N°29. La crise des migrants de 2015 devenue crise des réfugiés, puis crise tout court (V8)

N°29. La crise des migrants de 2015 devenue crise des réfugiés, puis crise tout court (V8)

A la frontière entre Grèce et Fyrom (Macédoine) (Crédit : MSF)

A la frontière entre Grèce et Fyrom (Macédoine) (Crédit : MSF)

(B2) Dimanche 19 avril 2015 un énième naufrage d'une embarcation de migrants provoque la mort de 800 personnes au large des côtes italiennes. Celui-ci plonge l'Union européenne dans une crise migratoire sans précédent. La Méditerranée est alors qualifiée de « plus grand cimetière du monde ». L'inertie européenne est pointée du doigt. L'UE ne peut plus se cacher derrière des leurres sur la crise des migrants, devenue crise des réfugiés et se voit contrainte de se saisir en urgence du dossier. Depuis, l'Union européenne a mis en place une politique à cheval sur plusieurs domaines d'actions.

Sur ce sujet, voir aussi les dossiers :

Les différents avertissements

Depuis le drame de Lampedusa, le 3 octobre 2013, qui a fait près de 500 victimes au large de la Sicile, le gouvernement italien n'a eu de cesse d'alerter l'Union européenne face à l'afflux massif de migrants aux portes de l'Europe. L'Italie demande d'étudier « toutes les options possibles pour une opération PSDC conduite par l'Union européenne contre le trafic d'êtres humains à travers la Méditerranée ». Celle-ci avait été rejetée par les autres États membres.

Le 1er janvier 2014, l'immigration et le contrôle des flux migratoires comme la stratégie maritime figurent au rang des quatre "top priorités" de la présidence grecque de l'UE prend les rênes de l'Union. L'attitude des Européens face à ce qui se passe de l'autre coté de la Méditerranée est un point fondamental souligne à B2 son ministre des Affaires étrangères. Face aux migrations et aux crises, une politique extérieure plus ciblée (Venizelos)

La prise de conscience européenne

♦ Lundi 20 avril 2015. Les ministres européens des Affaires étrangères et des Affaires intérieures se réunissent en format « jumbo » pour une réunion extraordinaire à Luxembourg. L'occasion pour la Commission européenne de présenter un plan d'action d'urgence en 10 points (*) pour faire face à la crise des migrants. Celui-ci prévoit d'emblée de renforcer les opérations conjointes en Méditerranée (Triton (côtes italiennes) et Poseidon (côtes grecques)) et de lutter activement contre les trafiquants avec la possibilité de détruire les navires.

Jeudi 23 avril 2015. Le plan d'action, transmis aux chefs d'État et de gouvernement, réunis pour un Sommet extraordinaire, est en grande partie adopté. L'objectif est d'éviter de nouvelles tragédies en Méditerranée. Le Conseil européen prend des mesures (*). Tard dans la soirée, les États membres se sont mis d'accord sur la lutte contre les trafiquants et le renforcement de la présence européenne en mer (triplement des moyens de Triton). Le ton est celui de l'action... rapide. Mais les divergences sur les questions d'accueil ne sont pas réglées. La Haute représentante de l'UE, Federica Mogherini reçoit alors le mandat de préparer une opération PSDC. 

Mercredi 13 mai 2015, la Commission européenne présente, de façon solennelle, son « Agenda pour la Migration » face à la presse. Il comprend toute une série d'actions de la surveillance des frontières aux actions dans les pays tiers, en passant par la PSDC qui fait son irruption à la Commission ou les délégations de l'UE (Lire : Agenda Migrations. Quand la PSDC devient un outil clé d’une approche « compréhensive »). La Commission prévoit un système de relocalisations et réinstallation (*) pour les réfugiés. Elle souhaite mettre en place un système de répartition obligatoire, point de division entre les États membres (1). Une proposition qui fait débat au sein des États membres. Le Royaume-Uni s'y oppose farouchement ainsi que les pays d'Europe centrale et orientale. En revanche pour la Haute représentante de l'UE, Federica Mogherini, il faut traduire nos minutes de silences en actes. L'exécutif européen propose également la création de centres de contrôle aux frontières extérieures, les « hotspots », destinés à permettre un enregistrement « efficace » des réfugiés. (Télécharger la communication de la Commission européenne)

