N°32. L’Europe face à une nouvelle vague de terrorisme (V11)

N°32. L’Europe face à une nouvelle vague de terrorisme (V11)

BerlaymontNuit CouleursFrance

Le Berlaymont, siège de la Commission, arbore les couleurs françaises dans la nuit du 13 novembre (Crédit : CE)

(B2) En 2015, l'Europe a été confrontée à une nouvelle vague de terrorisme, nourrie par le conflit en Syrie et en Irak et l'apparition d'un nouveau venu sur la scène terroriste : l'organisation de l'Etat islamique (EI, ISIS, ISIL, Daech ou Daesh selon les appellations) et les combattants étrangers. La France, le Mali, la Tunisie sont tour à tour pris pour cible (à deux reprises), ainsi que le Danemark. Sur ce sujet B2 a énormément publié. Revoici la trame chronologique, avec les principaux évènements et mesures prises.

La réaction européenne s'est faite en plusieurs temps. Les mises en garde ne manquaient pas, notamment sur le risque des combattants étrangers/européens. Et la liste des mesures à prendre était bien connue et définie. Mais la prise de conscience a été (trop) lente. L'attention européenne était concentrée ailleurs : élections européennes, gestion de la crise de la Zone euro, de la crise des réfugiés et des migrants, des frontières... Il a fallu plusieurs coups pour provoquer une réaction. Les attentats de Paris et Copenhague début 2015 ont été un premier électrochoc. Puis, l'attention des Européens s'est perdue... (Lire notre analyse complète : Face au terrorisme, la réponse européenne trop lente (analyse)) L'attentat de Paris au Bataclan et alentours, en novembre 2015, a sonné comme un réveil brutal. Et les mesures se sont alors accélérées, très vite...

  • Note aux lecteurs : Fidèle à l'approche de B2, notre approche se veut volontairement plus 'gobale' et sur le plan des relations internationales que sur le plan des mesures 'intérieures'. L'un est inséparable de l'autre, et parfois oublié (surtout en France, où on a tendance à relativiser les autres évènements survenus dans d'autres pays).
  • Lire aussi notre dossier N°31 le phénomène des combattants étrangers en Europe Ce sujet méritait en effet, à lui, une analyse séparée de par sa complexité et son antériorité aux attentats de 2015. Ce sont cependant les deux faces d'un même dossier. 

La première alerte : l'attaque au musée juif de Bruxelles

  • Samedi 24 mai 2014, c'est le premier signal d'alerte de la nouvelle vague terroriste.Un homme seul entre dans le musée juif et tue 4 personnes (2 Israéliens, 1 Française, 1 Belge). L'auteur, Medhi Nemmouche, fuit tranquillement sans être inquiété. Il sera arrêté le 30 mai à Marseille puis extradé vers la Belgique en juillet. Lire : Attentat de Bruxelles. Un homme froid, déterminé

Le choc : les attaques de Paris - Charlie Hebdo, Policier, Hyper Cacher

  • Mercredi 7 janvier 2015, à 11h30, débute dans les locaux du journal satirique Charlie Hebdo, une attaque terroriste qui fera au total 12 morts dont plusieurs membres de la rédaction et 4 blessés graves. Attaque revendiquée par l'État Islamique/Daech/ISIL et réalisée par deux frères, Saïd et Chérif Kouachi. Lire : l'attaque contre « Charlie Hebdo » est un acte terroriste. Une policière municipale est tuée le lendemain, jeu. 8 janvier, à Montrouge (à quelques centaines de mètres du périphérique) par Amedy Coulibaly ; un agent de la voirie est grièvement blessé. Et, ven 9 janvier, à l'Hyper Cacher de la porte de Vincennes, il termine sa course meurtrière en faisant 4 morts. Les trois auteurs des faits sont tués lors de l'assaut de la police, les deux premiers à Dammartin-en-Goële (région parisienne), le troisième, porte de Vincennes.

Très rapidement, dès le 7 janvier, les déclarations politiques se manifestent dans toute l'Europe. Les dirigeants européens sont choqués et solidaires. Même s'il y a quelques voix dissonantes. La Lettonie notamment qui vient de prendre la présidence de l'UE cafouille. Il y a un vrai retard à l’allumage européen, écrivons-nous. Les propos de sa Première ministre, murmurés à peine à quelques journalistes traduisent une certaine incompréhension face au phénomène terroriste ('heureusement en Lettonie nous sommes préservés'). Une présidence lettone de l’UE hésitante (qui) s’est mis hors jeu. La question de ce qui manque à l’Europe est posée. D'autant que d'autres pays sont concernés directement par l'attentat. Les terroristes auraient, en effet, acheté une partie de leur arsenal à Bruxelles. La Belgique est-elle un point d’appui pour le réseau Kouachi-Coulibaly ?

Les premiers débats, de bonnes idées 

Dimanche 11 janvier 2015, une manifestation de solidarité voit défiler au premier rang toute une série de chefs d'Etat et de gouvernement en tête d'une manifestation monstre comme en a peu connu la France.

Lundi 12 janvier 2015, à Paris les ministres de l'Intérieur se réunissent, dans un format informel atypique G+10 (européens et le ministre américain). Ils établissent les premières pistes du G10 dans la lutte anti-terrorisme*Deux points essentiels en ressortent : faire face aux combattants étrangers et à la radicalisation sur internet.

