 mars 2001, le commissaire européen Chris Patten assure le président Trajkovski du soutien européen dans un entretien téléphonique face aux violences.

Le 18 mars 2001, les autorités de Skopje annoncent la mobilisation des réservistes et décrètent le couvre-feu à Tetovo. Le Premier ministre, Ljupco Georgievski, dénonce « une agression venant du Kosovo » et accuse les Occidentaux de ne pas agir contre les « terroristes ».

Le 19 mars 2001, l'Union européenne et l'OTAN annoncent la coordination de leurs moyens civils et militaires pour faire cesser les violences en Macédoine.

Le 20 mars 2001, Skopje donne 24 heures aux rebelles albanais pour se rendre ou quitter le territoire macédonien, avant de lancer une offensive.

Les 23 et 24 mars 2001, lors du Sommet européen réuni à Stockholm, les Quinze adoptent une déclaration qui assure le président macédonien, Boris Trajkovski, du soutien de l’Union européenne, lance un appel au calme et confirme l’appui de l’Union au respect de l’intégrité territoriale de la Macédoine. Il mandate le Haut Représentant pour la politique étrangère de l’Union européenne, Javier Solana à suivre l’évolution de la situation dans la région et à maintenir des contacts étroits avec les dirigeants. Télécharger les conclusions

Le 25 mars 2001, les forces macédoniennes donnent l'assaut aux collines dominant Tetovo, tenues par les combattants de l'UÇK-M. Ces derniers se replient en direction de la frontière. La première formation d'opposition albanaise en Macédoine, le Parti pour la démocratie et la prospérité, annonce qu'elle suspend sa participation aux travaux du Parlement. La communauté internationale appelle Skopje à la retenue.

Avril 2001

Le 9 avril 2001. La Macédoine signe un accord de stabilisation et d'association avec l'UE. Premier accord de ce type, de l'initiative engagée par les Quinze en mai 1999 dans les Balkans. Cet accord n'entre cependant en vigueur que trois ans plus tard, le 1er avril 2004.

Le 28 avril 2001, une opération de la guérilla indépendantiste provoque la mort de huit soldats et policiers près de Tetovo. Ces violences compromettent le dialogue entamé en avril entre Slaves et Albanais de Macédoine.

Mai 2001

Le 8 mai 2001, soumis aux pressions de l'Union européenne et de l'OTAN, les partis slaves et albanais annoncent avoir conclu un accord de principe relatif à la formation d'un gouvernement provisoire d'union nationale, dans l'attente d'élections législatives anticipées qui devront être organisées avant la fin de janvier 2002. Les Albanais du Parti de la prospérité démocratique (PPD), qui devraient entrer au gouvernement, font toutefois part de leurs réserves.

Le 13 mai 2001, le Premier ministre Ljupco Georgievski forme un gouvernement d'union nationale est établi entre le VMRO-DPMNE (Organisation révolutionnaire interne de Macédoine - Parti démocratique pour l'unité nationale macédonienne), l'ASDM (Alliance sociale-démocrate de Macédoine), le PDL (Parti démocratique libéral) et deux partis ethniques albanais : le PDA (Parti démocratique des Albanais) et le PDP (Parti pour la prospérité démocratique).

Le 15 mai 2001, le Premier ministre Georgievski lance un « dernier appel » aux rebelles pour qu'ils déposent leurs armes ou quittent le territoire.

Le 24 mai 2001, l'armée lance une vaste opération dans la région de Kumanovo, dans le nord du pays, contre les positions de l'UÇK-M. La révélation d'un accord secret conclu la veille entre le P.P.D., le Parti démocratique albanais, membres de la coalition, et l'UÇK-M fragilise le gouvernement d'union nationale.

Le 30 mai 2001, tandis que les combats se poursuivent, le Premier ministre déclare envisager une modification de la Constitution afin de satisfaire les revendications, notamment linguistiques, de la minorité albanaise.

Le 31 mai 2001, le président Boris Trajkovski propose l'amnistie à une partie des rebelles de l'UÇK-M. Cette dernière rejette ces concessions, exigeant d'être associée aux négociations sur l'avenir du pays, ce que refusent les autorités de Skopje.

