Changement à la tête au SEAE à prévoir. Bilan et conséquences

BatimentSeae@UE1401(BRUXELLES) Le poste de secrétaire général du service diplomatique européen (SEAE) fait partie de ces postes-clés de la haute fonction publique européenne essentiels à la bonne marche de l'UE.

Comme ses homologues à la Commission européenne (l'Irlandaise Catherine Day) et au Conseil de l'UE (l'Allemand Uwe Corsepius), le Français Pierre Vimont est, en effet, un des rouages indispensables de la machine européenne, à mi-chemin du politique et de l'administratif.

Même si ce poste est sans doute moins visible que celui du Haut représentant, son départ devra donc être pris en compte dans la recherche d'un équilibre subtil des postes entre les Etats membres. Pierre Vimont devrait, en effet, terminer ses fonctions « à la fin de l'année 2014 », selon un de ses proches. Ce qui clôturera ainsi une longue carrière passée dans la diplomatie française puis européenne, l'intéressé étant proche de l'âge (officiel) de la retraite.

Coïncidence de nomination et réorganisation

Cette fin de mandat coïncidera avec la nomination d'un nouvel Haut représentant mais aussi avec une possible remise à plat de l'organigramme de la "tête" du SEAE. Certains postes comme celui de directeur du département gestions de crises (assuré par A. Miozzo) ou de secrétaire opérationnel (assuré par D. O'Sullivan) pourraient ainsi soit être supprimés, soit être fusionnés avec d'autres, soit retrouver tout simplement une ligne hiérarchique plus verticale (*). Le board pourrait ainsi être organisé de manière plus classique autour d'un Secrétaire général et de secrétaires adjoints (deux selon le règlement actuel *).

Ces choix ne sont cependant pas encore effectués. Et ce sera au nouvel Haut représentant d'assumer ou corriger cette réorganisation. Mais ce sont, en tout cas, les recommandations de l'actuelle Haute représentante, Catherine Ashton, à son successeur comme la tendance observée en interne du SEAE. Les occupants de ces postes - qui pourraient être remaniés - sont d'ailleurs sur le départ.

Un ticket HR - SG ?

De facto, l'accord pour le successeur de Catherine Ashton entraînera un accord implicite pour la nomination du secrétaire général du SEAE. Il y aura ainsi un "ticket" Haut représentant-Secrétaire général, à l'image du "ticket" qui existe au Conseil de l'UE entre le président du Conseil européen et le poste de chef du secrétariat général du Conseil.

Ce qui pourrait permettre d'offrir à des pays "candidats" au poste de Haut représentant une sorte de compensation mais aussi de garantir un certain équilibre (grand/petit pays, est/ouest) à la tête de la politique étrangère européenne. Pour la France qui occupe ce poste depuis le début, il faudra se poser la question si cette présence a été utile et importante dans l'influence qu'elle a pu exercer sur la politique européenne extérieure. Mais à Paris, on semble vouloir garder le poste de secrétaire général du SEAE à un Français.

Un travail usant

Pierre Vimont aura "essuyé les plâtres" de la mise en place du nouveau dispositif issu du Traité de Lisbonne, avec de nouvelles fonctions pour le Haut représentant et la création du Service diplomatique européen (SEAE). Il y a quelques temps, il avait confié à B2 être « satisfait » d'être libéré ainsi de fonctions très lourdes, et de pouvoir retrouver une certaine liberté d'action comme de parole, mais aussi heureux du travail accompli, dans des conditions et un contexte, pas toujours faciles, voire "usant" au dire de certains de ses proches.

Une "maison" qui demande à être mieux organisée

Etre à la tête du SEAE n'est effectivement pas facile. « La négociation sur le Kosovo comme sur l'Iran ont cependant changé la perception de la presse et des diplomates dans les différents pays européens » souligne un bon connaisseur de ces dossiers. « Cela a créé un état d'esprit différent, du type "on peut faire appel à eux. Ils sont professionnels". Le SEAE a ainsi prouvé son sérieux, ». Pour autant, ajoute notre interlocuteur, « certains problèmes demeurent. Et ils ne sont pas encore traités. Il faut que le SEAE soit mieux organisé et mieux coordonné avec la Commission européenne. Il faut aller au-delà de la gestion immédiate des crises, avoir une vision stratégique, voir les défis qui se présentent à nous dans le futur, se doter d'une organisation interne plus performante. Cette maison demande à être un peu mieux structurée, mieux organisée, affinée et rendue plus efficace. »

(Nicolas Gros-Verheyde)

(*) Le règlement du SEAE, adopté en juillet 2010, prévoit expressément le poste de secrétaire général exécutif, « assisté par deux secrétaires généraux adjoints » (art. 4 §2). Le rôle du secrétaire général exécutif étant d'assurer « une coordination efficace entre tous les services de l'administration centrale ainsi qu'avec les délégations de l'Union » ainsi que de « prend(re) toutes les mesures nécessaires pour assurer le bon fonctionnement du SEAE, y compris sa gestion administrative et budgétaire » (art 4 §1.) En revanche, il ne prévoit pas le poste de Chief Operating Officer, tel que profilé par David O'Sullivan, au même niveau que le secrétaire général exécutif et assumant également certains dossiers "politiques" (UE-Suisse, UE-Chine, UE-Russie). Seul est prévu un poste de « directeur général pour le budget et l'administration » qui « exerce ses fonctions sous l'autorité du haut représentant » et « responsable » devant lui de « la gestion administrative et de la gestion budgétaire interne du SEAE ».

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).

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