Un nouvel ambassadeur de l’UE en Norvège. Pas n’importe lequel

(B2) Nicolas de la Grandville est le nouvel ambassadeur de l'UE en Norvège. Une nomination très diplomatique

Nicolas de la Grandville avec José-Manuel Barroso à Vientane lors du 9e sommet Europe-Asie en novembre 2012 (crédit : Commission européenne / Archives B2)
  • En nommant le Français à Oslo, dans un pays proche de l'Union européenne, Josep Borrell enlève une épine du pied de la présidente de la Commission Ursula von der Leyen, qui avait commis une sacrée bourde en le mettant à l'écart. Cette nomination effective depuis le 1er septembre n'a été rendue publique que vendredi (8.10) dans un communiqué du Haut représentant.

De l'Espagne à Cécilia Sarkozy

Énarque (promotion 1995-1997), diplomate de carrière, issu d'une vieille famille noble, Nicolas (de La Chevardière) de la Grandville a été en poste en Espagne avant de débarquer en 2006 comme porte-parole de la représentation permanente de la France auprès de l'Union européenne. Un poste où il officie avec efficacité et discrétion, prenant toujours soin de chacun. Dans le petit milieu des journalistes correspondant à Bruxelles, il est toujours prompt à la critique. Jusqu'à être appelé à l'Élysée.

En juin 2007, il devient le chef de cabinet de Cécilia Sarkozy, la femme du président Nicolas Sarkozy. Après la rupture des deux époux, consommée en octobre 2007 par le départ de Cécilia avec son nouvel amour, Richard Attias, il réintègre le Quai d'Orsay.

Un spécialiste du protocole

De la Grandville devient chef adjoint du protocole en 2008. Puis passe à la Commission européenne, comme chef de protocole à partir d'avril 2010. D'abord en détachement, puis comme directeur. Un poste très discret, mais ô combien principal, qu'il exerce sous deux Commissions (Barroso II et Juncker). Avec talent : c'est lui qui est chargé de régler les milles et un détails des différentes visites officielles à Bruxelles ou déplacements à l'étranger. On retrouve sa grande stature dans tous les lieux pour guider les pas d'un officiel, tenir un document à la signature ou saluer un nouvel ambassadeur à Bruxelles. Mais l'arrivée de Ursula von der Leyen bouleverse une mécanique bien huilée.

Une mise au placard de la Commission

C'est une bête histoire de place dans un ascenseur, qui joue le rôle de gain de sable, comme le révèle notre confrère Jean Quatremer de Libération/Coulisses de Bruxelles. Nous sommes alors en période de Covid-19. Et les places sont limitées. Le directeur du protocole prend place avec l'invité et la présidence. Une situation logique au regard des règles du protocole, mais qui provoque un incident de cour. Björn Seibert, le directeur de cabinet de la présidente de la Commission européenne, qui voulait entrer avec son égérie dans l'ascenseur n'a pas de place. « Furieux », Seibert obtiendra la mise à l'écart du directeur du protocole. Une erreur, gravissime, qui sera à l'origine, en bonne partie, de l'affaire du Sofagate.

... qui a provoqué en partie le Sofagate

Ursula von der Leyen n'enverra, en effet, personne pour organiser sa visite à Ankara, et négocier pied à pied avec le protocole turc, sa venue, comme nous l'avions raconté (lire : La stratégie du sofa. De la puissance et de la brutalité). Seul le protocole du Conseil européen — dirigé également par un Français — sera sur place et fera le travail pour lequel il est payé : négocier tous les points de la venue de Charles Michel. Une erreur de débutant dans la diplomatie internationale, que la cheffe de l'exécutif européen essaiera (avec un certain talent) de retourner à son avantage, en utilisant sa position de femme, dans une vindicte contre le machisme supposé de l'ancien premier ministre belge (lire : A Ankara, le ‘sofagate’, miroir tendu aux faiblesses européennes).

(AP & NGV)

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).

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