Commission 2019. Les candidats au poste de Haut représentant ne se bousculent pas. Six noms possibles et éventuels ?

Commission 2019. Les candidats au poste de Haut représentant ne se bousculent pas. Six noms possibles et éventuels ?

(B2 - exclusif) S'il reste encore quelques mois avant la prise de décision possible (juin ou juillet 2019) et la prise de fonction (1er novembre 2019), les candidats au poste de Haut représentant de l'UE pour les Affaires étrangères restent discrets. B2 a détecté trois candidats potentiels remplissant les principaux critères écrits ou non-écrits à ce poste (1) au sein des trois grands partis européens susceptibles de constituer une coalition au lendemain des élections

Les retrouvailles entre ministres lors de la réunion des Affaires étrangères, un des seuls moments publics ... et de sourires pour les photographes (Crédit : Conseil de l'UE - 6 mars 2017 - Archives B2)

Dire qu'on ne se bouscule pas au portillon pour remplacer Federica Mogherini est un faible mot. Est-ce que la fonction n'attire plus certains responsables politiques à la recherche de postes 'économiques', moins stressants et plus 'rentables' en termes d'influence ? Est-ce l'instabilité gouvernementale ou l'existence d'échéances nationales dans nombre de pays qui grèvent toute velléité d'occuper le poste ? Ou est-ce la situation complexe avec le Brexit et l'absence de toute clarté sur la majorité future qui annihilent toute volonté ? Peut-être un peu des trois. Ce qui est sûr, c'est que la dernière campagne en 2014 avait été plus propice à des candidatures annoncées ou suggérées. Très vite, dès juin 2013 et durant l'automne 2013, plusieurs candidats intéressés avaient alors manifesté leur intérêt (lire : Elections 2014. Tous candidats au poste de Haut représentant ?). Pour différentes raisons, ils n'avaient pas vu leur candidature retenue, mais ils avaient ouvert le bal ! Aujourd'hui, personne ne veut se lancer pour tenir un job considéré comme 'impossible'.

Un désintérêt qui n'est qu'apparent

L'économie plutôt que les affaires étrangères ?

Certains pays qui pourraient revendiquer le poste car ayant une diplomatie notable (France, Italie, Pays-Bas...) semblent peu intéressés. Ils le disent mezzo vocce. Rome reproche ainsi à son représentant de ne pas avoir de temps pour défendre la position du pays sur les principaux dossiers économiques et se profile davantage pour ce type de poste dans le prochain exécutif européen. La Haye a le même intérêt pour des postes à 'rayonnement' moins important (en apparence), mais tout autant décisionnels en réalité. Et son Premier ministre Mark Rutte parait avoir d'autres intérêts. La France regarde ailleurs. C'est une réalité : le Haut représentant est tellement occupé par les affaires étrangères, qu'il est peu disponible sur les autres sujets 'économiques' ou de politique intérieure, compétences primaires de la Commission européenne.

Une pièce complémentaire aux postes de tête

Dans le puzzle des postes de tête après les présidents de la Commission européenne et du Conseil européen, voire après les têtes du Parlement européen, le poste de Haut représentant apparait plutôt une pièce complémentaire. Dans les deux derniers mandats, il a ainsi été réservé à une femme, sociale-démocrate, pour compenser une configuration politique dominée par des hommes du parti populaire européen (PPE) (2).

Des usages, mais pas de règle écrite ou non écrite

La désignation de Catherine Ashton puis celle de Federica Mogherini en sont la nette illustration. Mais cet usage ne répond en aucun cas à une règle, même non écrite (3). Il existe d'autres postes de vice-présidents au sein de la Commission qui peuvent permettre cet équilibre à la fois politique et de genre. Les critères présidant à sa nomination (couleur politique, sexe, profil) dépendront donc des partis composant la coalition dirigeante au niveau européen. (Lire aussi : Les critères de nomination d’un ‘bon’ Haut représentant)

Trois candidats possibles et un candidat surprise

Ursula von der Leyen (Chrétien-démocrate, Allemagne)

Ce pourrait être une des favoris au poste. L'actuelle ministre allemande a fait son temps à la tête de la Défense allemande. Celle qui a été, un temps, perçue comme une possible rivale de Angela Merkel n'a plus d'espoir de ce côté-là. Un nouvel avenir européen lui permettrait de rebondir sur un terrain, les affaires européennes, où elle est à l'aise et a obtenu certains résultats. En tant que ministre, elle n'a eu de cesse d'affirmer la nécessité de l'Europe en matière de défense, que ce soit pour la mise en œuvre de la clause d'assistance mutuelle (article 42-7), la création de la coopération structurée permanente ou l'engagement en opérations.

