Entre 2021 et 2023, la force de réaction rapide de l’UE sera aux abonnés absents, un semestre sur deux

(B2 - exclusif) Si pour 2020, la permanence de la force de réaction rapide de l'UE est assurée de bout en bout, ensuite ce sera plus difficile. Le dernier planning des groupements tactiques de l'UE (battlegroups), obtenu par B2, montre de sérieux vides entre 2021 et 2023. Ce n'est ni à la hauteur des ambitions affichées par les Européens ni des engagements pris au titre de la PESCO

Un des hommes du battlegroup Helbroc lors de l'exercice Talos en novembre (crédit : MOD Grèce)

Un dispositif qui bat de l'aile

Le dispositif — qui prévoit deux battlegroups de permanence par semestre, soit quatre par an — bat de l'aile. Et cela ne date pas d'aujourd'hui (1). Malgré plusieurs promesses faites, les États membres restent toujours frileux à participer à un dispositif assez couteux en hommes, qui n'est pas opérationnel. Certains pays semblent avoir totalement renoncé. Les Nordiques en particulier (Suède, Finlande, Irlande) sont inscrits nulle part. Et le départ britannique du planning (2) n'a été compensé par personne véritablement.

2021 à 2023 : des semestres sans battlegroup de permanence

En 2021, il n'y a ainsi qu'un seul battlegroup fonctionnel, au second semestre, conduit par l'Italie comme nation-cadre, avec les Autrichiens, Croates, Hongrois et Slovènes (Habsbourg battlegroup). Au premier semestre, le planning reste désespérément vide.

Idem en 2022, où l'Espagne a confirmé son engagement comme nation cadre du battlegroup du second semestre, avec la participation du Portugal (battlegroup ibérique). Mais aucun pays n'a pris la permanence au premier semestre.

En 2023, la Pologne assurera le rôle de nation cadre pour le premier semestre 2023, avec la République Tchèque, la Hongrie et la Slovaquie (Visegrad battlegroup). Tandis que la Grèce dirigera le deuxième battlegroup de permanence pour la même période - premier semestre 2023 - avec la Bulgarie, Chypre, la Roumanie et trois pays tiers (République de Macédoine du Nord, Serbie et Ukraine) au sein du Helbroc battlegroup. Mais il n'y a personne de permanence au second semestre.

Un léger mieux en 2024 et 2025

En 2024, la France a confirmé son engagement en tant que nation cadre pour le battlegroup du premier semestre, avec la Belgique en participant.
L'Italie sera la nation cadre pour le battlegroup du second semestre, avec la participation de l'Albanie.

En 2025, c'est l'Allemagne qui sera de permanence sur les deux semestres comme nation-cadre, avec l'Autriche et la Croatie. Le Portugal dirigeant le second battlegroup de permanence pour le premier semestre.

Une rupture des engagements de la PESCO

Cette faiblesse d'engagement n'est pas à hauteur des ambitions affichées par les pays européens publiquement, sous le motif que l'Europe doit assurer un rôle dans le monde ou qu'elle assumer sa charge du fardeau dans la défense. Elle est aussi — selon nous — en infraction totale avec les engagements pris au titre de la coopération structurée permanente (PESCO), notamment l'engagement n° 12, sur la disponibilité et la capacité de déploiement des forces (3).

Réfléchir à d'autres solutions

Au regard de cette difficulté, les solutions semblent cependant assez simples : allonger systématiquement la période de permanence de six mois à un an (4) et renoncer (sauf de façon optionnelle) à avoir un second battlegroup de permanence (5). Ce serait plus réaliste ... plutôt que de maintenir un concept 'à trous'.

(Nicolas Gros-Verheyde)

Télécharger le planning des battlegroups de 2020-2025 à jour au 6 décembre

  1. Pour 2018-2020, on avait vu un meilleur engagement des États membres. Lire : Le nouveau calendrier des battlegroups. Innovations et inconnues
  2. Lire : Les Britanniques sortent des battlegroups. L’UE quasiment sans force de réaction rapide au 2e semestre 2019
  3. « Contribuer de manière substantielle au GTUE en confirmant en principe les contributions au moins quatre ans à l'avance, avec une phase de prise d'alerte conforme au concept du GTUE, l'obligation d'organiser des exercices pour l'ensemble des forces des GTUE (pour la nation-cadre) et/ou de participer à ces exercices (pour tous les États membres participant au GTUE) » (Décision 2017/2315 du 11 décembre 2017, Annexe, JOUE L 12 du 17 janvier 2018, p. 63).
  4. Comme ce qui s'était passé au premier semestre 2020 : la lacune avait été comblée par la France qui avait prolongé son engagement de six mois supplémentaires.
  5. Des idées proposées, avec un certain bon sens, par les militaires de l'état-major de l'UE. Lire : Les quatre pistes d’évolution pour les battlegroups (Grammatico)

 

 

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).

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