N°27. Traquer les trafiquants d’êtres humains en Méditerranée, une longue prise de conscience (Opération Sophia) (V9)

N°27. Traquer les trafiquants d’êtres humains en Méditerranée, une longue prise de conscience (Opération Sophia) (V9)

Sauvetage de bateau de réfugiés/migrants en Méditerranée (crédit : MOD UK)

(B2) Après plus d'une année de tergiversation, les Européens ont, enfin, décidé de planifier et lancer une nouvelle opération navale et aérienne, d'envergure, au large de la Libye. Opération dénommée EUNAVFOR Med puis renommée "Opération Sophia" en l'honneur d'une petite Somalienne née à bord d'un des bateaux. L'objectif est, cette fois, non seulement de venir en aide aux naufragés de la mer mais de s'attaquer aux réseaux de passeurs et de trafiquants d'êtres humains.

Plus d'une année de blocage et de palabres

C'est l'Italie essentiellement qui bataille pour la mise en place d'une opération maritime afin de venir en aide aux migrants et de stopper le trafic. Elle alerte à plusieurs reprises les européens. En vain...

Premier drame, première opération

Après le naufrage dramatique du 3 octobre 2013 près de Lampesuda qui fait 366 morts, le choc est immense. Un nouveau drame se produit le 11 octobre 2013, on recense 268 morts, en majorité des syriens (Lire : Au large de Lampedusa, le 11 octobre, l’Europe a-t-elle laissé mourir 268 Syriens ?). Rome demande l'aide à l'Europe... elle obtient un silence gêné en réponse (Lire : Drame de Lampedusa : la Commission botte en touche). Le gouvernement de Enrico Letta entend européaniser cette mission. Emma Bonino et Mario Mauro prennent la plume, en octobre 2013, et demandent à la Haute représentante de l'UE d'agir. (lire : L’Italie demande une opération PSDC sur l’immigration illégale). Sans attendre, les Italiens ont mis en place leur propre opération. Mare Nostrum est lancée le 18 octobre 2013.

L'Union européenne saisie, réfléchit...

Les ministres des Affaires étrangères de l'Union européenne (Lire : La discussion sur l’immigration illégale, au déjeuner des ministres des Affaires étrangères) sont saisis le 18 novembre 2013 lors de leur réunion mensuelle. Puis le lendemain, c'est le tour de leurs homologues de la Défense. Ceux-ci peuvent notamment visualiser les méthodes utilisées par les passeurs (lire : La technique somalienne. Les preuves) à l'aide d'un film préparé par les Italiens (visionné par B2 également). Chacun semble résolu à abonder dans le sens d'une solution européenne (lire : La lutte contre l’immigration devient un sujet européen). Il y aurait cependant bien besoin d'une gestion européenne, comme le prouve une aventure cocasse arrivée à des Kurdes en pleine mer, heureusement, bien terminée, grâce à une policière et des pompiers réactifs... de région parisienne (lire : Ne cherchez plus le Crossmed européen. Passez par Poissy !)

... mais dit Non

Des options sont préparées par les planificateurs de la gestion de crises au Service diplomatique européen (Lire : Opération PSDC en Méditerranée : trois options à l’étude). Dans les milieux gouvernementaux, la réticence est cependant de mise. Le dossier monte au niveau des Chefs d'État et de gouvernement en décembre 2013. La réponse est claire et sans ambages. C'est Non ! La situation en Ukraine (des manifestations ont démarré le 21 novembre sur la place Maidan), la question des armes chimiques syriennes, le conflit en Centrafrique préoccupent davantage les esprits. Le prochain renouvellement de l'exécutif et du législatif européens (la campagne électorale commence) obscurcit également l'horizon politique. Les 28 conviennent seulement de reparler de la question des migrations en ... juin 2014 et demandant à la Commission de suivre une série de 38 « mesures opérationnelles » proposées (notamment le renforcement de Frontex). En bref... il n'y a rien d'urgent.