AvramopoulosTimmermansMogherini@E150513

♦ Les 25 et 26 juin 2015 la question migratoire est au cœur du sommet européen (ordinaire), au détriment d'autres questions (défense, brexit...). La discussion est longue, ardue, difficile. La plupart des pays de l'Est sont vent debout contre une proposition, critiquant son côté obligatoire mais aussi tout simplement le principe de l'accueil de demandeurs d'asile provenant d'autres pays. Solidarność ? Nie ! pourrait-on dire. Les 28 finissent par tomber d'accord sur le principe de la relocalisation (40.000 demandeurs d'asile en provenance de Grèce et Italie) et de la réinstallation. Le renforcement des frontières extérieures comme une politique de retour est un des points majeurs qui permet l'accord entre chefs d’État et de gouvernement. Les '28' donnent le « top départ » de l'opération maritime EUNAVFOR Med (Voir le dossier N° 27 L’opération EUNAVFOR Med pour aller traquer les trafiquants)

♦ Lundi 20 juillet 2015, le conseil des ministres de l'Intérieur de l'UE prévoit la relocalisation de 32.256 personnes en deux ans. Un engagement chiffré… a minima (*). L'objectif de la Commission européenne d'arriver à 40.000 relocalisations n'est pas atteint. « Les discussions ont été inouïes » selon un des participants à la réunion. Les divisions entre les États membres sont importantes. L'Espagne et l'Autriche ont des élections dans le courant de l'année 2015 qui les conduisent à adopter des chiffres dérisoires. La position hongroise est quant à elle montré du doigt. « Certains chiffres sont excellents, d’autre décevants et d’autres parfaitement alarmants » a déploré Dimitris Avramopoulos, le commissaire européen en charge de la Migration. En échange de la solidarité européenne, les pays en première ligne de l’arrivée des migrants, l’Italie et la Grèce se sont engagés à la création de centres d’enregistrement des migrants, les « hotspots ». 

Lundi 10 août 2015, la Commission européenne approuve 23 programmes nationaux pluriannuels pour la période 2014-2020 au titre du Fonds «Asile, migration et intégration» (AMIF) et du Fonds pour la sécurité intérieure (FSI). Le financement total s’élève à 2,4 milliards d’euros sur 7 ans (*).

L'alarme est donnée

Mercredi 2 septembre 2015, la photo du petit Aylan, un enfant kurde mort échoué sur une plage en Turquie, fait le tour du monde et relance le débat sur une action plus décisive sur les réfugiés. Le 3 septembre 2015, la France, jusqu'alors opposée à un système de répartition obligatoire, infléchit sa position. François Hollande, le Président français s'accorde avec son homologue allemande Angela Merkel pour un principe de « quotas contraignants ».

♦ Mercredi 9 septembre 2015, le président de la Commission européenne J.-C. Juncker propose la création d'un fonds fiduciaire pour l’Afrique d'urgence sur les migrations (*). Dans son premier Discours sur l'état de l'Union au Parlement européen à Strasbourg, Jean-Claude Juncker rappelle « nous, Européens, devons nous souvenir que l’Europe est un continent où presque chacun a un jour été un réfugié ». La Commission européenne propose un plan supplémentaire de relocalisation de 120.000 personnes. Un Plan pour ressouder l’Europe, écrit B2 sur le blog. Télécharger la Proposition de Décision et ses Annexes

Jeudi 10 septembre 2015, Jean-Claude Juncker se rend devant les ambassadeurs du Coreper - fait plutôt rare - pour convaincre et tenter de parer aux différentes divergences, des pays de l'Est notamment.

Dimanche 13 septembre 2015, Bernard Cazeneuve et Thomas de Maizière, les ministres français et allemand de l'Intérieur, se rencontrent pour définir une position commune, en amont du Conseil européen. 

Lundi 14 septembre 2015, la proposition de la Commission face à la crise des réfugiés, est discutée* par les ministres de l'Intérieur de l'UE. Cette réunion est l'occasion d'adopter formellement la décision de juillet pour 40.000 relocalisations depuis la Grèce et l'Italie. Le second mécanisme d'urgence qui prévoit la relocalisation de 120.000 personnes n'est quant à lui pas formellement adopté.

