N°33. La politique de sécurité et de défense commune (PSDC) en 2016 (V2)

N°33. La politique de sécurité et de défense commune (PSDC) en 2016 (V2)

Mire © NGV / B2

Mire © NGV / B2

(B2) Plus de dix ans après ses débuts, la politique de sécurité et de défense commune (PSDC), n'apparait plus comme la voie royale de la politique étrangère européenne. Elle a connu certains succès, notables, certains échecs également. Mais elle est à la recherche d'un second souffle. Etat des lieux établi par B2.

A la recherche d'un second souffle

Les missions nées dans les années 2004 ou 2008 sont en passe d'être fermées ou révisées de façon notable. La faute... au succès ou parfois à des erreurs de conception d'origine. Celles nées dans les années 2012 n'ont pas encore toutes produit leurs fruits. Lire : La PSDC au milieu du gué. La fin d’un cycle ? A la recherche d’un nouveau souffle *

Le budget européen de la PESC reflète cette interrogation. Jamais il n'avait connu une telle luxuriance. Même une fois tous les engagements effectués, il reste... beaucoup. Lire : Un budget pour la PESC pour 2016 avec beaucoup de marge ! *

Le principe même de la sécurité européenne suppose une remise en cause. La succession de menaces, diverses, variées, parfois très dures, parfois plus sournoises, remet en cause le principe même d'une PSDC monolithique. Nous devons mettre à jour notre logiciel de sécurité * plaide, non sans raison Michel Barnier, le conseiller Défense de Jean-Claude Juncker. Plusieurs pays et non des moindres ont d'ailleurs préparé un "non paper" plaidant pour Un peu plus de PSDC dans la stratégie globale *, stratégie qui doit être approuvée par le Conseil européen en juin.

Pour le chef du comité militaire de l'UE, le général Kostarakos, le contexte de menaces au voisinage de l'Union européenne obligent à changer la conception même de la défense et des frontières. Lire : Notre meilleure défense aujourd’hui c’est de stabiliser notre voisinage (Kostarakos) *

Des questions difficiles à résoudre

Le financement des missions et opérations de la PSDC reste toujours difficile. La réforme voulue du mécanisme Athena s'est faite a minima en 2015 ; comme auparavant, les avancées se font au millimètre. Lire : Le nouveau règlement Athena bientôt en vigueur. Les détails. Le texte

Les battlegroups, dix ans après leur mise en place, n'ont toujours pas été employés ni marqué leur utilité dans la gestion des crises, mis à part de l'entraînement en commun. Ce qui n'était pas leur objectif premier. Cependant, les opportunités n'ont pas manqué. Lire notre fiche mémo complète ! Les GT 1500 ou battlegroups, une belle idée jamais mise en pratique (fiche)

La question de l'équipement des forces de sécurité formées par l'UE reste toujours posée. L'idée du "Train & Equip", renommée "Sécurité & Développement" bute toujours sur des guerres picrocholines interinstitutionnelles. Faute de mieux, et en attendant, l'Etat-major de l'UE a conçu un concept pour le « Clearing house » dans les missions PSDC * Les ministres de la Défense, réunis le 19 avril à Luxembourg, tapent du poing sur la table (lire : Pas d’avancée sur la CBSD. 9 Etats membres expriment leur mécontentement *). Finalement sous la pression, combinée du terrain et des responsables politiques, la Commission européenne cède, et elle présente conjointement avec la Haute représentante de l'Union, une proposition début juillet : L’UE se dote d’un cadre pour l’assistance militaire. La CBSD*. Reste à faire adopter ce projet

Des missions et opérations anciennes qui doivent être reprofilées

Dans la Corne de l'Afrique, les mandats des trois missions et opérations dans la Corne de l’Afrique* ont été étendus jusqu’à 2018. Mais avec une sérieuse révision des tenants et aboutissants de chacune des missions : EUNAVFOR Atalanta, est victime de son succès... La piraterie a été éradiquée. Mais elle pourrait renaitre avertissent ses auteurs. EUCAP Nestor n'a pas vraiment prouvé sa réussite. Il importe de la réviser. Tandis qu'EUTM Somalia, la mission de (re)formation de l'armée somalienne entame une lente mue vers la décentralisation

Au Sahel, le troisième mandat de la mission de formation de l'armée malienne (EUTM Mali) se profile. Sur le fond de ses succès préliminaires, il signifie aussi une nouvelle orientation. L’UE ne peut pas être une usine de GTIA maliens*, dit le général Pfrengle qui a dirigé la mission durant six mois en 2015.