Depuis plusieurs mois, d'ailleurs, elle est davantage présente au niveau européen. Avantages : c'est une femme. Et il y en a peu actuellement sur les rangs de haut niveau. Elle est multilingue. Ce qui est appréciable dans ce job. Elle a une très nette expérience en matière de défense, et plus généralement géopolitique. Elle coche la case 'grand pays', un critère non affirmé étant de réserver le poste de Haut représentant à un grand pays (l'Espagne, l'Italie et le Royaume-Uni ayant occupé le poste, et la France semblant passer le sien, la logique de l'Allemagne pourrait s'imposer). Berlin n'a jamais caché sa volonté d'avoir un poste en vue dans la prochaine Commission. A défaut de la tête de l'exécutif européen (si M. Weber n'est pas retenu), le poste de Haut représentant serait le bon compromis.

Handicaps : elle est du même parti, le PPE, qu'un possible/probable président de Commission (mais il existe d'autres postes de vice-présidents qui pourraient permettre cet équilibre). Notons au passage que, hors du poste de Haut représentant, il n'est pas exclu que Von der Leyen puisse occuper le portfolio de commissaire 'Défense et Sécurité', encore plus adapté à son double profil (européen et défense).

Miroslav Lajcak (Social-démocrate, Slovaquie)

L'actuel ministre des Affaires étrangères slovaque, n'a jamais caché, même s'il le fait très discrètement, son intérêt pour la politique étrangère européenne. Selon nos propres sources, une telle hypothèse n'est pas exclue à Bratislava, où on réfléchit plutôt en timing. M. Lajcak a présenté sa démission fin décembre, pour protester contre la non-signature par le gouvernement du pacte de l'ONU sur les migrations. Démission refusée car le gouvernement tenait à garder ses compétences pour assurer la présidence de l'OSCE cette année. Poste qui nécessite, de l'aveu d'un de ses conseillers, un « engagement plein et entier ».

Handicaps : une connaissance plutôt restreinte des autres zones du monde (Afrique et Moyen Orient notamment). Et la diplomatie slovaque n'a pas un « long rayon d'action ». Avantages : il coche la case 'Europe de l'Est' en cas de besoin. C'est un homme expérimenté, bien connu de ses collègues ministres. Il a une excellente connaissance du voisinage proche (Balkans, partenariat oriental), zones prioritaires pour l'Europe. Sa nationalité pourrait être un avantage si on estime qu'il ne faut pas venir d'un pays trop engagé sur la scène internationale. Plutôt que le poste de Haut représentant, il pourrait faire un excellent commissaire à l'élargissement, sorte de Haut représentant adjoint pour le Voisinage.

Margot Wallström (sociale-démocrate, Suède)

Actuelle ministre des Affaires étrangères en Suède, M. Wallström a occupé à la fois des postes nationaux et européens (commissaire européenne à l'Environnement de septembre 1999 à novembre 2004 dans la commission Prodi, puis commissaire aux Relations institutionnelles et à la Stratégie de communication de 2004 à 2010 dans la Commission Barroso I).

Avantage : elle coche une bonne partie des cases d'un 'bon' Haut représentant. Mais elle peut être une pièce importante (comme vice-Première ministre) d'un gouvernement à la stabilité précaire. Elle a de l'expérience, mais n'est plus non plus toute jeune (65 ans). Et le métier de Haut représentant est particulièrement usant.

"XY" (social-démocrate, Espagne)

Ce pourrait finalement être Madrid qui propose un candidat 'surprise', permettant de compléter le futur dispositif européen. Aucun officiel espagnol, même sous le sceau du 'Off' ne veut confirmer cette hypothèse. Mais aucun ne la dément non plus. Et dans les couloirs, on pourrait penser à un positionnement espagnol qui veut se hisser, profitant du départ européen, au niveau 'grands pays'. Les Espagnols peuvent, au besoin, surfer sur l'expérience, réussie, de Javier Solana à la tête de la diplomatie européenne, dans la période ante traité de Lisbonne.

