La mission EUTM Mozambique lancée. Derniers détails (pays contributeurs, budget, force protection, soutien médical)

(B2) La mission de formation militaire de l'UE au Mozambique se finalise. La décision de lancement vient d'être approuvée. Ce n'est que le début de l'histoire. Tous les détails sur le futur de la mission

  • La décision, préparée par les ambassadeurs du Coreper le 13 octobre, a été approuvée ce vendredi (15 octobre) sans débat, en point A, au Conseil des ministres... de l'Emploi. Elle devrait paraître au journal officiel lundi (18 octobre). Pile le jour de la réunion des ministres des Affaires étrangères.

Objectif : former une force de réaction rapide mozambicaine

L'objectif stratégique fixé à EUTM Mozambique par les 27 est « de soutenir le renforcement des capacités des unités des forces armées mozambicaines » et de former la future « force de réaction rapide » (Lire : Feu vert politique. Objectif : la formation d’une QRF efficace). La mission fournira notamment une formation militaire comprenant « une préparation opérationnelle, une formation spécialisée sur la lutte contre le terrorisme, et une formation et une éducation sur la protection des civils — en particulier les femmes et les filles dans les conflits ». EUTM Mozambique a cependant un « mandat non exécutif ». C'est-à-dire sans mandat de respecter l'ordre public.

Un commandement à Bruxelles

Le commandement de la mission — au niveau stratégico-politique — est assurée directement par l'état-major de l'UE à Bruxelles, en la personne du vice-amiral Hervé Bléjean (directeur de l'EUMS et de la capacité militaire de planification et de conduite ou MPCC). Sur place, le commandement de force est assuré par un Portugais, le général de brigade Nuno Lemos Pires est le commandant de la force de mission de l'UE et dirige la mission sur le terrain (lire : Un général portugais à la tête d’EUTM Mozambique). C'est la quatrième mission à être placée sous l'autorité directe de la MPCC (avec EUTM Somalia, EUTM Mali, EUTM RCA).

Capacité initiale atteinte en novembre

Une petite équipe préparatoire est déjà sur place, au Mozambique, pour préparer l'arrivée des premiers contingents européens. La capacité initiale opérationnelle devrait être atteinte début novembre avec le déploiement d'une grosse partie du contingent. Essentiellement avec le transfert du projet de formation développée à titre bilatéral par les forces armées portugaises. La pleine capacité opérationnelle devrait être atteinte mi-décembre, voire au début d'année prochaine.

Une dizaine de personnes déjà sur place

L'équipe préparatoire est formée d'une dizaine de personnes qui constituent l'ossature du futur quartier général de la mission. Elles sont épaulées par des experts du commandement des missions PSDC venus de Bruxelles (la MPCC, Military Planning and Command Capacity), sur des points particulièrement techniques : finances, contrats, CIS (systèmes d'information et communications), force protection, renseignement, médical, etc.

Une mission de 115 personnes

À terme, la mission devrait être composée d'environ 115 personnels sur place, auxquels il faut rajouter quelques effectifs à Bruxelles. Les planificateurs européens et portugais ont fait preuve d'ingéniosité pour arriver à boucler le dispositif. Plusieurs positions seront ainsi à « double casquette », en particulier les conseillers du quartier général de mission (MHQ). Le conseiller juridique fera ainsi aussi la planification des cours de droits de l'homme, le conseiller gender les formations égalité hommes-femmes, idem pour le conseiller médical ou le conseiller cyber qui assureront les formations, chacun/e dans leur spécialité. Cela permet de remplir ainsi les quelque 140 positions nécessaires (très exactement 138) au bon fonctionnement de la mission.

Une dernière réunion de génération de forces prévue en novembre

Environ deux-tiers des positions sont actuellement pourvues. Il reste encore quelques 'trous', notamment du côté médical. Une dernière conférence de génération de forces est prévue début novembre pour compléter l'effectif.

Une dizaine de pays participants

Les Portugais, qui assurent le rôle de nation-cadre, forment officiellement 50% des effectifs (un peu plus en réalité selon notre compréhension). Une dizaine d'États membres ont également répondu 'oui' à l'engagement. Les pays du Sud sont présents (Grèce, Italie, Espagne), mais aussi ceux du Nord (Belgique, Finlande) et du centre ou de l'Est (Autriche, Estonie, Lituanie, Roumanie). Un grand absent : la France. Mais, a assuré une source nationale, la France « participera ».