Jeudi 15 janvier 2015, à Bruxelles, les experts de lutte anti-terrorisme des 28 Etats membres réunis, mettent au point un document sur le volet international, avec un focus plus appuyé sur les combattants étrangers.

  • Dans la soirée du 15 janvier 2015, un attentat est déjoué en Belgique. A Verviers, l'intervention de la police donne lieu à de nombreux échanges de tirs. 2 suspects sont tués, un troisième est arrêté. D'autres perquisitions et arrestations suivront. « L’enquête a permis de réaliser que ce groupe était sur le point de réaliser des attentats terroristes d’envergure en Belgique, ce de manière imminente » indique le procureur belge, situant l'action menée dans le cadre d’un dossier ouvert « contre une cellule opérationnelle composée de personnes dont certaines revenaient de Syrie ». Les terroristes préparaient une opération d’envergure. La police dans le viseur

Lun. 19 janvier 2015, les ministres européens des Affaires étrangères se réunissent à Bruxelles de façon « informelle ». Cette réunion convoquée par la Haute représentante de l'UE, hors calendrier, est la première réunion au niveau politique après les attentats. Le renforcement des capacités des pays tiers est affiché comme une priorité. Une stratégie anti-terroriste de l’UE à l’extérieur* est mise au point, servant de « feuille de route » pour l'Union européenne. Federica Mogherini promeut des experts « sécurité » dans certaines délégations de l’UE*. Il est important de « renforcer l’expertise de nos délégations » plaide un haut diplomate européen. Autre vecteur de développement : avoir des experts arabophones « pour s'exprimer mais aussi pour comprendre ». Les '28' souhaitent aussi étendre la coopération aux pays tiers*. Avec entre 3000 et 5000 Européens passés par les terrains de combat en Syrie et en Irak, la question des « combattants étrangers » devient un point crucial pour nombre de pays.

Du côté de la Commission européenne, on préfère temporiser avant de proposer un nouveau paquet de mesures. « Le temps est à l’hommage. Les mesures viendront ensuite. Il faut se donner le temps de la réflexion » affirme un porte-parole. Quelques pistes ont cependant déjà été dressées pour améliorer le dispositif législatif : surveillance sur internet (des réseaux de recrutement de combattants européens), l'échange d'informations avec le Système d'Information Schengen (SIS), mise en place du PNR européen.

Le 21 janvier 2015, Frans Timmermans temporise face à la presse. L'exécutif européen veut prendre son temps pour définir des mesures. Le Premier vice-président de la Commission veut repousser les débats en mai. Un certain attentisme que B2 met en exergue. Aucune réunion d’urgence des ministres de l’Intérieur de l’UE n’a été convoquée... (Lire : Lutte contre le terrorisme. Faut pas s’presser !).

Vendredi 29 et sam 30 janvier 2015, les ministres de l'Intérieur réunis de façon informelle à Riga adoptent une déclaration définissant des priorités à mettre en oeuvre : PNR, radicalisation, échange d'informations, financement du terrorisme, dimension externe et interne du terrorisme, etc. (télécharger ici).

Lundi 9 février 2015, un nouveau Conseil des Affaires étrangères se tient à Bruxelles. Au déjeuner les ministres établissent un Plan d'action pour la prévention de la radicalisation, particulièrement pour six pays : le Maroc, la Tunisie, l’Algérie, l’Egypte, la Jordanie et le Liban, notamment pour « dissuader et perturber le voyage des combattants terroristes étrangers et de gérer leur retour ». La Haute représentante de l'UE, Federica Mogherini, présente sa stratégie pour la sécurité dans la région de l'Irak et de la Syrie pour lutter contre Daech. Lire : La lutte contre le terrorisme devient un élément de la politique étrangère (*). Télécharger la Stratégie

Jeudi 12 février 2015, un Conseil européen informel réunit les Chefs d'Etat et de gouvernement qui aboutit à une déclaration sur le terrorisme donnant trois axes d'action : « 1. Assurer la sécurité des citoyens (essentiellement du travail législatif), 2. Prévenir la radicalisation et protéger les valeurs, 3. Coopérer avec nos partenaires à l'échelon international ».

  • Les 14 et 15 février 2015 trois attaques terroristes à Copenhague. Une séquence proche de Paris. Trois endroits visés, trois endroits symboliques avec le même triptyque qu’à Paris : liberté d’expression (un centre culturel où se déroule une conférence sur le blasphème), juifs (une synagogue), des policiers. Elles feront 2 morts et 5 blessés au total, ainsi que l'auteur des faits abattu par la police.
  • Sam. 7 mars 2015, lors d'une attaque sur un restaurant à Bamako (Mali), 5 personnes sont tuées dont 3 Européens — un Belge, un Français — et 2 Maliens. Parmi eux, un agent de l'Union européenne en mission de protection de la délégation, un ancien militaire belge (qui était un fidèle lecteur de B2). Lire : Attentat à Bamako, plusieurs victimes européennes dont un agent de l’UE

Lundi 16 mars 2015, le Conseil des affaires étrangères adopte une stratégie régionale pour la Syrie et l'Irak, ainsi que pour la menace que représente Daech. Cette stratégie fait le tour des mesures à prendre au plan diplomatique, financier, humanitaire. Mais, à notre sens, elle n'aborde que peu le point principal : comment éteindre le conflit.

  • Lun. 18 mars 2015, l'attentat du musée du Bardo à Tunis fait 24 morts, essentiellement des touristes européens (dont 4 Italiens, 4 Français, 3 Polonais, 2 Espagnols, 1 Belge et 1 Britannique...) et 45 blessés. Les deux terroristes sont tués par la police lors de l'assaut.