Les Italiens montent leur propre opération, Mare Nostrum

Les Italiens continuent donc seuls. Non sans fierté. L'opération « Mare Nostrum » qui comptera en moyenne 5 bateaux de la marine, plusieurs navires des gardes-côtes, avions de patrouille maritime, drones et hélicoptères (Lire : Mare nostrum, fierté italienne). La solidarité n'est pas vraiment au rendez-vous. Un seul pays : la Slovénie propose son aide (Lire : Mare nostrum. L’Italie se sent bien seule…). Son coût reste important pour l'Italie (9 millions d'euros environ par mois) même si elle bénéficie d'une aide européenne. La marine italienne coordonne toute l'opération depuis son QG de Rome où B2 a pu se rendre (Lire : Au QG de la marine italienne à Rome (CincNav)) Elle est finalement arrêtée fin octobre 2014. En un an, les unités de la marine italienne sont intervenus à 421 reprises recueillant 150.810 migrants, et permis de sauver de nombreuses vies. Sans intervention, il est certain que d'autres naufrages dramatiques auraient eu lieu.

Une leçon sur les méthodes des passeurs

L'opération Mare Nostrum a aussi permis d'apprendre beaucoup sur les méthodes des passeurs, qui sont parfois rudimentaires, parfois plus sophistiquées, mais révèlent un vrai « business model » construit sur le dos des migrants et des réfugiés (Lire : Les techniques des passeurs, l’autre leçon de « Mare nostrum » ?). 5 navires-mères ainsi ont été saisis et 330 trafiquants suspects déférés à la justice. Mais l'opération est critiquée dans certains États membres et par certains observateurs, justement pour cela, pour être un véritable aspirateur à migrants.

L'opération de Frontex Triton

Une nouvelle opération européenne, menée sous l'égide de l'agence Frontex, prend le relais, à compter de novembre 2014, l'opération Triton. Mais son rayon d'action est limité. Et ses moyens chichement comptés : quelques bateaux jusqu'à avril 2015. Elle ne prendra son essor véritablement qu'après la prise de conscience européenne.

La prise de conscience européenne

Nouvel appel à l'aide italien

Après de nouveaux drames, L’Italie en appelle à l’Europe. Une nouvelle fois ! Le ministre italien des Affaires étrangères, Paolo Gentiloni écrit en février 2015 à Bruxelles. Sans réponse immédiate. Mais les temps ont changé à Bruxelles. Une nouvelle équipe est arrivée tant à la tête de la Commission européenne que de celle du Service diplomatique européen. Finis les atermoiements de l'époque Barroso-Ashton.

Un business model sans état d'âme des trafiquants

Il est temps. Les trafiquants ont raffiné et adapté leurs méthodes, de façon industrielle, prenant désormais de gros cargos qu'ils dirigent automatiquement avec leur chargement humain, sans pitié, vers les côtes (Lire : Faire foncer les navires de migrants sur la côte. La nouvelle tactique des migrants). Et ses navires (qui ne sont pas armés) sont confrontés à des actions « robustes » des trafiquants qui n'hésitent pas à tirer à la kalachnikov pour reprendre les bateaux (Lire : Les bateaux de Frontex sous le feu des Kalachnikovs. Une menace pour les opérations de sauvetage en Méditerranée).

Nouveau drame, nouvelle prise de conscience

La prise de conscience européenne survient après un nouveau naufrage, au large de la Libye, le 19 avril 2015, qui fait plus de 800 victimes d'un coup. Un nouveau choc. Il faut Sortir la tête du sable ! écrivons-nous sur le blog. En quelques jours à peine, entre le 10 et le 14 avril, les gardes-côtes italiens annoncent avoir secouru près de 8 000 personnes en Méditerranée !

Le calendrier politique s'accélère

Le 20 avril 2015, lors d'un conseil des Affaires étrangères, réuni en urgence en format « jumbo » avec les ministres de l'Intérieur, à Luxembourg, les ministres conviennent de renforcer l'action contre les trafiquants d'êtres humains. La Commission propose un plan en 10 points qui prévoit de développer une opération sur le modèle d'Atalanta pour lutter contre les trafiquants.

Le 23 avril 2015, un sommet exceptionnel est convoqué. La Haute représentante de l'UE reçoit un mandat officiel des Chefs d'Etat et de gouvernement pour préparer une opération de la PSDC. Les premiers éléments d'une opération maritime de lutte contre les trafiquants se profilent. Le mot d'ordre du Conseil européen est clair : éviter de nouvelles tragédies en Méditerranée.