Trois pays tiers en attente

L'association de militaires de pays tiers est envisagée très sérieusement. Mais elle n'est pas encore totalement validée. Le processus est en cours pour la Macédoine du Nord et pour la Serbie — qui pourrait intervenir sur le soutien médical, comme elle le fait dans les autres missions.

Pour le Brésil, intéressé à participer, c'est un peu plus compliqué, semble-t-il. Car ce pays n'a pas d'accord cadre sur les missions PSDC avec l'Union européenne comme la Serbie et la Macédoine du Nord. L'option pourrait être de l'intégrer dans le contingent portugais. Lisbonne négocie actuellement un accord avec les Brésiliens. Mais c'est loin d'être fait. Le gros avantage des Brésiliens, cependant, est d'être habitué aux terrains africains et d'être lusophones. Une qualité utile pour dialoguer avec les soldats mozambicains.

Le budget : une première pour la facilité européenne de paix

La mission aura une durée de deux ans. Son budget est fourni par la facilité européenne pour la paix (en lieu et place du mécanisme Athena). Elle disposera d'un budget de référence de 15,16 millions € pour les deux ans. Soit ± 7,6 millions d'euros par an. Ce qui est un des plus petits budgets de la PSDC.

Une mesure de 'Train & Equip'

C'est surtout la première fois que la mission sera accompagnée d'une mesure d'assistance, de 4 millions d'euros, afin de réaliser le fameux nexus train & equip, souvent désiré, jamais complètement accompli. L'objectif de la mesure d'assistance — approuvée le 30 juillet dernier — est d'équiper les 11 compagnies de forces spéciales qui seront formées ainsi que la structure de commandement en équipements et matériels non létaux. Cela pourra aller des radios ou véhicules aux cuisines de campagne, en passant par les uniformes, le matériel de couchage des tentes, de l'accompagnement médical, etc.

Maputo et Chimoio

La mission sera établie sur deux sites. L'un est à Maputo, au centre d'entrainement de Catembe, qui forme les fusiliers marins, près duquel se situe le logement des militaires européens (comme en Centrafrique). Le second est à la base logistique de Chimoio, au centre du pays, à plus de 1000 km par la route de Maputo. Ce site est destiné à l'entrainement des commandos terre. Le transport de l'un à l'autre des sites se fera sur des voies aériennes classiques (civiles).

Des formateurs issus des forces spéciales

La majorité des formateurs seront des Portugais, issus des forces spéciales, commandos terre ou fusiliers-marins. Les autres formateurs sur des postes spécifiques (droit international humanitaire, égalité de genre, contre-terrorisme, civilo-militaire...) seront d'autres nationalités. Un contrat avec des interprètes pourra être conclu, afin de faciliter l'interaction entre les non-lusophones et les Mozambicains.

Une force protection limitée

Les conditions de sécurité sur place sont bonnes, du moins à Maputo. Ce qui permet aux Européens de n'engager qu'une équipe de force protection assez limitée. Les forces mozambicaines — forces de sécurité intérieures et forces armées — assureront ainsi une bonne part de la sécurité environnante sur place. Il y aura néanmoins quelques éléments de force protection à Maputo. Des échanges d'informations sont prévus régulièrement pour faciliter la « compréhension de la situation » (le renseignement). Mais ce sera surtout à Chimoio que l'équipe européenne sera déployée. À cela, il faut ajouter que la plupart des instructeurs viennent des forces spéciales, et sont donc entrainés à réagir à différentes situations.

Le soutien médical en point d'interrogation

Quelques points restent encore à compléter, notamment du côté du soutien médical. L'effectif n'est pas atteint selon nos informations. Chacun attend de savoir si un État membre propose des effectifs pour remplir cette fonction. À défaut de réponse — ce qui semblerait être le cas —, il pourrait être décidé de recourir à des sociétés privées. Un dispositif déjà testé à EUTM Mali par exemple ou EUTM Somalia, qui fonctionne bien, de l'avis général. Le retour d'expérience est « positif ». Par rapport aux autres missions EUTM, celle-ci évolue dans un milieu plus facile. Le Mozambique, particulièrement à Maputo, a une bonne structure de santé civile. Et le rôle 3 (hôpital médico-chirurgical) pourrait être assumé à l'aide d'une contractualisation avec les hôpitaux locaux. Ce n'est qu'à Chimoio qu'il y aura nécessité d'un dispositif de rôle 2 (hôpital de campagne).

(Nicolas Gros-Verheyde)

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Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).

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