Dimanche 29 mars 2015, une marche en l'honneur des victimes rassemble plusieurs dirigeants européens — le président français François Hollande, son homologue polonais Bronislaw Komorowksi, l'Italien Matteo Renzi — et africains — l'Algérien Abdelmalek Sellal, le Gabonais Ali Bongo, le Palestinien Mahmoud Abbas. Lire : Une dramaturgie de la solidarité européenne et regardez la video sur la RTBF

Une autre crise se profile

Le dossier retombe. On travaille en coulisses. Mais une autre crise préoccupe les Européens, les migrants qui traversent en Méditerranée. Elle atteint son point culminant au plan médiatique, début avril, mais provoque des réactions en chaîne requérant toute l'attention des Européens. Lire notre dossier : la crise des migrants, devenue crise des migrants et crise tout court .

Mardi 28 avril 2015, la Commission européenne présente un nouvel Agenda de sécurité, originellement destiné à embrasser toute la thématique sécurité, mais largement consacré au terrorisme. Il reprend certaines des préconisations du coordinateur anti-terroriste de l'UE, Gilles de Kerchove, avec neuf mesures phares : définition du terrorisme, Europol, PNR européen, indicateurs de risque, déradicalisation, coopération pénale, échange d'informations, trafic d'armes. Les priorités des 28 sur la Sécurité intérieure pour 2015 et après*. Un agenda qui sera endossé par les ministres de l'Intérieur en juin.

Le même jour, la Commission européenne débloque 10 millions d’euros contre la radicalisation dans les pays des Balkans et du Sud Méditerranéen*

Mercredi 20 mai 2015, le Conseil et le Parlement européen adoptent une nouvelle directive visant à lutter contre le blanchiment d'argent et le financement du terrorisme, après que le Conseil de l'UE ait adopté une position commune lors de la réunion des ministres de l'agriculture le 20 avril 2015. Ce texte est une proposition faite par la Commission... en février 2013, visant à mettre en œuvre les recommandations du Groupe d’action financière (GAFI), de l'OCDE. Autant dire qu'elle a peu à voir avec les évènements récents, même si elle est présentée par certains responsables européens, comme une 'réaction rapide'...

Mercredi 27 et 28 mai 2015, le Premier ministre tunisien Habib Essid, en visite à Bruxelles avertit sur les défis sécuritaires et d’immigration auxquels fait face la jeune démocratie tunisienne*.

Mardi 16 juin 2015, les ministres de l’Intérieur de l’UE prennent note du nouvel Agenda de la sécurité intérieure et font le point sur les mesures mises en oeuvre depuis février. Ils conviennent de reparler du sujet en octobre...

Lundi 22 juin 2015, c'est au tour des Ministres des Affaires étrangères, réunis à Luxembourg, de faire le point sur la lutte anti-terrorisme et notamment la coopération avec les pays tiers. Un document de suivi a été transmis aux délégations détaillant toutes les mesures envisagées (télécharger ici). Il traduit des avancées « très différenciées » selon les pays. Lire : Terrorisme. L’Europe veut booster sa coopération avec les pays de la Méditerranée. Détails…*

  • Vendredi 26 juin 2015, alors qu'est réuni à Bruxelles un sommet européen, un autre attentat a lieu près de Lyon dans une entreprise classée Seveso. Le président Hollande quitte avant l'heure la réunion. L'évènement se révèlera beaucoup moins important que prévu malgré la précipitation du gouvernement français (Explosion de Lyon. Un conflit de travail autant qu’un attentat ? ). En fait, c'est surtout l’attentat de Sousse en Tunisiede nombreux Européens sont tués qui sonne l'alerte dans d'autres pays. Il se révèle un des attentats majeurs des dernières années pour les Européens, en particulier pour le Royaume-Uni, qui paie un prix lourd (une trentaine de Britanniques tués). L’attaque à la Kalachnikov, dans un lieu touristique prisé par les étrangers (l’hotel Imperial), fait 38 morts et autant de blessés selon le premier bilan.
  • Vendredi 21 août 2015, un homme armé d'un fusil d'assaut et d'un pistolet, Ayoub El Khazzani, tente de faire feu sur les passagers du train Thalys reliant Amsterdam à Paris alors qu'il se trouve dans le Pas-de-Calais (France). L'attaque est déjouée par des passagers du train, dont plusieurs militaires américains. Au bilan, pas de morts, mais plusieurs blessés, dont l'auteur des faits. L'auteur avait avec lui un fusil d'assaut AKM (version est-allemande de la Kalachnikov AK47), 270 munitions de calibre 7,62, et un pistolet Luger. Le dossier "terrorisme" passe aux mains des ministres des Transports. Mais Sécuriser les gares, c'est un peu un casse-tête

Vendredi 9 octobre 2015, les ministres de l'Intérieur de l'UE font le suivi de la lutte anti-terroriste sans vraiment avancer. Le sujet ne figure pas en haut de l'agenda (c'est la migration et la relocalisation des réfugiés qui occupe les esprits). En langage officiel, cela donne : ils « se sont penchés sur la mise en œuvre des mesures définies en février et ont procédé à un échange de vues sur la voie à suivre » ! Les ministres adoptent cependant des Conclusions pour renforcer la lutte contre le trafic d'armes à feu. Ils se donnent cinq priorités à régler : les indicateurs communs de risque, le renforcement des contrôles aux frontières, l'amélioration de la participation à Europol sur l'échange d'informations, la prévention de la radicalisation sur internet, le renforcement du lien sécurité extérieure/sécurité intérieure. Rendez-vous est pris pour décembre...