Juin 2001

Le 7 juin 2001, les ministres de la défense de l'OTAN, réunis pour leur réunion habituelle à Bruxelles, réaffirment les fondamentaux d'une solution en Macédoine : 1) « plein engagement à la sécurité, la stabilité et l'intégrité territoriale » du pays ; 2) condamnation « ferme des récents actes de violence par des groupes albanais extrémistes, appel aux extrémistes armés à déposer leurs armes et de se retirer immédiatement. « Leur programme violent n'a aucun soutien et est en opposition directe avec les efforts et les objectifs de la communauté internationale » ; 3) soutien à la mise en place d'un gouvernement de large coalition et appel aux parties à « prendre des mesures concrètes rapides dans le dialogue inter-ethnique couvrant toutes les parties légitimes » ; soutien aux autorités macédoniennes « dans leurs efforts pour isoler les éléments extrémistes d'une manière qui favorise une solution pacifique » mais appel à « éviter l'usage excessif de la force et (...) les pertes civiles ». Télécharger la déclaration publiée à l'issue de la réunion

  • La coordination militaire entre la KFOR et les ministères de la Défense et de l'Intérieur macédoniens et l'OTAN est renforcée. La KFOR renforce la sécurité du côté kosovar de la frontière avec la Macédoine, les patrouilles et les opérations frontalières sont intensifiées. L'OTAN et l'ex-République yougoslave de Macédoine ont signé un SOFA (statut des forces). Un centre de coopération et de la coordination de l'OTAN est mis en place pour faciliter l'échange rapide d'informations militaire

Le 8 juin 2001, l'ALN attaque Aracinovo, près de Skopje, avec plusieurs morts. Le gouvernement envisage de déclarer l'état de guerre. Le Président de la Macédoine, M. Trajkovski, évoque devant le Parlement, un plan «politique et de sécurité» en trois points : 1) augmentation de l'efficacité et du potentiel des forces de sécurité ; 2) intensification des discussions avec les chefs des partis politiques en vue de renforcer la confiance dans le dialogue politique et d'accroître la tolérance interethnique ; 3) mise en place d'un «plan de désarmement» sans plus de précision.

Le 10 juin 2001, les rebelles albanais de l'Armée de libération nationale de Macédoine (UÇK-M), qui progressent en direction de la capitale, lancent un ultimatum au gouvernement, menaçant de bombarder Skopje, à partir du lendemain, si l'armée ne cesse pas de pilonner les villages du nord du pays contrôlés par la guérilla indépendantiste.

Le 11 juin 2001. Le gouvernement et l'UÇK-M décident de suspendre provisoirement leurs opérations militaires. Le cessez-le-feu instauré est violé à plusieurs reprises.

Les 11 et 12 juin 2001, le Conseil des «Affaires générales» de l'UE, réuni à Luxembourg, se montre « préoccupé par la sérieuse détérioration de la situation en matière de sécurité » dans l'ancienne République yougoslave de Macédoine. Il condamne « les actions terroristes continuelles menées par les extrémistes de souche albanaise » et appelle ces derniers à déposer les armes. Il accueille favorablement la stratégie du Président Trajkovski en faveur d'un désarmement mais souligne la nécessité d'un train de réformes complet, concret et substantiel garantissant les droits de tous les citoyens, quelle que soit leur origine ethnique. Télécharger le communiqué final

Le 13 juin 2001, une réunion informelle des principaux dirigeants de l'OTAN à Bruxelles convient la nécessité de renforcer l'action de cette organisation afin d'arrêter le glissement de la Macédoine vers la guerre civile.

Le 14 juin 2001, à l'occasion de l'escale à Skopje du secrétaire général de l'OTAN, Lord George Robertson, le gouvernement, comme la guérilla, demandent l'intervention de l'Alliance atlantique dans le conflit qui les oppose.

Le 15 juin 2001, un sommet des chefs des partis politiques macédoniens est organisé pour tenter d'arriver à un accord sur les mesures permettant une solution politique. // Le Conseil européen, réuni à Gotëborg (Suède), déclare que l'Union européenne est « prête à mettre à profit les progrès réalisés dans le cadre des pourparlers en cours » et à œuvrer encore à la facilitation du dialogue politique. L'UE demande que les négociations aboutissent à des résultats d'ici le 25 juin et invite les chefs de parti au Conseil « Affaires générales » prévu pour le même jour à Luxembourg. Il décide la nomination d'un représentant spécial de l'UE dans le pays. Télécharger les conclusions