Mardi 15 septembre 2015, Federica Mogherini, la Haute représentante de l'UE pour les Affaires étrangères tape du poing sur la table au Parlement européen. Elle apostrophe les États Membres : l’existence de l’UE est en jeu*. Elle exige un réel et rapide compromis financier pour le Fonds fiduciaire pour la Syrie (le Fonds Madad), appelle à la création de voies légales pour l'immigration, au renforcement d'EUNAVFOR et à soutenir les pays de transit.

Jeudi 17 septembre 2015, une aide d'un milliard d'euros est annoncée par le commissaire Johannes Hahn (Voisinage) pour la Turquie qui accueille près de 2 millions de réfugiés. C'est un tiers des fonds de pré-adhésion disponibles pour le pays pour la période 2014-2018 qui pourraient ainsi être redirigés vers la gestion de la crise migratoire.

Mardi 22 septembre 2015, les ministres de l'intérieur de l'UE adoptent, cette fois, le principe de la relocalisation de 120.000 personnes nécessitant une protection internationale sur 2 ans. Une prime de 6.000 euros par personne relocalisée sera versée aux États membres. 

Mercredi 23 septembre 2015, les 28 chefs d'État et de gouvernement se réunissent à nouveau à Bruxelles. Ils tombent d'accord, a minima sur un renforcement concret des moyens budgétaires. Ce n'est pas un réel plan d'action concret qui ressort de cette réunion. Mais plutôt un mandat donné « aux institutions de l’UE et à nos gouvernements » de « travailler rapidement sur les actions prioritaires proposées par la Commission ». Néanmoins, les 28 tablent également sur le renforcement des frontières extérieures. L’Europe veut mettre le paquet sur la gestion des réfugiés (*). De plus, le financement des fonds fiduciaires pour l'Afrique et la Syrie par des contributions des États membres est acté.

Mercredi 30 septembre 2015 la Commission européenne débloque 1,3 million d'euros pour renforcer les équipes des agences européennes Frontex, Europol et le bureau européen d'appui pour la migration (EASO) et une aide additionnelle de 200 millions d'euros pour le fonds Madad pour la Syrie. Ce qui porte la contribution européenne à 500 millions d'euros. La Commission appelle les États membres à effectuer des contributions d'un même montant. Télécharger l'annonce de la Commission

L'amorce d'un dialogue avec la Turquie, l'Afrique et les Balkans

Lundi 5 octobre 2015, le Premier ministre turc Receip Tayipp Erdogan et Jean-Claude Juncker, Président de la Commission européenne se rencontrent à Bruxelles pour préparer un plan d'action UE-Turquie (*) pour la gestion de la crise des réfugiés. Le rôle de la Turquie dans la gestion de la crise des réfugiés est largement salué par la Commission européenne. L'UE propose de mobiliser 1 milliard d'euros pour lui venir en aide. Il ne s'agit plus de répartir des fonds de l'Instrument de Pré-Adhésion (IPA). 

Jeudi 8 octobre 2015, les ministres de l’UE (Intérieur ou/et Affaires étrangères), des Balkans et du Moyen-Orient sont conviés à Luxembourg, pour une conférence de haut niveau sur la « Route de la Méditerranée orientale et des Balkans occidentaux ».

Jeudi 15 octobre 2015, les 28 se réunissent pour la quatrième fois en six mois sur cette question. La coopération avec les pays tiers, en particulier la Turquie, est le point principal des discussions. La politique migratoire doit devenir l’axe principal de la politique extérieure commune (*). Le renforcement des frontières est aussi à l'ordre du jour. Le texte adopté par les 28, prône dans une première étape, de « renforcer le mandat de Frontex » pour permettre le déploiement d’équipes d’intervention rapide aux frontières « dans les cas où les évaluations de Schengen ou l’analyse du risque démontrent la nécessité d’une action vigoureuse et rapide ». Voir notre dossier N°30. Garder les frontières de l’Europe. Vers un corps européen de garde-côtes et garde-frontières

Pour certains, tel l'eurodéputé français Alain Lamassoure, la crise migratoire (est) une révolution dans la politique extérieure (*). Car, la gestion des frontières extérieures est une compétence exclusive des États membres.