Le réveil brutal !

  • Jeudi 12 novembre 2015, à Beyrouth (Liban), vers midi, deux attentats-suicides frappent, coup sur coup, le quartier chiite de Burj El Barajneh contrôlé par le Hezbollah. Le jour même de la première réunion de la chambre des députés libanais depuis plus d'un an. Selon une méthode éprouvée (souvent utilisée lors de la guerre civile au Liban), le second attentat frappe, au même lieu, les personnes qui tentaient de venir au secours des blessés de la première explosion. Ces attentats sont revendiqués par Daech. Les trois auteurs se sont fait explosés sur place. Bilan (provisoire) : 43 morts et près de 240 blessés selon l'Orient Le jour.
  • Vendredi 13 novembre 2015, le soir à Paris (France), un triple drame se déroule. Une équipe tente de prendre d'assaut le Stade de France à Saint Denis (en bordure de Paris), sans succès important. Une autre équipe attaque les restaurants du quartier Charonne-Voltaire, dans le 12e arrondissement, où plaisent à se retrouver les Parisiens pour un moment de détente. Non loin de là, une troisième équipe investit la salle de spectacle le Bataclan. Un véritable massacre. Les assaillants sont tués par la police ou se font exploser mais certains ont réussis à fuir. L'attentat est revendiqué officiellement par Daech. Comme en janvier, l'onde de choc se répand en Europe. Après les attentats sanglants de Paris, choc et solidarité en Europe et ailleurs. En tout, 130 morts et près de 350 blessés, dont plusieurs grièvement atteints. Parmi eux, plusieurs victimes européennes et d’autres pays. Une trentaine possèdent la nationalité de 19 pays différents (dont 7 de l'Union européenne) ! Ce qui accentue l'émotion. Dans toutes les villes d'Europe et du monde, le drapeau tricolore fait son apparition sur tous les bâtiments publics. Une nuit en Europe et ailleurs aux couleurs françaises

L'état d'urgence est proclamé en France, avec un déploiement supplémentaire de militaires (jusqu'à 10.000 dans les rues) et des possibilités accrues aux policiers de placer en résidence surveillée certaines personnes. Plusieurs actions policières sont engagées de manière quasi-simultanée en région parisienne et bruxelloise. Un assaut est donné à Saint-Denis contre un logement où se trouvent certains suspects, qui sont tués. Des perquisitions et arrestations ont lieu dans la capitale belge, en particulier à Molenbeek. Plusieurs des auteurs identifiés résidaient ou étaient en effet de nationalité belge. Salah Abdelslam, un des suspects principaux des attentats de Paris est en fuite vers la Belgique. Des perquisitions et arrestations ont lieu dans la capitale belge, en particulier à Molenbeek. Le gouvernement belge qui craint un attentat 'imminent' relève le niveau d'alerte et, de concert avec les autorités locales, provoque un 'lockdown' de la ville, fermant commerces, centres publics, métro, écoles, et stoppant toute manifestation publique durant 4 jours dans la capitale. Mesure critiquable et qui sera critiquée. Lire : La gestion de crises du lockdown de Bruxelles : une improvisation totale et surréaliste (maj)

Une série de décisions

Le rythme des décisions au plan européen s'accélère, vraiment. Il bénéfice de la préparation antérieure des mois précédents — une série de décisions sont prêtes à être adoptées — mais aussi indéniablement de l'effet d'émotion qui s'empare de la classe politique. Le temps de la tergiversation semble révolu.

Lundi 16 novembre 2015, devant le Congrès (députés et sénateurs) réuni au Château de Versailles, le président de la République française décide de demander l'assistance (militaire) et l'aide (civile) de ses partenaires européens. C'est la première fois que l'article 42.7 du Traité européen est invoqué (une clause de solidarité similaire à celle de l'OTAN). Il met en garde également les Européens, affirmant que face au Pacte de stabilité, le Pacte de sécurité semble devoir l'emporter. François Hollande sonne les cloches aux Européens et réclame plus de solidarité (NB : B2 détaille quelques heures avant le discours présidentiel les différentes 'clauses de solidarité' utilisables, lire : La France peut-elle déclencher une clause de solidarité de ses alliés ? Quel intérêt ?).

Mardi 17 novembre 2015, les ministres de la Défense, réunis pour leur réunion ordinaire, assurent leur homologue français, Jean-Yves Le Drian, de leur pleine solidarité, en réponse à la France de déclencher la clause l'article 42.7. Tous les autres Etats membres promettent de prêter une assistance militaire, selon leurs moyens, sur les terrains où la France est engagée (Lire : La clause de défense mutuelle activée. Les alliés se mobilisent. Une première historique).

Mercredi 18 novembre 2015, la Commission européenne propose un cadre plus strict sur la détention d’armes à feu*. Un « nouveau cadre législatif plus strict et plus sévère » selon les mots même de la commissaire européenne en charge du Marché intérieur, Elżbieta Bienkowska, qui vise notamment à renforcer le contrôle sur les armes "neutralisées" (pour les collectionneurs).