Un cadre juridique est approuvé

Le 18 mai 2015, les ministres des Affaires étrangères de l'UE se mettent d'accord sur le cadre d'action de l'opération qui n'est pas simple, surtout au plan juridique (lire : EUNAVFOR Med, une opération complexe, juridique également *). Ils désignent un chef d'opération, un contre-amiral italien (lire sa Biographie *) et un adjoint français (lire : Un Français à bord…). L'objectif est clair cependant, partagé par tous les États, de la Grèce au Royaume-Uni, en passant par la Finlande ou la Pologne : Perturber le « business model » des trafiquants *.

Le trio Mogherini-Avramopoulos-Juncker à la manoeuvre

La présence dans l'exécutif européen de l'ancienne ministre des Affaires étrangères italienne, Federica Mogherini, et de l'ancien ministre grec de la Défense Dimitris Avramopoulos, tous deux aux postes clés l'une de Haute représentante de l'UE, l'autre de commissaire européen chargé des Migrations a plus que joué en faveur de ce (soudain) retour aux réalités. Ce résultat témoigne d'une certaine virtuosité politique déployée par les Italiens et les Grecs. Une manœuvre politique digne de certaines stratégies militaires (lire : Une tactique politique remarquable. Le voile se lève sur EUNAVFOR Med).

L'opération se met en place

Les premiers moyens européens se mobilisent. L'Allemagne s'engage. Deux navires allemands engagés en Méditerranée dans l’opération EUNAVFOR Med. La France également. Un Falcon 50 survole la Méditerranée. Premier vol de reconnaissance français pour EUNAVFOR Med. Même si ce n'est pas leur objectif premier, les opérations de secours continuent. Fin mai 2015, les navires européens d'EUNAVFOR comme de Triton récupèrent en quelques 36 heures plus de 4000 migrants (lire : Au large des côtes libyennes, les marines européennes unies pour sauver plus de 4000 migrants des eaux).

Quelques inconnues demeurent

Cette opération reste soumise à de grosses inconnues, tout d'abord l'autorisation du gouvernement libyen (Lire : Le gouvernement libyen ne donne pas son autorisation à EUNAVFOR Med (al-Dairi) *), et ensuite, le vote d'une résolution au Conseil de sécurité de l'ONU (Lire : Avec ou sans résolution de l’ONU, l’UE décidée sur EUNAVFOR Med. Quatre Européens à New-York *).

Phase 1 déclenchée

Le 22 juin 2015, au terme d'un marathon de préparatifs au sein des différents groupes de travail et du comité militaire de l'UE, les ministres des Affaires étrangères donnent leur feu vert pour lancer l'opération en phase 1 uniquement *). C'est l'observation et le renseignement qui sont de mise (Lire : Une opération « grandes oreilles » tout d’abord).

De nombreux pays ont marqué leur accord pour participer. Une fois n'est pas coutume, la génération de forces qui, d'ordinaire, est douloureuse s'est déroulée en une seule réunion (Lire : Qui participera à l’opération EUNAVFOR MED ? Premier état des lieux *). Les phases suivantes sont soumis à une évaluation et un accord des États membres (Lire : EUNAVFOR MED. La décision établit trois phases (et demi) bien distinctes - le texte décrypté *).

La pleine capacité opérationnelle est atteinte le 27 juillet 2015. Elle marque le début de la première période de douze mois du mandat.

« On July 27, the EU naval operation against human smugglers and traffickers in the Mediterranean called "EUNAVFOR Med” reached Full Operational Capability (FOC), following last month's decision by the Council to launch the operation. »

Même si le renseignement est l'activité principale, les opérations de sauvetage en mer se poursuivent inlassablement. Elles culminent même fin août (lire : Sophia née en Méditerranée. Vaste journée de sauvetage pour les navires européens).

Phase 2 amorcée

Le 14 septembre 2015, les ministres décident de passer à la phase 2a - la première partie de la phase 2 - qui se déroule en haute mer. Une phase qui mérite d'être analysée en détails (lire : La seconde phase d’EUNAVFOR approuvée. Durée, format, objectif… *). Le 16 septembre 2015, une nouvelle conférence de génération de forces, s'achève par un petit succès. Plusieurs États ont répondu présents. (lire : Qui participera ? *). Le 28 septembre 2015, le COPS avalise le passage à la phase 2a.