En Afrique centrale, les 28 préparent la transformation de la mission de conseil (EUMAM RCA) en une nouvelle mission, de formation de l'armée centrafricaine (EUTM RCA). Lire notre dossier N°43. EUMAM & EUTM RCA. Objectif : reformer une armée centrafricaine

Au Moyen-Orient, près de dix ans après sa mise en place la mission de soutien à la police palestinienne entame sa dernière mue. Lire : EUPOL Copps en route pour un nouveau mandat*

Des missions ou opérations nouvelles

Face à la crise des réfugiés et des migrants, une opération a été mise sur pied en Méditerranée, pour faire la traque aux trafiquants. EUNAVFOR Med, alias Opération Sophia commence lentement à produire ses fruits. Mais elle reste limitée essentiellement au sauvetage en mer des migrants, ce qui n'était pas son objectif primaire. L'enjeu reste de la positionner de façon plus efficace pour reconstruire la Libye. Lire : 1° La discussion sur la révision du mandat d’EUNAVFOR a commencé. Options…*  2° l'interview avec le commandant de la force, le contre-amiral Gueglio : "Etre là, réagir, sauver des vies, dissuader"*. 3° notre reportage A bord du Cavour (opération Sophia). Lire notre dossier N°27. Aller traquer les trafiquants d’êtres humains en Méditerranée, une longue prise de conscience

A terre, afin de soutenir le nouveau gouvernement de Al-Sarraj, les Européens envisagent une mission de soutien à la police et la justice libyenne. Elle viendra ainsi en complément des autres opérations de sécurisation, envisagée en coalition.

L'idée d'une nouvelle mission de la PSDC en Macédoine*, conçue pour répondre à la situation instable du pays a, en revanche, été rejetée au profit d'autres moyens plus traditionnels. D'une façon générale, les instances européennes se sont, pour l'instant, refusées à répondre aux demandes de plusieurs pays visant à mettre au point une mission ou une opération dans les Balkans notamment. Même si l'idée revient de temps à autre. Lire notamment :  Vers une implication de la PSDC dans la crise des réfugiés*

Au final, un bilan qui n'est pas si négatif

Quand on regarde dans le rétroviseur des dix dernières années, la PSDC n'a pas failli. On peut même dire que, cahin cahan, la méthode européenne est plus productive de stabilité des pays en conflit que la méthode américaine, plus rude, plus spectaculaire, mais au final, moins efficace. Lire : Mars vs Venus. 0 - 2 (article à paraître)

L'instrument de la PSDC a prouvé son utilité, plaide ainsi la présidente de la sous-commission Défense et sécurité au Parlement européen. Ce qui, dans la bouche d'un membre du PiS, dont la prudence pour l'intégration européenne est réelle, sonne comme un compliment. Le plus difficile reste de trouver un consensus entre Européens : le vrai défi* souligne cependant Anna Fotyga.

La PSDC, la défense et la sécurité redevient une priorité

Le Brexit libère les paroles (La défense devient priorité n°1, la parole se libère, les projets sortent. Merci David!). Les idées refleurissent (L’Europe doit abandonner le rythme de la tortue (Solana)*. Une nouvelle stratégie pour la politique extérieure et de sécurité commune est entérinée. Les crises (terrorisme, migrations, conflit en Syrie, etc.) comme la nécessité de réunir un consensus européen remettent, au second semestre 2016, la défense et la sécurité sur le devant des priorités.

Fin août début septembre, c'est un festival. On assiste à une offensive combinée pour débloquer les questions laissés latentes... Le couple franco-allemand fait des propositions concrètes (Paris et Berlin revitalisent la défense européenne. La coopération structurée permanente déclenchée ?*).

La Haute représentante de l'Union prépare une feuille de route. Finie la réflexion, place à l’action. Federica Mogherini amorce une déclinaison en projets sur la sécurité et la défense*. Elle estime qu'un impetus politique est nécessaire (lire : Les dix propositions de la Haute représentante sur la défense*).

Le président de la Commission européenne enfonce le clou (La sécurité et la défense selon Jean-Claude Juncker*). Le Parlement européen met son grain de sel dans un rapport d'initiative (Le Parlement veut voir se concrétiser l’Union européenne de la défense*).

(Nicolas Gros-Verheyde & Leonor Hubaut)

(*) Article disponible sur notre section B2 pro