Le 20 juin 2001, le gouvernement de Skopje demande officiellement l'assistance de l'OTAN. L'Alliance atlantique se déclare prête à examiner l'envoi de 3.000 hommes en Macédoine en vue de sécuriser la frontière avec le Kosovo et de désarmer la guérilla albanaise, à la condition que les deux parties parviennent à conclure un accord politique, et pas seulement un cessez-le-feu. Elle annonce avoir chargé des experts militaires de préparer une mission en Macédoine. // Le Président Trajkovski déclare que les pourparlers sont dans l’impasse en raison d’un changement radical de position du PDP et du DPA

Le 22 juin 2001, alors que les négociations entre les partis slaves et albanais sont dans l'impasse, l'armée lance une nouvelle offensive contre les positions de l'UÇK-M.

Le 24 juin 2001, l'émissaire de l'Union européenne en Macédoine, Javier Solana, annonce la conclusion d'un cessez-le-feu entre l'armée et la guérilla. En recevant la visite d'une délégation de représentants de l'Union européenne, de l'OTAN et de la Croix-Rouge, les dirigeants de l'UÇK-M. rompent leur isolement diplomatique.

Le 25 juin 2001. les rebelles évacuent, sous la protection de soldats de l'OTAN, la localité d'Aracinovo, située à une dizaine de kilomètres de Skopje, qu'ils occupaient depuis le 8 juin. Le soir même, plusieurs milliers de manifestants, partisans de la manière forte à l'encontre de l'UÇK-M, manifestent devant le Parlement de Skopje contre le président Boris Trajkovski et contre l'OTAN. Des violences éclatent à Skopje. // Le Conseil des « Affaires générales » de l'UE, réuni à Luxembourg, condamne, « à nouveau », toutes les manifestations d'extrémisme dans la région des Balkans occidentaux et réaffirme qu'il est « déterminé à éviter que de telles actions portent atteinte au processus démocratique ». Il prône « une interdiction de visas, à l'encontre des extrémistes ». Il décide de nommer François Léotard représentant spécial de l'Union européenne (RSUE). Télécharger le communiqué final

Le 27 juin 2001, de nouveaux accrochages se produisent entre l'armée et les troupes de l'UÇK-M.

Le 29 juin 2001, l'Union européenne formalise dans une action commune la nomination de François Leotard comme RSUE en Macédoine / Fyrom.

Juillet 2001

Le 5 juillet 2001 est signé un accord de cessez-le-feu entre l'UÇK-M et le gouvernement macédonien. Cet accord est encadré par l'ONU et l'OTAN et est signé par Pieter Feith, au nom de l'Union européenne. Il prévoit le déploiement de troupes de l'Alliance atlantique chargées de superviser le désarmement des rebelles.

Le 9 juillet 2001, dans une déclaration de la présidence, l’Union européenne se « félicite de la signature d’un cessez-le-feu général » et « appelle toutes les parties à le respecter pleinement ». Elle rappelle également « son attachement à l’inviolabilité des frontières, à la souveraineté et à l’intégrité territoriale de l’ancienne République Yougoslave de Macédoine ».

Le 16 juillet 2001, l'Union européenne approuve une décision prononçant des sanctions contre les « extrémistes » (interdiction d'entrée dans l'Union européenne)

Le 18 juillet 2001, les autorités de Skopje rejettent les dernières propositions de règlement politique des Occidentaux, accusant ceux-ci de soutenir la rébellion.

Le 19 juillet 2001, dans une déclaration commune, le Haut Représentant de l'UE, Javier Solana, et le secrétaire général de l'OTAN, Lord Robertson, fustigent la déclaration du Premier ministre Georgievski. « Une réponse indigne par rapport aux efforts internationaux faits pour aider à la recherche d'une solution pacifique ».

It is also disappointing, given that the international facilitators are in Skopje at the invitation of the government, which has been informed of every move made.  The EU and NATO are helping a country faced with great difficulties and they have done so at the invitation of, and with the support of, the national unity government. The International Community has given no support or comfort to the ethnic Albanian armed groups. Throughout the current crisis, the International Community has clearly stated its commitment to the democratic institutions, territorial integrity and sovereignty of the former Yugoslav Republic of Macedonia, and this is reflected in the proposals being presented by the international facilitators.