Trois outsiders très éventuels

D'autres noms peuvent être évoqués. Le premier, Didier Reynders, remplit nombre de critères, mais n'affiche plus de disponibilité. Le deuxième, Frans Timmermans, est très souvent cité dans la 'bulle européenne', mais il a manifestement nombre de handicaps, pour que sa candidature soit crédible aujourd'hui. Le troisième, Alexander Stubb, candidat à beaucoup de postes, a peu de chance.

Didier Reynders (Libéral, Belgique)

Le Belge Didier Reynders aurait pu être un excellent Haut représentant. Son cumul récent au sein du gouvernement belge minoritaire avec la fonction du ministre de la Défense lui permettait de se positionner sur les deux pans de la fonction de Haut représentant. Il a l'expérience requise, la connaissance des dossiers et des rouages mécaniques européens. La Belgique ayant, au surplus, un siège au Conseil de sécurité des Nations unies, durant cette période, cela lui donnerait un volant relationnel supplémentaire au plan international. Il appartient au parti libéral.

Handicap : le ministre belge a annoncé sa candidature au poste de secrétaire général au Conseil de l'Europe. Poste plus discret et qui lui assure un rôle d'influence non négligeable. Maintenant, il faut que cette candidature soit agréée. L'intéressé n'exclut pas en cas d'échec ou d'autre évènement, de rester soit sur la scène nationale, soit (de façon moins affirmée) sur la scène européenne. Il l'a confirmé mezzo vocce à B2. L'hypothèse de l'entrée de l'ALDE dans la grande majorité pourrait favoriser l'émergence d'un de ses représentants au sein du dispositif.

Frans Timmermans (social-démocrate, Pays-Bas)

Candidat désigné des socialistes européens aux élections comme SpitzenKandidat, Frans Timmermans pourrait prétendre à présider le Parlement européen, pour la moitié de la période, en alternance avec un candidat PPE ou Libéral (en cas de tripartite). Mais il été ministre des Affaires étrangères et n'a jamais caché aussi ses premières amours pour la diplomatie. Son nom est souvent cité comme un des potentiels candidats.

Il a cependant de sérieux handicaps : son parti (le PvDA) ne participant pas au gouvernement, il faut que le gouvernement de La Haye le désigne comme membre de la Commission européenne. Ce qui semble pour l'instant exclu. C'est un 'léger' problème, d'autant plus important si le Premier ministre (libéral) Mark Rutte décide de présenter sa candidature pour le Conseil européen. L'ambition néerlandaise pour la Commission semble plutôt se concentrer sur un poste à valeur économique, du type de celui à la concurrence occupé par Neelie Kroes, ou un autre poste.

Alexander Stubb (Chrétien-démocrate, Finlande)

Ancien Premier ministre finlandais, et ancien ministre des Affaires étrangères, Alexander Stubb a été cité à tellement de postes que celui qui était auparavant un geek, ancien bousculeur des idées reçues, s'est usé à la tâche. Lui-même ne se dit pas intéressé en soi; « je suis vice président de la Banque européenne d'investissement », dit-il sagement. Même s'il reste ouvert à d'autres possibilités, le cas échéant.

(Nicolas Gros-Verheyde)

  1. Lire : Un nouvel Haut représentant, les paramètres de la nomination
    Quel sera le rôle du Haut représentant demain ? Un dosage subtil…
  2. Malgré des ambitions importantes, la faiblesse de la sociale-démocratie en Europe lui interdirait de revendiquer un poste de premier rang à la tête de la Commission européenne. Le parti populaire européen (PPE) a bien marqué son ambition et sa préférence de garder cette fonction dans la répartition à venir qui l'obligera à cerner ses priorités. Il ne pourra plus comme aujourd'hui mettre un des siens à trois des quatre principaux postes (Conseil européen, Parlement européen, Commission européenne).
  3. Le Haut représentant de l'UE est statutairement vice-président de la Commission, mais il n'est pas nécessairement le Premier. Jean-Claude Juncker l'a prouvé en constituant le collège et nommant un autre premier vice-président (Frans Timmermans) que le Haut représentant.