Dimanche 25 octobre 2015, une « réunion des leaders » européens et des Balkans est convoquée à la Commission européenne. Ils mettent au point un Plan d'action en 17 points (*) sur la route des Balkans occidentaux. Les dirigeants se mettent d'accord sur l'utilisation du mécanisme RABIT (équipes d'intervention rapides aux frontières), le renforcement de Poséidon (l'opération maritime de Frontex en Grèce), la mise en place immédiate du plan d'action UE-Turquie, et le déploiement de 400 gardes frontières à la frontière slovène.

Mardi 3 novembre 2015, la Commission européenne dévoile à Bruxelles un bilan plutôt décevant de ce qui a été réalisé. Trust fund Syrie et Afrique, les Etats rechignent à payer (*). Ils n'ont répondu qu'à moitié aux demandes de personnel supplémentaire aux frontières. Quant à la relocalisation-réinstallation des demandeurs d'asile (syriens), elle traîne. Malgré ses engagements, la Turquie — qui accueille, à elle seule, 2 millions de Syriens victimes du conflit — continue de laisser passer les migrants et demandeurs d'asile. Le flot de réfugiés continue d’arriver en Grèce. Les Européens paient cher une erreur d’analyse

♦ Les 11 et 12 novembre 2015, un double sommet se tient à la Valette à Malte. Le premier, prévu depuis avril, avec les Africains, a pour objet de définir une position commune sur les migrations entre l'Afrique et l'Europe. Les divergences sont profondes. L'Afrique a l'impression d'être traitée par les Européens avec condescendance et d'être victime d'un double discours. Pillage des ressources naturelles, évasion fiscale des multinationales, absence de mobilité... le président sénégalais Macki Sall dit ses quatre vérités aux Européens. Finalement, Europe et Afrique s’entendent sur un plan d’action sur les migrations (*). Le second sommet a lieu entre Européens pour tenter de mettre fin aux dissensions internes. La réunion est aussi relativement chaude ! Donald Tusk avertit : la Zone Schengen est en danger (*). Lire : Le sommet de la Valette : unité de façade pour divergences plus profondes ? Textes et commentaires

Mardi 24 novembre 2015, la Commission européenne formalise une proposition de décision pour mettre en place une Facilité de 3 milliards pour la Turquie (*). Facilité qui devrait entrer en fonctionnement le 1er janvier.

Dimanche 29 novembre 2015, un sommet exceptionnel UE-Turquie convoqué à Bruxelles avec le dirigeant turc, Aymet Davutoglu aboutit un plan d'action commun. La Turquie obtient un statut privilégié avec l’UE en échange de la fermeture de sa frontière (*).

Vendredi 4 décembre 2015, Athènes décide d'activer le mécanisme de protection civile de l’UE demandant un soutien matériel pour faire face à l’afflux des réfugiés et des demandeurs d’asile dans le pays. La Grèce demande aussi le déploiement d’une équipe d’intervention rapide aux frontières (RABIT) dans les îles de la mer Égée et approuvr le plan d’une nouvelle opération de l’agence Frontex, à la frontière avec la Macédoine/Fyrom. Lire : La Grèce appelle l’Europe au secours. Il était temps !

Les 17 et 18 décembre 2015, la question du contrôle des frontières et de l'espace Schengen est à l'agenda d'un Conseil européen

Pause de Noël et du Nouvel an... tout le monde est en vacances sauf les ONG, les volontaires mobilisés en Grèce pour accueillir les réfugiés. Mercredi 13 janvier 2016, le constat que dresse le vice-président de la Commission, Frans Timmermans, lors de la réunion de la Commission, ne prête guère à l'optimisme. Le langage est franc et sans concessions. Les Etats membres ne sont pas solidaires. Il annonce la nécessité de faire de nouvelles propositions sur la migration légale et la négociation d'accords de retour avec les pays tiers. Lire : Un plaidoyer pour préserver Schengen (Timmermans)

La fermeture de la route orientale Turquie - Grèce - Balkans

Mardi 25 janvier 2016, malgré l’hiver, « des milliers de migrants ont continué à arriver en Grèce et en Italie », le dernier rapport de l’agence Frontex le souligne. Le flux de migrants et réfugiés continue. Le nombre total de détections dans les deux pays a atteint 1,04 million en 2015. Soit près de cinq fois le chiffre de l’année précédente.