Le 20 juillet 2001, deux observateurs de la mission EUMM de l'Union européenne (Norvégien, Slovène) 
et leur interprète (Albanais) meurent dans l'explosion d'une mine. Le commissaire Chris Patten exprime dans un communiqué ses condoléances. Lire in memoriam

Le 25 juillet 2001, après deux jours de combats, les rebelles investissent Tetovo, dans le nord-ouest du pays où l'UÇK-M contrôle plusieurs villages. Ils s'en retirent le lendemain dans le calme, après un accord avec le représentant de l'OTAN. La « situation dans l'ex-république yougoslave de Macédoine est grave » avertit Lord Robertson, le secrétaire général de l'OTAN lors d'une conférence de presse, au siège de l'Alliance.

Lord Robertson souligne que la solution est simple : "agreeing to a political settlement is the only viable option available, no party can advance its interest through force, maintaining the current cease-fire is of utmost importance. (...) All provocations must cease so that those who have been displaced are allowed to return to their homes. The former Yugoslav Republic of Macedonia must not be a place of ethnic cleansing. »

Le 26 juillet 2001, à Skopje, les trois représentants de la communauté internationale, Javier Solana, Haut Représentant de l'UE, Lord Robertson, secrétaire général de l'OTAN, et Mircea Geoana, ministre roumain des Affaires étrangères qui assure la présidence de l'OSCE (Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe, ont une série de rencontres avec le président du pays, le Premier ministre, d'autres membres du gouvernement de coalition et les dirigeants des principaux partis politiques.

Le 28 juillet 2001, les négociations reprennent, sous l'égide de l'envoyé spécial de l'UE, François Léotard, et de son homologue américain, James Pardew. Elles sont axées principalement sur les deux problèmes qui avaient achoppé lors des précédentes négociations : le statut de la langue albanaise dans le pays et sur la réorganisation des forces de police.

Août 2001 - les accords d'Ohrid sont conclus

Le 1er août 2001, les partis représentant les communautés slave et albanaise parviennent à un accord sur le statut de la langue albanaise. Celle-ci serait reconnue comme seconde langue officielle dans les zones où la population est composée de plus de 20% d'albanophones.

Le 5 août 2001, les négociateurs s'entendent également sur une réforme de la police. Celle-ci resterait sous le contrôle du ministère de l'Intérieur, mais verrait la proportion d'Albanais dans ses rangs passer, d'ici à 2003, de 3 % à 23 % – chiffre correspondant au taux d'Albanais dans la population totale.

Le 6 août 2001, alors que l'OTAN subordonne l'envoi de troupes chargées de superviser le désarmement de l'UÇK-M à la conclusion d'un accord politique, les autorités exigent des garanties sur le désarmement de la guérilla albanaise en préalable à tout règlement définitif. Les négociations de paix sont suspendues.

Le 7 août 2001, la police mène une opération contre des membres de l'UÇK-M à Skopje. Les négociations reprennent après que le représentant de l'Alliance atlantique a garanti aux autorités que l'UÇK-M déposerait les armes en échange d'une amnistie.

Le 8 août 2001, les négociations intercommunautaires aboutissent à la conclusion d'un accord politique. En plus des questions de langue et de police, celui-ci prévoit un accroissement du poids politique des Albanais au Parlement. Les affrontements s'intensifient les jours suivants dans le nord du pays, notamment à Tetovo, empêchant la signature de l'accord. // L'UÇK-M tue dix soldats dans une embuscade sur la route reliant la capitale à Tetovo, dans le Nord-Ouest. L'opération la plus meurtrière menée par les rebelles depuis le début de leur action. En représailles, l'aviation bombarde des positions rebelles. À Skopje, la population slave s'en prend à des magasins albanais tout comme à Prilep, dans le Sud, où une mosquée est incendiée.