Jeudi 19 novembre 2015, Bob Wrainwright, le chef d'Europol avertit devant le Parlement européen. Des attaques sont encore probables*. Il présente le nouveau Centre de lutte contre le terrorisme (European Counter Terrorist Centre ou ECTC) qui entre en fonctionnement début janvier.

Vendredi 20 novembre 2015, une réunion spéciale des ministres de l'Intérieur et de la Justice est convoquée. Les '28' estiment nécessaire « d'accélérer la mise en place des décisions » déjà prises le 12 février 2015.« Notre réaction collective doit être implacable. Il faut sortir des promesses sans lendemain, des atermoiements et des lenteurs. Sinon l’Europe se perdra », prévient le ministre français Bernard Cazeneuve. Les 28 mettent le turbo sur la lutte anti-terroriste. Les 14 mesures adoptées vendredi*. Les ministres décident aussi, face au terrorisme, (de) renforcer Europol*. Télécharger les Conclusions sur la lutte contre le terrorisme

Le coordinateur de la lutte anti-terrorisme, Gilles de Kerchove, exprime sa satisfaction de voir, enfin, les ministres de l'UE comme les institutions résolues à mettre les bouchées doubles dans la lutte contre le terrorisme. Je suis « heureux de voir une unanimité forte des Etats membres et Etats Schengen associés (pour) resserrer à nouveau le dispositif face à une menace qui a changé de nature. » Lire : Les services de renseignement coopèrent énormément. Le problème est ailleurs (De Kerchove).

  • Le même jour, en pleine réunion à Bruxelles, une nouvelle attaque a lieu à Bamako (Mali), sur l'hôtel Radisson Blu qui abrite de nombreux expatriés. Elle fait 20 morts (14 clients de l'hôtel, 5 employés, 1 garde de sécurité) + 2 terroristes.

Mettre fin à une schizophrénie institutionnelle

Dimanche 29 novembre 2015, Après le commissaire (grec) aux Affaires intérieures, Dimitris Avramopoulos, le Premier ministre belge, Charles Michel, lance un appel à créer une CIA européenne. Mais il ne rencontre pas vraiment d’adhésion des grands pays Plusieurs voix s'élèvent également au Parlement européen durant les jours suivants pour réclamer un renforcement de la coopération européenne en matière de police. Mais là encore, sans vraiment rencontrer un plein soutien. Le Parlement européen souhaite un FBI européen, réticent sur une agence européenne sur le renseignement*

Mercredi 2 décembre 2015, La Commission propose une définition européenne pour les combattants étrangers* et présente un « plan d'action » pour faire face au trafic illégal d'armes à feu et explosifs. Un plan d’action très soft… * commente B2.

Vendredi 4 décembre 2015, un accord politique est atteint par le législateur européen (Conseil de l'UE / Parlement : Commission) sur le PNR européen et est endossé lors de la réunion des ministres de l’Intérieur. Ce compromis permettra à terme la création d’un fichier européen d’enregistrement des données des passagers aériens. Le PNR européen sort de terre*. Les ministres confirment aussi l'accord intervenu avec le Parlement européen sur Europol.

Lundi 14 décembre 2015, dix mois après le Conseil du 12 février qui avait dressé une première feuille de route contre le terrorisme au plan extérieur, les ministres des Affaires étrangères dressent le bilan des actions entreprises, particulièrement dans le domaine des relations avec les pays tiers. Lire : 10 mois après. Bilan de la lutte contre le terrorisme, dans son volet extérieur*

Mardi 15 décembre 2015, la Commission européenne présente une proposition de révision du Code des frontières Schengen pour introduire des contrôles systématiques aux frontières externes. Elle propose en même temps la création d'un corps de garde-frontières et garde-côtes. Lire : Les détails de la proposition

Vendredi 18 décembre 2015, les Chefs d'Etat et de gouvernement mettent l'accent sur la bonne introduction des données et l'échange « systématique » d'informations entre les différents fichiers déjà existants, et entre les différentes autorités des Etats membres chargées de la lutte contre le terrorisme, le renforcement de la coopération entre les services de sécurité des Etats membres, des contrôles aux frontières extérieures, le contrôle des armes à feu, le gel des sources de financement de Daech dans toute l'Union européenne, etc. Télécharger les conclusions

L'année 2016 démarre

Le terrorisme reste à l'agenda dans le début de l'année 2016. La Commission prépare un nouveau paquet anti-terrorisme*. Très vite les évènements viennent rappeler que cette menace n'est pas terminée.

Le 1er janvier 2016, le Centre européen de la lutte contre le terrorisme est lancée, au sein d'Europol

  • Mardi 12 janvier 2016 au matin, un kamikaze se fait exploser à Istanbul (Turquie) dans le quartier historique et touristique à proximité de la mosquée bleue et de la basilique Sainte Sophie. Dix Allemands sont tués plusieurs autres blessés « dont certains grièvement ». Attentat attribué par le pouvoir turc à l'organisation de l'état islamique (ISIL). Lire : Les Allemands durement frappés dans l’attentat de Istanbul

Ven 15 janvier 2016 à Bruxelles. Lors de la réunion des ministres des finances, le ministre français Michel Sapin dénonce une certaine inaction des autorités européennes entre le mois de janvier 2015 et de novembre 2015. Il faut agir vite maintenant dit-il, comme plusieurs autres de ses collègues (britannique, allemand, italien...). Lire : Bloquer le financement du terrorisme, il faut accélérer le train*

  • Ven 15 janvier 2016. En soirée, la capitale du Burkina Faso, Ouagadougou, est à son tour frappée par le terrorisme. Les restaurants fréquentés par les expatriés et un hôtel international sont délibérément visés dans une attaque revendiquée par AQMI (Al Qaida au Maghreb islamique). Une trentaine de morts dont plusieurs victimes européennes sont à déplorer. C'est la première fois que le pays des "hommes intègres" est frappé.