Le contre-amiral Bléjean décrit dans une longue interview à B2 la volonté et la stratégie d'EUNAVFOR Med pour mettre à bas les réseaux de trafic (lire : une pièce dans un puzzle plus complet (Bléjean) *).

Le 7 octobre 2015, l'opération passe en phase 2. Elle en profite pour changer de nom, prenant le nom de la petite fille, Sophia, née à bord d'un des bateaux de l'opération, le Schleswig-Holstein, et baptisée en l'honneur de la marraine du navire, la princesse Sophia von Schleswig-Holstein (lire: Ne dites plus EUNAVFOR Med, dites Sophia !).

Le 9 octobre 2015, le Conseil de sécurité de l’ONU autorise les opérations en mer au large de la Libye contre les trafiquants *. Une résolution, votée à l'unanimité (sauf le Venezuela), utile pour pouvoir agir librement en haute mer.

Fin novembre, un premier bilan est dressé : 43 suspects ont été arrêtés, 46 bateaux ayant servi au trafic ont été détruits et 5700 migrants sauvés. Le trafic en Méditerranée a aussi chuté de façon notable. Les trafiquants préférant la voie terrestre (via la Grèce). Deux autres éléments ont joué : la fermeture de la frontière en Egypte et ... la météo, moins clémente. L'opération européenne est encore loin d'être un succès. Il faudra des années, souligne l'amiral Credendino, comme pour la piraterie dans l'Océan indien.

En décembre 2015, une base aérienne avancée est créée à Pantelleria (petite ile située en pleine mer, au nord-ouest de Lampedusa et à mi-chemin entre les côtes tunisiennes et la Sicile).

Le 7 janvier 2016, le Comité politique et de sécurité (COPS) autorise une Phase 2a renforcée permettant d'intervenir en haute mer contre tous les navires suspects, peu importe leur pavillon, sous certaines conditions. Le texte commenté *

Le 1er mars 2016, le contre-amiral (français) Gilles Humeau prend le relais de son compatriote Hervé Bléjean, comme numéro 2 de l'opération. Un passage de relais en douceur

A la mi-mars 2016, la route de la migration libyenne reprend à un rythme de plusieurs centaines par jour. De nouveaux migrants récupérés ce matin en Méditerranée. B2 est à bord du Cavour, le navire-amiral de l'opération, pour 2 jours en mer. Lire notre reportage complet : A bord du Cavour (opération Sophia). L'occasion aussi de découvrir les arrangements logistiques * de l'opération EUNAVFOR

Le 16 avril 2016, presqu'un an après le tragique naufrage du 18 avril 2015, la Haute représentante de l'UE Federica Mogherini monte à bord du Cavour en Méditerranée. « On peut être fier de la réaction européenne » lâche-t-elle.

Une réflexion s'engage pour faire évoluer la mission

A la mi-avril 2016, s'engage au COPS et dans les groupes de travail une réflexion sur un élargissement du mandat d’EUNAVFOR MED dans le cadre de la révision stratégique. Les États envisagent plusieurs options diverses. Le consensus n'est pas acquis...

Le 18 avril 2016, la discussion remonte aux ministres qui approuvent un compromis pour élargir a minima le mandat *. L'idée de la formation des garde-côtes libyens, défendue notamment par les Italiens et le commandant de l'opération Enrico Credendino qui avait dit vouloir réfléchir à une mission de formation des garde-côtes libyens *, passe. Celle d'un contrôle de l'embargo des armes, défendue par les Franco-Britanniques, plus controversée, semble remise à plus tard. Quant au passage en phase 2B reste, il est de toute façon soumis, à différentes conditions, et pas uniquement celle de l'accord du gouvernement libyen (lire : Les "vraies" conditions pour passer en phase 2B et 3 *).

En mai 2016, la Chambre des Lords (britannique) publie un rapport, assez sévère, considérant l’opération EUNAVFOR Med Sophia peu efficace *

Le 23 mai 2016, les 28 approuvent un accord de principe ministres des Affaires étrangères de l'UE doivent approuver, ce lundi (23 mai), l'élargissement des missions de l'opération EUNAVFOR Med / Sophia — formation des garde-côtes, embargo sur les armes. Mais il s'agit, pour l'instant, surtout d'un accord de principe, au plan politique, entérinant ainsi l'accord survenu entre les ambassadeurs du COPS (Comité politique et de sécurité) début mai Lire : L’extension des tâches d’EUNAVFOR MED : il faudra encore un peu du temps !