Mercredi 26 janvier 2016, à Amsterdam, le ministre grec délégué à la Politique migratoire, Ioannis Mouzalas, et son collègue chargé de la Protection civile Nikos Toskas dénoncent le double langage des Européens et la faiblesse de l'aide apportée à la Grèce. Lire : Crise des réfugiés. Arrêtez de taper sur la Grèce, aidez-nous ! (Mouzalas). Pourtant, l'idée d'une exclusion transperce les esprits. La Commission européenne dément. Aucun pays n’est et ne sera exclu de Schengen

Jeudi 11 février 2016, les ministres de la Défense de l'OTAN adoptent le principe d'un déploiement maritime en mer Egée pour aider Grecs et Turcs à contrôler leur frontière. L'initiative suit une conférence de presse tenue en commun par à Ankara lundi (8 février) entre la Chancelière allemande Angela Merkel et son homologue turc, Ahmet Davutoglu. Lire : Une initiative germano-turque. Que l’OTAN s’implique dans la surveillance des migrations*.

♦ Jeudi et vendredi 18 et 19 février 2016, un nouveau sommet est prévu sur la crise des migrants et réfugiés. Les Européens misent beaucoup sur la Turquie pour les aider à résoudre la crise des réfugiés en Méditerranée orientale (Lire : la turlutte turque). Mais un attentat à Ankara en plein coeur du pouvoir turc empêche la venue du dirigeant turc. La réunion est remise à début mars. En attendant, les 28 durcissent leur discours : Il faut reprendre le contrôle des frontières de l'espace Schengen. Ils approuvent aussi le plan d'assistance humanitaire pour la Grèce. Lire : Les ultimes recommandations des 28 en matière de migrations et de frontières*

Mercredi 24 février 2016. Réunis à Vienne, les ministres de l'Intérieur et des Affaires étrangères de neuf pays d'Autriche et des Balkans affichent leur objectif : fermer la route des Balkans. La Commission européenne proteste. Elle entérine une décision, prise jeudi 18 février, au niveau des chefs de police de cinq pays (Autriche, Croatie, Macédoine, Slovénie et Serbie) d'organiser de manière concertée l'enregistrement et le transfert des demandeurs. Lire Sous impulsion de Vienne, les pays des Balkans s’organisent pour gérer le flux de réfugiés * Les pays de la région mobilisent l'armée en renfort de leurs garde-frontières. L’armée hongroise mobilise ses hélicos pour surveiller la frontière avec la Serbie

Mercredi 2 mars 2016. Face à la crise en Grèce, la Commission européenne effectue un virage notable, et propose de rendre possible l’aide humanitaire à l’intérieur de l’UE*. Un budget de 300 millions d'euros est dégagé pour 2016, 200 millions d'euros les années suivantes, soit 700 millions en tout.

Jeudi 3 mars 2016. Une réunion commune des ambassadeurs du COPS et des spécialistes du COSI revient sur la question de la sécurisation des frontières des Balkans. Lire : Vers une implication de la PSDC dans la crise des réfugiés. On y réfléchit*

Vendredi 4 mars 2016, avant le sommet, la Commission européenne présente une feuille de route pour retourner au bon fonctionnement de Schengen*

En mars 2016, toutes les questions ne sont pas vraiment résolues pour les navires de l'OTAN déployés au large de la Turquie. Ils prennent ainsi bien garde à ne pas se trouver sur la trajectoire des bateaux de migrants. Lire : Que deviennent les réfugiés sauvés en mer Égée ? C’est un peu compliqué …

♦ Lundi 7 mars 2016, un accord UE-Turquie est acté au sommet. L’UE dope son accord avec la Turquie *. Les 28 conviennent avec Ankara de bloquer les réfugiés en Turquie et d'opter pour le '1 pour 1' (tout migrant ou réfugié expulsé vers la Turquie donne lieu à la réinstallation d'un réfugié arrivé en Turquie vers l'Europe. Un accord qui pose questions. Le HCR profondément préoccupé par l’accord UE-Turquie (Filippo Grandi) *. Les 28 conviennent également de fermer la route des Balkans, c’est fini ! Mais comment aider la Grèce ? La réponse des 28 *