Le 13 août 2001, un Accord-cadre est signé à Skopje, vise à assurer l’avenir de la démocratie en Macédoine en présence du représentant de l’UE, Javier Solana, du secrétaire général de l’OTAN, George Robertson, et de l’envoyé spécial des Etats-Unis, James Perdew. Ces accord nommés « accords d'Ohrid » (car faisant suite aux discussions qui ont eu lieu dans cette ville) reconnaissent davantage de droits à la minorité albanaise, sur cinq points principaux : 1. La langue albanaise devient officielle aux côtés du macédonien dans toutes les municipalités qui sont peuplées d'au moins 20 % d'Albanais. L'usage de l'albanais est autorisé au Parlement. Les lois doivent être officiellement écrites en macédonien et en albanais. 2. La Constitution de 1991 est amendée, notamment pour permettre un droit de veto aux députés albanais de s'opposer à toutes les décisions parlementaires sur leurs droits. 3. Une université albanaise, l'Université de l'Europe du Sud-Est, est créée à Tetovo, avec un financement partiel de l'État. 4. Les effectifs de la police doivent comporter un pourcentage minimal (23 %) d'Albanais. 5. Les combattants sont amnistiés (du moins ceux ne relevant pas du Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie). L'UÇK-M doit être désarmée. Pour voir le texte original et une traduction en français (assurée par un chercheur de l'université Laval du Québec).

Le 14 août 2001, l'UÇK-M signe avec l'OTAN un accord sur son désarmement et l'amnistie de ses combattants.

Le 15 août 2001, l'Alliance atlantique décide de dépêcher sur place un premier contingent de 400 hommes, en attendant que l'arrêt des combats permette l'envoi d'une force de 3 500 hommes chargés de veiller au désarmement des rebelles.

Le 22 août 2001, l'opération de l'OTAN « Moisson essentielle » (Essential Harvest) est officiellement lancée. Elle commence le 27 août. Cette mission d'un mois dure jusqu'au 23 septembre. Forte d'un maximum de 3500 soldats (dont 530 Français), vise le désarmement des groupes ethniques albanais et la destruction de leurs armes.

Le 29 août 2001, trois jours après le lancement de l'opération, l'OTAN déclare avoir collecté le tiers de l'arsenal déclaré par l'UÇK-M. C'était la condition posée par le Parlement de Skopje pour débattre de l'accord signé le 13.

Le 31 août 2001, un accord est signé entre l'Union européenne et la Macédoine, pour étendre la mission d'observation (EUMM) en ex-Yougoslavie à ce pays. NB : des observateurs de la Communauté européenne/de l'Union européenne sont présents dans le pays depuis 1998, dans le cadre d'une Mission de surveillance des Communautés européennes (ECMM).

L'EUMM est chargée plus particulièrement:

  1. de suivre l'évolution de la situation politique et en matière de sécurité dans la zone relevant de sa compétence;
  2. d'accorder une attention particulière à la surveillance des frontières, aux questions interethniques et au retour des réfugiés;
  3. d'établir des rapports analytiques sur la base des instructions reçues;
  4. de contribuer à l'alerte rapide du Conseil et à l'instauration de la confiance, dans le cadre de la politique de stabilisation menée par l'Union européenne dans la région;
  5. d'informer régulièrement l'hôte sur les activités de l'EUMM, y compris, si ses instructions le prévoient, sur les questions humanitaires.

Septembre 2001

Le 6 septembre 2001, le Parlement approuve à une très large majorité le principe d'une révision constitutionnelle visant à accorder plus de droits à la minorité albanophone et qui était prévue dans l'accord de paix conclu en août. La nouvelle Constitution sera proclamée le 16 novembre. // L'OTAN entame la deuxième phase de la collecte des armes de la guérilla albanaise de l'UÇK-M.

Le 16 septembre 2001, des affrontements opposent des troupes gouvernementales et des groupes extrémistes d'origine albanaise, à l'arme lourde, près de Tetovo.

Le 23 septembre 2001 prend fin la mission « Moisson essentielle », chargée d'organiser le désarmement de la guérilla, qui a restitué 3 875 armes. Au terme de négociations avec le gouvernement de Skopje, l'OTAN décide d'engager l'opération « Renard roux » (Amber Fox). Menée par environ un millier d'hommes (300 déjà dans le pays et 700 en renfort, elle a pour mission d'assurer la sécurité des 200 observateurs civils de l'OSCE chargés de veiller à la mise en œuvre du plan de paix.

Le 26 septembre 2001, le Conseil de l'Atlantique nord (NAC) approuve le plan d'opération et la directive d'exécution autorisant le commandant suprême de l'OTAN (SACEUR), le général Joseph Ralston, à publier l'ordre d'activation de l'opération. La mission démarre le lendemain, 27 septembre 2001, avec un mandat initial de trois mois. Elle sera prolongée jusqu'au 15 décembre 2002.

