Depuis l’OTAN, l’Arménie accuse la Turquie de mettre le feu aux poudres au Haut-Karabagh

(B2) Le président arménien Armen Sarkissian était accueilli au QG de l'OTAN mercredi (21 octobre). L'occasion idéale pour déclamer haut et fort ses reproches à l'égard de la Turquie dans la guerre au Haut-Karabagh

Armen Sarkissian, le président de l'Arménie, a pointé du doigt la responsabilité de la Turquie (crédit : OTAN)

Armen Sarkissian ne s'est pas déplacé à Bruxelles pour enfiler des perles. Mais plutôt « exprimer une préoccupation » liée à l'un des sujets les plus brûlants du moment : la guerre dans le Haut-Karabagh. C'est bien une « guerre » qui se déroule dans cette région depuis fin septembre, a assuré le président. La région, peuplée d'une majorité arménienne, mais territoire de l'Azerbaidjan, est source de conflits et de violences depuis plus de trente ans.

L'influence de la Turquie 

Depuis la reprise des hostilités cet automne, les choses sont différentes selon le président arménien : « Une tierce partie s'est interposée entre les habitants du Haut-Karabagh et de l'Azerbaïdjan ». Elle « soutient politiquement, diplomatiquement et militairement l'Azerbaïdjan. Cette tierce partie est impliquée dans l'action. Cette tierce partie a soutenu et amené dans la région des terroristes islamistes et, malheureusement, c'est un membre de l'OTAN. Je ne peux pas ne pas en parler : C'est la Turquie. » Une accusation forte, qui fait écho à la première, lancée par Emmanuel Macron, le président français, au début de la guerre (Lire : Des combattants djihadistes syriens déployés par la Turquie au Haut Karabagh, dénonce E. Macron).

Une entrave à tout règlement du conflit

Le président arménien va plus loin en considérant que si la paix est  impossible, c'est la faute du régime d'Erdogan  : « Si un membre de l'OTAN cesse de participer au conflit et contribue au cessez-le-feu et à la recherche d'une solution pacifique, nous parviendrons à un cessez-le-feu et qu'après cela, nous reprendrons les négociations à la table du groupe de Minsk et que nous trouverons enfin une solution pacifique au conflit. ».

L'OTAN reste en retrait

Le secrétaire général de l'OTAN a, lui, affiché son impassibilité habituelle. Il demande « de faire preuve de retenue, observer le cessez-le-feu et la désescalade ». L'OTAN est « profondément préoccupée » par les violations continues du cessez-le-feu qui causent des pertes humaines. « Tous doivent maintenant travailler à une solution politique durable. L'Arménie et l'Azerbaïdjan devraient reprendre les négociations pour parvenir à un règlement pacifique du conflit. Et les efforts du groupe de Minsk de l'OSCE restent essentiels. » appelle-t-il. Pas un mot sur la Turquie qui est cependant membre de l'Alliance.

Commentaire : un changement de ton

Cette réception, avec les honneurs au siège de l'Alliance, quelques heures juste avant le début d'une réunion des ministres de la défense de l'Alliance par vidéoconférence, n'est pas anodine. En termes diplomatiques, c'est un message envoyé par-delà les mers à Ankara. L'OTAN ne veut plus avoir les pieds et poings liés par la politique turque militaire expansionniste.

Le changement de ton est très net. Il y a un an, après l'offensive turque en Syrie, le soutien à l'Allié était encore présent, malgré certaines réticences (lire : Empêtrée dans le conflit syrien, la Turquie obtient une solidarité minimale de ses alliés de l’OTAN). Aujourd'hui, le sentiment général est tout autre. Lors d'une visite à Ankara début octobre, le secrétaire général Jens Stoltenberg avait seulement dit : « J'attends de la Turquie qu'elle use de son influence considérable pour apaiser les tensions » au Haut-Karabagh. Des mots lourds de sens. Une manière de reconnaître l'implication de la Turquie dans le conflit et lui demander une attitude plus constructive, que destructive.

L'oubli du traditionnel mot sur la Turquie, allié indéfectible de l'OTAN est aussi lourd de sens. Ce n'est pas une condamnation, mais cela y ressemble. Derrière les portes fermées, un diplomate le dit clairement : « Personne à l'OTAN ne soutient l'Allié turc dans cette aventure » du Haut Karabagh.

(Aurélie Pugnet)

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