♦ Vendredi 18 mars 2016, lors d'un nouveau sommet européen, les '28' actent une déclaration UE-Turquie pour le contrôle des migrations sur la route orientale par Ankara. Télécharger déclaration ENG / FR

♦ Mercredi 6 avril 2016. La Commission européenne propose de réformer le régime commun européen d'asile (RAEC), selon trois axes : des « règles communes davantage harmonisées », un « partage plus équitable des responsabilités » (avec la réforme du règlement de Dublin) et des « voies sûres et légales » pour que les personnes « nécessitant une protection » puissent venir dans l’UE. Lire : Les trois pistes de la Commission pour réformer le système d’asile

Jeudi 28 avril 2016, le Parlement européen se montre sceptique dans sa grande majorité à la mise en oeuvre de l'accord UE-Turquie. Lire : Le Parlement européen renâcle mais se rallie faute d’autre solution à l’accord UE-Turquie

Mardi 3 mai 2016, la Commission européenne dresse le bilan de son plan de relocalisation et des mesures d’urgence pour venir en aide à la Grèce. Pas fameux. Lire : Réfugiés. Le plan d’aide à la Grèce fonctionne-t-il ? Les États sont-ils solidaires ?

Mardi 7 juin 2016, dans une communication, la Commission propose un nouveau pacte sur l’immigration aux pays tiers, pays d'origine ou/et de transit. Une action qui s'inscrit dans la foulée du sommet de La Valette entre l'Union africaine et l'UE. Elle présente également deux propositions destinées à faciliter l'intégration des immigrés dans l'Union européenne et la consolidation d'une voie légale (modification de la directive 'carte bleue').

Mercredi 22 juin 2016, la Commission européenne débloque 200 millions d'euros, au titre du fonds fiduciaire régional de l'UE en Syrie (Madad). La plus grande part de cette enveloppe est accordée à la Turquie (165 millions d'euros). (communiqué)

♦ Mardi 28 juin 2016, le sommet européen se penche à nouveau sur la question migratoire. Migrations. Les 28 endossent la nouvelle approche avec les pays tiers sur la migration

Le 1er juillet 2016, la présidence slovaque de l'UE démarre. La Slovaquie accueille et héberge jusqu’à 500 demandeurs d’asile qui ont déposé une demande en Autriche, en attendant qu’elle soit traitée pour soulager la pression de l’Autriche. Lire : La Slovaquie héberge les réfugiés de l’Autriche

Mercredi 13 juillet 2016, la Commission européenne propose la mise en place d'un cadre commun pour favoriser la réinstallation dans l'UE de réfugiés établis dans des pays tiers. Lire : Un cadre commun pour la réinstallation des réfugiés. Une bonne idée*

Objectif : limiter les arrivées sur la route centrale Libye - Italie

♦ Jeudi 20 octobre 2016, nouveau sommet européen consacré à la migration. Les chefs d'État et de gouvernement misent sur les partenariats avec les pays tiers pour limiter les flux de migration en Méditerranée. La route orientale Turquie-Grèce étant jugulée, il s'agit dorénavant d'agir sur la route centrale Libye-Italie. Les 28 veulent mettre la gomme sur les partenariats migrations avec l’Afrique

Mercredi 23 novembre 2016, le rapport  de l'ONG Human Rights Watch pointe les politiques des gouvernements de l’Union européenne qui « remettent en cause la protection et les droits humains des réfugiés, tout en ternissant la position éthique de l’Union ».

Jeudi 12 janvier 2017, le comité directeur de la Facilité en faveur des réfugiés en Turquie se réunit pour faire le point sur les progrès réalisés. (communiqué)

Mercredi 25 janvier 2017, la Haute représentante de l'UE, Federica Mogherini, et la Commission européenne présentent, une série de mesures pour renforcer la lutte contre les migrations en Méditerranée centrale. L’UE veut renforcer les moyens en Libye et l’action des garde-côtes libyens (le plan de la Commission)

Jeudi 2 février 2017, Fayez al-Sarraj, le chef du gouvernement d’union nationale, et Paolo Gentiloni, le président du Conseil italien signent à Rome un mémorandum Italie-Libye pour renforcer leur coopération, pour lutter contre le trafic illégal de migrants en Méditerranée, gérer les frontières maritimes (et contenir les migrants, point non révélé de l'accord). A la clé, coopération et assistance italiennes aux garde-côtes et à la marine libyennes sur trois ans. Lire : Rome et Tripoli signent un accord de coopération sur la migration (le texte commenté)