Octobre 2001

Les 8 et 9 octobre 2001, le Conseil des Affaires générales de l'UE adresse un avertissement clair au gouvernement de Skopje. Il exprime « son inquiétude vis-à-vis par rapport aux « progrès insuffisants accomplis par l'ancienne République yougoslave de Macédoine pour la mise en oeuvre (des accords d'Ohrid) ». « A défaut de mise en oeuvre de l'Accord-cadre, le processus de rapprochement de l'ARYM à l'Union européenne serait compromis » avertit-il. Les ministres refusent notamment d'avancer davantage dans l'assistance financière à Skopje estimant qu'elle est liée à la « conclusion satisfaisante du processus parlementaire de révision constitutionnelle ». Il constate « dans ce contexte » que « les conditions pour la convocation d'une réunion des donateurs ne sont pas encore remplies ». Télécharger le communiqué final

Novembre 2001

Le 15 novembre 2001. Vote au parlement macédonien des changements dans la Constitution, dans la suite des accords d'Ohrid.

Le 19 novembre 2001. Lors du Conseil des Affaires générales de l'UE, le commissaire européen Chris Patten annonce le déblocage d'un paquet d'aide d'urgence de 12 millions d'euros destinés à restaurer l'électricité à Aracinovo, Kumanovo et Tetovo, restaurer des logements, et rétablir des services locaux. « The European Commission has pledged, ever since the signature of the Lake Ohrid agreement on 13 August, that it would provide substantial assistance to help with its implementation ».

Hiver 2001-2002

Le 21 janvier 2002, le Parlement macédonien vote la légalisation de l’Université albanaise « clandestine » de Tétovo.

Le 27 janvier 2002, le Conseil « Affaires générales » de l'UE se « félicite de l'adoption de la loi sur l'autonomie locale, qui marque une étape décisive dans le processus de mise en œuvre de l'accord-cadre ». Il appelle (une nouvelle fois) « à l'adoption rapide d'une loi sur l'amnistie » et exprime sa « préoccupation croissante » que lui inspirent « les intimidations dont ont été récemment l'objet des médias indépendants et des défenseurs des droits de l'homme ». Il décide la prorogation du mandat de Représentant spécial de Alain Le Roy. Télécharger le communiqué final

Le 18 février 2002, le Conseil de l'Atlantique nord (NAC) prolonge l'opération Amber Fox de trois mois jusqu'au 26 juin 2002. L'Italie assure le commandement et le rôle de nation-cadre de l'opération.

Printemps 2002

Le 7 mars 2002, le parlement macédonien adopte la loi d'amnistie pour les rebelles albanais.

Le 12 mars 2002, réunion des donateurs organisée conjointement par la Commission et la Banque mondiale.

Le 21 mai 2002, le Conseil de l'Atlantique nord (NAC) prolonge l'opération Amber Fox de quatre mois.

Automne 2002

Le 15 septembre 2002, les élections législatives, dernière étape du processus de paix, se déroulent sans incident. Un millier d’observateurs, dont 800 de l’OSCE supervisent le scrutin.

Le 14 octobre 2002, le Conseil de l'Atlantique nord (NAC) prolonge l'opération Amber Fox de deux derniers mois jusqu'au 15 décembre 2002. Les Pays-Bas assurent le commandement.

Le 29 novembre 2002, à la demande du président Trajkovski, le Conseil de l'Atlantique nord (NAC) approuve une nouvelle mission « pour continuer à soutenir l'ex-république yougoslave de Macédoine »

Hiver 2002-2003

Le 16 décembre 2002, démarre l'opération Harmonie alliée» (Allied Harmony) de l'OTAN qui prend fin le 31 mars 2003.

Le 31 mars 2003, l'Union européenne prend le relais de l'opération Allied Harmony avec l'opération EUFOR Concordia.

(Nicolas Gros-Verheyde)


Les cinq missions de stabilisation de l'OTAN et de l'UE dans le pays

22 août - 23 septembre 2001 : opération « Essential Harvest » de l'OTAN

23 septembre 2001 - 15 décembre 2002 : opération « Amber Fox » de l'OTAN

16 décembre 2002 - 31 mars 2003 : opération « Allied Harmony » de l'OTAN

31 mars 2003 - 15 décembre 2003 : opération EUFOR « Concordia » de l'UE

15 décembre 2003 - 15 décembre 2005 : mission de police « Proxima » de l'UE