Mar 19 janvier 2016 à Strasbourg, la Commission européenne présente le premier pan d'un nouveau paquet, visant à compléter la législation européenne en matière pénale et anti-terrorisme. Elle propose d'intégrer les étrangers dans le système d'échange de casiers judiciaires (ECRIS).

Le 2 février 2016. La Commission présente des mesures pour renforcer la lutte contre le financement du terrorisme.

  • Dimanche 13 mars 2016 vers 13h, la station balnéaire de Grand Bassam, située à une trentaine de kilomètre d'Abidjan, la capitale ivoirienne est touchée par une attaque terroriste revendiquée par AQMI. Les assaillants s'en prennent à trois hôtels de ce lieu très fréquenté. On déplore alors 16 morts. C'est la première fois que ce pays d'Afrique de l'Ouest est victime d'un attentat.
  • Lundi 21 mars 2016 en fin d'après-midi, le Mali est touché par une attaque terroriste visant le QG de la mission européenne de formation des forces armées maliennes (EUTM Mali) qui est attaqué, à Bamako. Même si aucune victime, hormis les assaillants, n'est à déplorer, c'est un message fort contre l'Union européenne dans son ensemble qui est lancé.
  • Mardi 22 mars 2016 au matin, deux attaques quasi simultanées touchent l'aéroport de Zaventem puis la station de métro Maelbeek (Bruxelles), en plein cœur du quartier européen. C'est un réveil brutal pour la capitale européenne. Lieux et heures sont minutieusement choisis, une fois de plus c'est l'Europe qu'on a voulu viser. Elles font au moins 31 morts et environ 270 blessés.

Jeudi 24 mars 2016. Un Conseil des ministres des Affaires intérieures extraordinaire est réuni à Bruxelles suite aux attentats perpétrés deux jours plus tôt. Les ministres des '28' discutent de l'état actuel de la lutte contre le terrorisme et de l'accélération de la mise en œuvre de la législation européenne. Une réunion plus symbolique que concrète*. Un agenda est bien défini mais il réitère surtout certains engagements antérieurs (PNR, système d'empreintes digitales, échange d'informations, ...).

Mercredi 6 avril 2016, la Commission européenne adopte un cadre commun en matière de lutte contre les menaces hybrides (Lire : Face aux menaces hybrides, une approche intergouvernementale prônée par les 28*) et propose la création d’un système d’entrée/sortie de l’UE (Lire : Mettre fin à la fragmentation du contrôle aux frontières. Le plan de la Commission*). Elle crée un groupe d’experts à haut niveau sur les systèmes d’information et l’interopérabilité.

Jeudi 14 avril 2016, le Parlement européen adopte la nouvelle directive réglementant l'utilisation des données des dossiers passagers (PNR) à une nette majorité (461 voix pour, 179 contre et 9 abstentions). Lire : Le PNR européen enfin adopté. Après tant d’années de discussions…* Adoptée formellement par le Conseil, le 27 avril, le texte est publié au JO le 4 mai.

Le 20 avril 2016, la Commission européenne adopte une communication pour une Union de la sécurité. Lire : La Commission européenne souhaite une ‘Union de la sécurité’

  • Dans la nuit de samedi 11 à dimanche 12 juin 2016, un tueur, Omar Mateen, Américain d’origine afghane, fait irruption au Pulse, une boîte de nuit gay à Orlando (Floride, USA). L'attaque semble à motivation xénophobe mais est revendiquée par l'organisation de l'État islamique. Bilan : 49 morts et 53 blessés.
  • Lundi 13 juin 2016, un commandant de police et sa compagne sont tués à Magnanville (Yvelines) par un homme de 25 ans, Larossi Abballa, se réclamant du l'organisation de l'État islamique. L'agresseur est abattu lors d'une intervention du Raid.

Le 4 mai 2016, la Commission européenne propose d’adapter et de renforcer le système Eurodac.

Le 14 juin 2016. La Commission européenne adopte un plan d'action sur la prévention de la radicalisation et l'extrémisme (Carnet 14.06.2016)

  • Mardi 28 juin 2016, trois kamikazes attaquent l'aéroport international Atatürk d'Istanbul (Turquie). Une attaque en deux temps : tirs à l'arme automatique au jugé puis les trois hommes font exploser leur ceinture d'explosifs. Bilan provisoire : (au moins) 41 morts — dont plusieurs étrangers — et 239 blessés. Les regards se tournent vers l'organisation de l'état islamique (Daesh)
  • Vendredi 1er juillet 2016, une attaque a lieu dans le quartier diplomatique Gulshan de Dacca / Dakha (Inde). Plusieurs assaillants armés d'armes automatiques pénètrent dans le restaurant Holey Artisan Bakery. Ils prennent en otage les occupants et séparent musulmans des non-musulmans. Bilan : 22 tués dont plusieurs à l'arme blanche : 9 Italiens (entrepreneurs dans le textile essentiellement), 7 Japonais (participants à un programme de coopération), 1 Américaine (étudiante) et 1 Indienne (étudiante), 2 Bangladais et 2 policiers bangladais. Six des sept assaillants ont été tués dans l'assaut des forces de police, un septième arrêté. Attaque revendiquée par l'Etat islamique.