♦ Vendredi 3 février 2017, au sommet informel des Chefs d'État et de gouvernement à 27, à La Valette (Malte). dirigeants européens s'engagent à aider la Libye à lutter contre les passeurs, gage essentiel selon eux pour faire face au défi migratoire en Méditerranée. La "déclaration de Malte" énumère neuf mesures destinées à « briser le modèle économique » des passeurs, à sécuriser les frontières du pays ou encore à assurer des conditions décentes aux migrants bloqués dans la région. Objectif : juguler la migration provenant de Libye. Ils approuvent l'accord passé entre l'Italie et la Libye qu'ils font leurs. Lire : A Malte, les Européens s’engagent à aider la Libye contre la migration ‘illégale’ (déclaration finale et changements)

Vendredi 31 mars 2017, la sixième réunion du comité directeur de la Facilité de l'UE en faveur des réfugiés en Turquie rend compte des progrès accomplis jusqu'ici. (communiqué)

Jeudi 27 avril 2017, l'Union européenne va « évaluer » dans les « prochains mois » a assuré Federica Mogherini à l'issue de la réunion informelle des ministres de la Défense de l'UE à La Valette la demande d’équipements des garde-côtes libyens… attentivement

♦ Vendredi 23 juin 2017. La migration est (à nouveau) le plat central du sommet européen. Les chefs d'État et de gouvernement de l'UE affirment leur « détermination » d'avancer dans le contrôle des flux migratoires, avec comme point phare, la route Méditerranée centrale et la Libye. Crise migratoire. Les 28 mettent le focus sur la route de la Méditerranée centrale

Mardi 4 juillet 2017, la Commission européenne adopte à Strasbourg un plan d'action destiné à soutenir l'Italie dans son action face à l'arrivée de migrants sur ses côtes en provenance d'Italie. La Commission rend hommage au travail de l’Italie et annonce un soutien supplémentaire.

Vendredi 4 août 2017, la Commission européenne annonce dans un communiqué 9,3 millions d'euros supplémentaires d'aide d'urgence à l'UNHCR pour un soutien ciblé aux réfugiés et aux migrants en Grèce.

Lundi 29 août 2017, réunis à Paris à l'Elysée, dans un format 4E+3A, les dirigeants du Quatuor européen (France, Angela Merkel pour l'Allemagne, Paolo Gentiloni pour l'Italie, Mariano Rajoy pour l'Espagne) et de trois pays africains les plus concernés (Sarraj pour la Libye, Mahamadou Issafou pour le Niger, Idriss Deby pour le Tchad) adoptent une déclaration commune pour mettre en place un plan pour contrer les migrations en Méditerranée centrale. Mini sommet UE-Afrique. Le quatuor européen propose un plan d’action au Sahel pour juguler les flux migratoires

Fin août 2017, une lettre est envoyée aux États membres. Le commissaire européen chargé des Migrations Avramopoulos appelle les pays à déclencher un nouveau programme de réinstallation.

Mercredi 27 septembre 2017, la Commission ouvre un nouveau programme de réinstallation propose d'ouvrir un nouveau programme de réinstallation pour les personnes ayant droit à l'asile en Europe. Une voie légale qui pourrait concerner au moins 50.000 personnes.

Lundi 9 octobre 2017, la Commission européenne annonce 4 millions d'euros supplémentaires (qui s'ajoute aux 21 millions déjà débloqués) à la Serbie pour l’accueil des réfugiés et demandeurs d'asile. (Communiqué)

♦ Jeudi 19 octobre 2017, Conseil européen à Bruxelles consacré à la migration. Les chefs d'État et de gouvernement tracent une priorité : l'Afrique. Ils définissent quatre actions prioritaires : 1) la réforme du régime d'asile européen commun, avec un système de crise de l'UE pour les pressions futures ; 2) la réinstallation et les voies légales de migration ; 3) la politique de retour, renforçant le service des retours de Frontex ; 4) la coopération avec les pays et organisations tiers. Lire : Migrations : les 28 veulent mettre la priorité sur l’Afrique

Mercredi 8 novembre 2017, lors de la huitième réunion du Comité directeur de la Facilité en faveur des réfugiés en Turquie, la Commission annonce de nouveau contrats pour 100 millions d'euros.