Le 3 juin 2016, le porte-aéronef italien Garibaldi (C-551) a pris le relais du Cavour (C-550) vendredi (3 juin) comme navire-amiral de l’opération. Lire : L’opération Sophia (EUNAVFOR Med) change de navire amiral

Le 14 juin 2016, le Conseil de sécurité de l'ONU adopte une résolution permettant un contrôle renforcé de l'embargo sur les armes au large de la Libye. Lire : L’ONU donne le feu vert au contrôle de l’embargo sur les armes par EUNAVFOR *. Il aura fallu des semaines de travail *.

Lundi 20 juin 2016, les ministres des Affaires étrangères de l'UE prolongent l'opération Sophia d'un an supplémentaire (jusqu'au 27 juillet 2017). Ils étendent son mandant en lui confiant deux tâches nouvelles : le contrôle de l'embargo sur les armes, la formation des garde-côtes libyens. Lire : Nouveau cap pour l’opération Sophia : deux tâches nouvelles et un peu plus… * et L’opération Sophia devient une « vraie » mission de présence en mer

Le 27 juin 2016, le contre-amiral italien Giuseppe Berutti Bergotto remplace son compatriote Andrea Gueglio à la tête de la force maritime européenne en mer Méditerranée (EUNAVFOR Med). Lire : Un nouveau commandant de force pour EUNAVFOR. Une exfiltration judiciaire ? *

L'extension à l'embargo sur les armes et la formation des garde-côtes entérinée

La question du port de diversion comme le financement de la formation des garde-côtes libyens occupe quelques réunions de groupes de travail et du COPS. Les États membres sont divisés. Finalement fin août un accord se fait. La France désigne Marseille comme port de diversion.

Le 23 août 2016, un mémorandum d’accord est signé entre EUNAVFOR Med et la garde-côte libyenne* entérinant le processus de formation des garde-côtes.

Mercredi 14 septembre 2016, l’opération EUNAVFOR Med entame sa mission de contrôle des armes. Un premier navire suspect est accosté pour contrôle. Deux navires — le Britannique HMS Diamond et le Français Premier maître L’Her — sont dédiés à cette tâche.

Fin septembre 2016, la mise en place de la formation des garde-côtes libyens se heurte encore à certaines difficultés notamment au plan financier. Lire : De nouvelles tâches pour EUNAVFOR Med Sophia. Non sans difficulté*

Le 4 octobre 2016, le patrouilleur de haute mer français le Jacoubet relaie le Premier maître L’Her dans sa fonction de contrôle des armes au large de la Libye.

Jeudi 6 octobre 2016, le Conseil de sécurité des Nations unies renouvelle, pour une nouvelle période de douze mois, l'autorisation donnée à l'opération EUNAVFOR Med / Sophia d'intervenir en haute mer dans la lutte contre les trafiquants d’êtres humains. Précisons que cette autorisation est donnée pour la « haute mer » et n’a « aucun effet sur les droits, obligations ou responsabilités découlant pour les États Membres du droit international », notamment « le principe général de la juridiction exclusive de l’État du pavillon sur ses navires en haute mer ». Le Conseil a aussi pris « note » des missions « supplémentaires » confiées à la mission européenne sur la formation des garde-côtes libyens et sur le contrôle des armes. Télécharger la résolution

Jeudi 27 octobre 2016, la formation des garde-côtes libyens commence sur deux navires, spécialement dédiés à cette fonction : le navire de débarquement italien San Giorgio et le Néerlandais Zs Ms Rotterdam.

Le week-end des 26 et 27 novembre 2016, se termine la première phase de formation des garde-côtes libyens, le Zs Ms Rotterdam rentre au pays.