Mardi 5 juillet 2016. La Commission européenne propose de réviser la directive sur le blanchiment d'argent et le financement du terrorisme.

Mercredi 6 juillet 2016. La directive sur la sécurité des réseaux et les systèmes d'information est adoptée.

Jeudi 14 juillet 2016. La Commission européenne adopte une liste de pays tiers déficients dans la lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme (télécharger le règlement).

  • Jeudi 14 juillet 2016, à Nice (France). Sur la promenade des Anglais, en pleine soirée du 14 juillet, un camion 'fou' force un barrage. Il fonce sur la foule durant 2 km. Le chauffeur du camion est abattu finalement par les policiers. Le bilan est lourd : au moins 86 morts (dont 10 enfants) et 434 blessés dont plusieurs « en urgence absolue » : 2 décèderont quelques jours plus tard à l'hôpital.

Lundi 18 juillet 2016. Réunion du Conseil des ministres des Affaires étrangères. A la demande de la France, le point "terrorisme est ajouté à l'agenda. La clause d'assistance mutuelle est confirmée. Lire : La clause de l’article 42.7 toujours d’application

  • Lundi 18 juillet 2016 au soir. Quatre personnes sont grièvement blessées à coups de couteau et de hache, à bord d'un train régional assurant la liaison entre les villes de Treuchlingen et Würzburg (Bavière), par un adolescent afghan, de 17 ans, demandeur d'asile. L'agresseur est abattu par la police. Attaque revendiquée par Daesh.
  • Vendredi 22 juillet 2016, à Münich (Allemagne), vers 20h. Un jeune homme (18 ans), allemand d'origine iranienne, David Ali Sonboly, fait feu aux abords du centre commercial OEZ (Olympia Einkaufszentrum). Bilan : 9 morts + l'assaillant (blessé par la police, il se suicide, son corps est retrouvé à 1 km du drame) et 16 blessés (dont 3 gravement). Une réunion du Conseil fédéral de sécurité est convoquée par la Chancelière Angela Merkel, le samedi matin à Berlin. La motivation de l'homme semble davantage inspirée d'un militantisme à la Breivik, 5 ans après le massacre d'Utoya, et n'est pas reliée au terrorisme islamiste. L'arme utilisée — un pistolet Glock calibre .9 mm — avait été neutralisée (pour collectionneur) avant d'être revendue sur un site internet.
  • Dimanche 23 juillet 2016, à Ansbach (Allemagne), au soir, un demandeur d'asile syrien fait exploser une bombe devant un café-restaurant après s'être vu refuser l'entrée d'un festival de musique. Bilan : 15 blessés, dont quatre grièvement.
  • Mardi 26 juillet 2016. Un prêtre, le père Hamel, est assassiné à St Etienne de Rouvray (Normandie). Un fidèle est grièvement blessé. Les deux auteurs sont abattus par la police à la sortie de l'église.

Mardi 23 août 2016. Les ministres de l'Intérieur, français et allemand, Bernard Cazeneuve et Thomas de Maizière, présentent une douzaine de mesures. Ils demandent notamment à la Commission européenne une législation permettant d'agir contre les dispositifs cryptés de type Telegram. Lire : Les 12 propositions de Paris et Berlin en matière de sécurité intérieure*

Le 7 septembre 2016. La Commission européenne propose une certification européenne pour les équipements de contrôle (screening) dans les aéroports.

Le 14 septembre 2016. La Commission européenne présente dans une communication de nouvelles initiatives pour renforcer la lutte contre le terrorisme et le contrôle aux frontières. Elle propose notamment de renforcer le centre anti-terroriste d'Europol (ECTC) avec certains moyens (accès aux bases de données, coopération avec les pays tiers, personnel et budget, gouvernance).

Le 16 septembre 2016, sommet de Bratislava. Les 27 s'engagent à prendre toutes les mesures nécessaires pour aider les États membres à assurer la sécurité intérieure et à lutter contre le terrorisme.

Le 19 septembre 2016. L'ancien ambassadeur du Royaume-Uni en France, le Britannique Julian King, est nommé commissaire européen chargé de l'Union de la sécurité*, et en particulier de la lutte contre le terrorisme.

Le 29 septembre 2016. La Commission adresse une mise en demeure contre quatre États membres (Chypre, France, Luxembourg et Espagne) qui n'appliquent pas les règles du règlement 98/2013 destiné à empêcher l’utilisation détournée de substances chimiques pouvant servir de précurseurs d’explosifs. Elle engage également des procédures d’infraction contre la Croatie, la Grèce, l'Irlande, l'Italie et le Portugal, qui n'ont pas mis en œuvre intégralement le cadre de Prüm (coopération policière). Ces États n'ont pas encore pris les mesures nécessaires à l'échange automatisé des données dans au moins deux des trois catégories de données (profils ADN, données dactylo et immatriculation des véhicules).