Mardi 27 novembre 2017, deux responsables européens soulignent aux eurodéputés le rôle plutôt positif de l'UE dans l'amélioration de la situation dans les centres de détention. Pour l'action des garde-côtes libyens, ils sont plus circonspects et reconnaissent un problème. Migrants en Libye : l’UE n’a pas à rougir de son rôle. Un problème avec les garde-côtes libyens ?

Lundi 11 décembre 2017, la Commission débloque 700 millions d'euros pour soutenir deux projets pour les réfugiés en Turquie : l'approvisionnement en biens élémentaires aux plus démunis et l'éducation des enfants, selon son communiqué.

2018, la crise migratoire est terminée, commence la crise politique

Mercredi 14 mars 2018, la Commission européenne débloque la seconde tranche d'aide prévue dans le cadre de l'accord UE-Turquie sur les réfugiés. Trois milliards au total : un milliard d'euros versé au titre du budget de l'UE et deux milliards d'euros complémentaires venant des États membres. La Commission demande à ceux-ci « de respecter les engagements qu'ils ont pris » (communiqué FR / ENG et rapport)

Mardi 20 mars 2018, de façon implicite le porte-parole de la Commission confirme une inflexion de la position européenne Au large de la Libye, l’Europe a-t-elle changé de position ?

Lundi 2 avril 2018, la Commission européenne annonce un complément de 180 millions d'euros en faveur de l'accueil des réfugiés en Grèce. Il s'agit en particulier, selon le communiqué, d'« étendre le programme phare d'«aide d'urgence à l'intégration à l'hébergement» (ESTIA) », lancé en partenariat avec le Haut commissariat aux réfugiés (HCR).

Entre le 10 et le 14 juin, La France et l'Italie s'écharpent sur l'accueil des migrants. Entre Emmanuel Macron et Giuseppe Conte , l'heure n'est pas aux mots doux. Entre Paris et Rome, une comédie en cinq actes sur fond de tragédie (V2)

Mardi 12 juin 2018, tirant partie des évènements passés, la Commission propose un budget migrations et gestion des frontières en forte hausse pour 2021-2027

Jeudi 14 juin 2018, pour la première fois, l'Union européenne impose (suivant une décision de l'ONU) une interdiction de voyager et un gel des avoirs à six trafiquants opérant en Libye. Six trafiquants d’êtres humains, libyens et érythréens, mis sur liste noire de l’UE. Détails

Jeudi 14 juin 2018, Conseil et Parlement européen arrivent à quelques accords provisoires sur certains éléments du futur régime européen d'asile commun (RAEC). Sur cinq des sept propositions faites par la Commission, on est proche d'un accord (lire : Réforme du régime d’asile européen commun : où en est-on ?). Le gros point crispant reste : Comment réformer le règlement de Dublin ?

 

Mardi 19 juin 2018, Réunis à Meseberg, les deux dirigeants franco-allemands, Emmanuel Macron et Angela Merkel, annoncent l'intention d'ouvrir le débat sur une intégration plus poussée en matière de politique de migrations. Défense, Sécurité, Migrations, Développement, l’accord franco-allemand de Meseberg

Dimanche 24 juin 2018, un mini-sommet réunit à la Commission européenne seize pays de l'UE autour de Jean-Claude Juncker pour déminer les désaccords et tenter de dégager des pistes de solution sur la crise migratoire et politique.

♦ Jeudi 28 juin 2018, Dans une atmosphère de crise, à nouveau, le Conseil européen se réunit avec un agenda bien chargé. Trois pistes sont évoquées : des plate-formes de débarquement pour les personnes sauvées en mer, une ligne financière dédiée dans le prochain cadre financier sur les migrations illégales, et des accords avec les pays tiers pour limiter les flux migratoires. L'objectif est clair : contenir les migrations hors d’Europe.

... à suivre ...

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(*) article publié dans l'édition de B2 Pro

Mis à jour : 2 janvier 2016, 30 juin 2016, 30 décembre 2016, 30 juin 2017, 30 octobre 2017, 12 avril 2018, 28 juin 2018