Fin novembre 2016, dans son dernier rapport d'activité (confidentiel), le commandant de l'opération EUNAVFOR Sophia contre les trafics en Méditerranée, le contre-amiral Enrico Credendino, résume l'évolution de l'activité des trafiquants d'êtres humains en mer Méditerranée. Les flux de migrants se renversent, les trafiquants s’adaptent. Il dresse également un bilan en chiffres et en objectifs de son activité. Il met en cause d'une façon plutôt nette la présence des ONG au large de la Libye : un effet d’aubaine pour les trafiquants ? Il fait le point sur le contrôle des armes au large de la Libye et Les détails des moyens de l’opération Sophia / EUNAVFOR Med. Des manques au FHQ

Lundi 19 décembre 2016, le Conseil de l'UE (en format "Environnement") approuve, une modification à la décision cadrant l'opération de lutte contre les trafics en Méditerranée (EUNAVFOR Med / Sophia), l'autorisant à échanger et conserver des données plus largement dans le cadre de ces nouvelles tâches de formation des garde-côtes libyens ou du contrôle de l'embargo sur les armes. Elles ne sont pas si anodines qu'il y parait.

Le 17 janvier 2017, Le contre-amiral français Luc-Marie Lefebvre succède à son compatriote, le contre-amiral René-Jean Crignola, comme numéro 2 à EUNAVFOR Med.

Mardi 25 janvier 2017L’UE veut renforcer les moyens en Libye et l’action des garde-côtes libyens (le plan de la Commission)

Jeudi 27 janvier 2017, l'Espagne se propose pour « commander l'opération Sophia (EUNAVFOR Med) sur mer entre septembre et décembre, et fournir le navire amiral», a annoncé la ministre espagnole de la Défense, María Dolores de Cospedal, à l'occasion de la réunion informelle à Malte. Ce qui permettrait de relayer les Italiens qui assurent depuis le début de l'opération en juin 2015. Une proposition accueillie favorablement par la France et l'Italie, selon B2. Madrid souhaite également participer à la formation des garde-côtes libyens et « travaille pour que le port de Cartagène puisse être utilisé » à cette fin. Ce point pourrait «aller plus lentement ».

Lundi 30 janvier 2017, le commandant de l'opération en Méditerranée (EUNAVFOR MED), le contre-amiral Enrico Credendino, et le commandant de la Guardia di Finanza, le général Giuseppe Zafarana, signent un accord technique sur la formation de la Garde côtière libyenne et de la Marine libyenne. Les douanes italiennes vont prendre les stagiaires libyens à bord des patrouilleurs italiens « dans les eaux internationales», afin de leur faire connaître les patrouilleurs « ayant un rôle spécifique de garde-côtes ». La formation se déroulera en huit sessions, une le matin et une le soir, sur une durée de quatre jours, à définir sur la base des conditions météorologiques.

Le 7 février 2017, les députés français Alain Marleix et Jean-Denis Cadiot publient un rapport plutôt critique sur l'opération Sophia. Lire : Un rapport critique sur Sophia

Le 4 avril 2017, le contre amiral italien Andrea Romani prend le relais de son compatriote le vice-amiral Giuseppe Berutti Bergotto à la tête de la force de la force maritime de l'UE en Méditerranée.

Vendredi 21 avril 2017, l'Italie remet à la garde-côte libyenne les deux premiers navires de patrouille. Huit autres sont attendus avant la fin du mois de mai.

Lundi 12 juin 2017, le Conseil de sécurité de l'ONU renouvelle l'embargo sur les armes imposé à la Libye, dans une résolution adoptée à l'unanimité. Le texte proroge d'une année l’autorisation accordée à l’Union Européenne et à l'opération EUNAVFOR Med Sophia à intercepter en haute mer les navires qu'ils soupçonnent de transporter des armes vers la Libye.