Le 16 novembre 2016, la Commission européenne propose de mettre en place un système de déclarations préalables pour les étrangers, dispensés de visa, entrant dans Schengen. Lire : Avec le système ETIAS, l’entrée sans visa dans Schengen devient contrôlée… et payante*

Lundi 19 décembre 2016, peu après 20h, un camion immatriculé en Pologne fonce sur la foule rassemblée au marché de Noël, Breitscheid Platz dans le centre de Berlin (à proximité de la station jardin zoologique). Bilan (provisoire) : 12 morts (minimum) et 48 blessés. D'abord prudente, la police confirme rapidement l'origine terroriste de l'acte. Le conducteur du poids lourd (polonais) a été tué (par balles). Et un autre homme a pris le contrôle du camion, le dirigeant sur la foule. Il a fui aussitôt après les évènements. Un Pakistanais est arrêté, peu après, mais relâché. Ce n'est pas la bonne personne. Finalement c'est un Tunisien Anis Amri qui est soupçonné. Il sera abattu lors d'un contrôle de la police italienne dans la nuit de jeudi à vendredi (22 décembre) à Milan (Italie) lors d'un contrôle routier.

Mercredi 21 décembre 2016, la Commission européenne propose de renforcer la lutte contre le financement du terrorisme.

Dans la nuit du Nouvel an 2017, Istanbul. Un tireur fait irruption dans une boîte de nuit (Le Reina). Au bilan 39 morts — dont une Franco-Tunisienne et son mari Tunisien, un Belgo-Turc, un Libanais, une Israélienne, un Libyen, trois Jordaniens, cinq Saoudiens — et au moins une soixantaine de blessés — dont trois Français —.

 

15 mars 2017, Le Conseil des ministres de l'UE approuve définitivement la révision de la directive relative à la lutte contre le terrorisme donnant une définition élargie du terrorisme pour toutes les actions des combattants étrangers en Syrie et le soutien (formation, transport, financement) existants au sein de l'Union européenne. Lire : Le Parlement donne le feu vert à la nouvelle directive de lutte contre le terrorisme

Mercredi 22 mars 2017, Londres. un véhicule monte sur le trottoir sur le pont de Westminster. Son conducteur se dirige ensuite vers le Parlement, il blesse mortellement avec un couteau un policier assurant la garde et est abattu par les autres policiers. Bilan : 5 morts et une quarantaine de blessés. Lire : Un symbole de liberté frappé. Theresa May se pose en dame de fer

Vendredi 7 avril 2017, Stockholm. Un poids lourd fonce sur les passants dans une rue commerçante. Le conducteur s'enfuit. Bilan : au moins 4 morts (2 Suédois, 1 Belge, 1 Britannique) et une quinzaine de blessés.

A suivre...

(NGV/LH)

(*) Articles figurant dans la base de données de B2 Pro (réservée aux adhérents et abonnés)


Quelques leçons

Cette vague de terrorisme n'est pas en soi nouvelle. Le territoire européen a connu plusieurs vagues : en 1986 et 1995 en France, sous l'influence de l'Iran et du GIA algérien, dans le second cas ; en Irlande/Royaume-Uni, avec l'IRA, en Espagne avec l'ETA, en Allemagne avec la Bande à Baader, en Italie avec les Brigades rouges et l'extrême-droite, dans toute l'Europe avec le terrorisme palestinien, arménien, etc. Mais elle présente une caractéristique nouvelle : l'absence de revendication politique proprement dite, sinon celle de semer la terreur.

Les auteurs sont souvent des personnes de nationalité des États membres, assimilées, à défaut d'être totalement intégrées, nées le plus souvent sur le territoire national. Leur conviction religieuse musulmane parait très récente, voire parfois superficielle. Et les motivations du passage à l'acte restent à déterminer. Les personnes visées varient mais le scénario reste souvent assez similaire, avec attaque à l'arme automatique (type Kalachnikov) dans des lieux publics, fréquentés par des Européens, au profil ordinaire, ou des cibles plus symboliques (médias, policiers/militaires, salles culturelles, milieux juifs ou chrétiens), avec mort en kamikaze ou sous les balles de la police, du ou des attaquants, souvent peu nombreux.

Du côté européen, la plupart des mesures décidées en février — qui sont souvent la reprise d'un ancien catalogue de mesures — sont aujourd'hui, soit proposées officiellement, soit adoptées formellement, même si elles ne sont pas encore en vigueur. Mais ces avancées ne concernent que l'aspect législatif et répressif. La Commission européenne a avancé une nouvelle proposition en décembre, sur les garde-frontières qui est beaucoup plus novatrice. Sur le volet prévention et radicalisation, le bilan est beaucoup plus nuancé. L'approche sur les combattants européens (étrangers) a souffert d'une très tardive prise de conscience, qui reste encore très limitée, en dépit pourtant, des appels répétés de bon nombre de responsables européens, à l'instar du coordinateur anti-terroriste Gilles de Kerchove.

L'élément positif est que, dorénavant, mis à part quelques exceptions, aucun État européen ne peut se sentir à l'abri ou exonéré d'un attentat. Une dizaine d'États membres sont directement exposés : outre la France et la Belgique, l'Italie, les Pays-Bas, l'Allemagne, l'Autriche, le Danemark, la Suède, le Royaume-Uni, la république Tchèque, la Grèce pourraient être dans le collimateur. Les autres pays le sont à travers leurs citoyens qui voyagent de par le monde. Autour de l'Europe, la succession d'attentats, plus ou moins revendiqués par Daech ou Al Qaïda, a de façon similaire, soudé la communauté internationale d'une façon beaucoup plus certaine que toute autre déclaration de solidarité. La Tunisie, la Russie, le Liban, la Turquie, l'Égypte ont ainsi été l'objet ou victimes d'attaques meurtrières.

Source : EPSC / Commission européenne

Source : EPSC / Commission européenne


(Dernière mise à jour 08.04.2017)