Mardi 20 juin 2017, le représentant spécial de l'ONU pour la Libye, Martin Kobler, critique vivement l'opération et la formation des garde-côtes libyens.  L’UE doit arrêter de former les garde-côtes libyens ! (Martin Kobler)

Vendredi 30 juin 2017, le contre-amiral français Gilles Boidevezi prend le relais de son compatriote, le contre-amiral Luc-Marie Lefebvre, comme numéro 2 commandant l'opération. Lire : Un nouveau numéro 2 à la tête de l’opération EUNAVFOR Med

Mercredi 12 juillet 2017, la chambre des Lords britannique publie un rapport"EUNAVFOR Med Sophia. A failed mission" appelant à ne pas renouveler le mandat de la mission après 2017. Lire : Fermer l’opération Sophia, pas efficace. Les Lords ne lésinent pas sur la critique

A la mi-juillet 2017, le ministre belge de la Défense fait savoir qu'il ne renouvellera pas la participation à l'opération si l'autorisation d'intervenir dans les eaux territoriales libyennes n'est pas acquise. L’avenir de la participation belge dans Sophia est compromis

Mardi 25 juillet 2017, L’opération Sophia, est renouvelée, in extremis. La génération de forces en question. Les '28' auront attendus quasiment jusqu'au dernier moment (1) pour donner leur feu vert à la prolongation et à l'extension de l'opération européenne en Méditerranée (EUNAVFOR Med / Sophia). Une troisième tâche annexe a été confiée aux navires de Sophia : la surveillance et le recueil d'informations sur les exportations illicites de pétrole (2). Un mécanisme de suivi des garde-côtes libyens formés par l'UE pourra aussi être mis en place pour éviter les dérives constatées ces derniers mois. Lire : L’opération Sophia va être prolongée et ses tâches étendues (V2)

Mardi 1er août 2017, le chef de l'opération européenne EUNAVFOR Med Enrico Credendino est à Tripoli, avec le chef de la délégation de l'UE pour la Libye et le chef d'EUBAM Libya pour prendre contact et discuter avec les autorités libyennes de l'extension du mandat de l'opération, notamment la mise en place d'un dispositif de suivi (monitoring) des garde-côtes et une nouvelle phase de formation de ceux-ci. (communiqué). Les modalités du monitoring, contenu sont transmis aux délégations de l'UE Lire : Les Européens veulent mieux assurer le suivi des garde-côtes libyens. Comment ?

Jeudi 10 août 2017, la marine libyenne annonce la délimitation de sa zone de recherche et de sauvetage (SAR), allant au-delà de la zone des 12 miles, et interdit dorénavant aux navires étrangers, notamment ceux des ONG, d'y intervenir pour secourir des migrants.

(A suivre)

(Nicolas Gros-Verheyde, avec LM et LH)

(*) articles de l'édition B2 Pro

Lire notre fiche mémo :  L’opération maritime au large de la Libye EUNAVFOR Med / Sophia (fiche)*


Pour décrypter le vrai du faux sur certains phantasmes. 10 questions, 10 réponses

Dès le début, de nombreuses interrogations pèsent sur l'intérêt même et l'efficacité de l'opération et le respect des droits de l'Homme. Les antécédents occidentaux en Libye (l'initiative Sarkozy - Cameron), la destruction des navires, la présence de « boots on the ground » suscitent de grands phantasmes, des éditoriaux flamboyants dans certains médias et même de propos de chercheurs qui ne reposent pas vraiment sur des faits. On reproche à cette opération tout et son contraire : de ne pas sauver les migrants et de les sauver, de ne pas être assez efficace car se cantonnant à la haute mer et de vouloir pénétrer dans les eaux libyennes, d'être trop lente ou trop rapide, etc. D'où une série d'articles pour séparer le vrai du faux, les réels enjeux des obstacles imaginaires.

1. Quelles sont les règles qui gouvernent le sauvetage en mer ? Sont-elles spécifiques pour les migrants ?

2. Difficile de démêler le vrai du faux sur le nombre de bateaux qu'a Frontex sur zone

3. Pourquoi une opération militaire, peut-on agir sans les Nations-Unies, où peut-on agir etc. ?

4. De l’importance du renseignement ?

5. Sur la destruction des navires ?

6. Y-aura-t-il vraiment vraiment une présence à terre en Libye ?

7. Sur le soit-disant « plan » leaké par Wikileaks et les constructions bancales de pseudo-experts

8. Sur l’établissement d’une base de drones anti-migrants au Maghreb

9. Comment s'organise le trafic ?

10. Qui vit du trafic ?


NB : Pour suivre tous les articles, utilisez les mots clés du blog EUNAVFOR Med ou sur le B2 Pro EUNAVFOR Med

Mis à jour : octobre, novembre 2015, janvier, avril, juin, septembre, décembre 2016, janvier 2017, juillet 2017