N°35. L’Europe face à la crise au Mali. Un gros loupé suivi d’un lent rétablissement (V3)

N°35. L’Europe face à la crise au Mali. Un gros loupé suivi d’un lent rétablissement (V3)

Ibrahim Boubacar Keïta, Président du Mali, avec José Manuel Barroso, President de la Commission européenne le 4 avril 2014 (Crédit : CE)

Ibrahim Boubacar Keïta, Président du Mali, avec José Manuel Barroso, President de la Commission européenne le 4 avril 2014 (Crédit : CE)

(B2) La crise qui a secoué le Mali, début 2012, a mis en avant la faiblesse générale de son appareil étatique, l’absence d’organisation ainsi que les mauvaises pratiques au sein de son armée. Il dénote aussi la faiblesse du dispositif de "prévention des crises" de l'UE dans un pays où elle dispose pourtant de puissants outils de pression, notamment via l'aide au développement. En quelques jours, l'Etat s'écroule... La reconstruction politique prend davantage du temps.

Rébellion et coup d'Etat

En août 2011, des Touaregs lourdement armés sont signalés au nord du Mali. Ils arrivent de Libye via l’Algérie et le Niger.

Le 16 octobre 2011, le Mouvement National pour la libération de l'Azawad (MNLA) est créé. Il fusionne le Mouvement national de l’Azawad (MNA) et l’ATNM, un mouvement plus intransigeant.

Janvier 2012 marque le début d’une nouvelle rébellion touareg au Nord du Mali, menée par le Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA). Forts de leur détermination et de leur expérience, ils avancent. Cet épisode va mettre en avant l’incapacité de l’armée malienne à stopper les rebelles, ainsi que la mauvaise gestion du conflit par les autorités du pays.

Le 22 mars 2012, un coup d'Etat réveille Bamako. Des militaires renversent le régime du président Amadou Toumani Touré, l'accusant « d'incompétence » dans la lutte contre la rébellion et les groupes islamistes dans le Nord. Rassemblés derrière le capitaine Amadou Haya Sanogo, les membres du Comité national pour le redressement de la démocratie et la restauration de l'Etat (CNRDRE) décident de suspendre la Constitution.

La réaction européenne et internationale

Vendredi 23 mars 2012, le coup d’Etat au Mali s’invite à l’ordre du jour du Conseil des Affaires étrangères.

Le 29 mars 2012, la CEDEAO (Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest) rejette la prise de pouvoir.

  • Le 30 mars 2012, profitant de la confusion, les rebelles touaregs du Mouvement national de libération de l'Azawad (MNLA) s’emparent de trois villes importantes au Nord (Kidal, Gao et Tombouctou). Ils sont soutenus par le mouvement islamiste armé Ansar Dine.
  • Le 6 avril 2012, le MNLA proclame unilatéralement l’indépendance de la région de l’Azawad. Le même jour, un accord-cadre est signé entre la junte militaire et la CEDEAO, pour le transfert du pouvoir aux civils.

Une crise que l'Europe n'a pas vu venir

La transition politique

Le 12 avril 2012, Dioncounda Traoré est investi comme président de transition. Il est reconnu par la communauté internationale. 

Lundi 23 avril 2012, les ministres des Affaires étrangères de l'UE se saisissent de la question. La stabilisation au Mali s'impose comme un nouveau enjeu, pour les 27. L'aide au développement de l'Union européenne pour le Mali est suspendue.

  • En juin 2012, les indépendantistes sont lâchés par les islamistes, qui prennent le contrôle du nord du Mali. Le Mujao (Mouvement pour l’unicité et le djihad en Afrique de l’Ouest) prend Gao puis la région de Mopti.

Lundi 23 juillet 2012, l'Union européenne se dit « préoccupée par la lenteur des progrès de la transition politique à Bamako » et par l’incapacité de l’armée d’exercer ses fonctions. Dans les conclusions adoptées, les ministres des Affaires étrangères demandent « la préparation des différentes options envisageables, y compris dans le cadre de la PSDC ». Tous admettent que l'armée malienne détruite de l’intérieur, est à reconstruire *

Le 18 septembre 2012, le Président par intérim de la République du Mali demande à l’UE d’intervenir afin de rétablir l’intégrité du territoire malien. L’Union ne réagit pas à cette sollicitation d’intervention.

Le 16 novembre 2012, Ansar Dine et le MNLA se disent prêts à « un dialogue politique » avec le gouvernement malien. La CEDEAO met en place un plan pour reconquérir le Mali *

Samedi 8 décembre 2012, l'Union européenne annonce une augmentation de son aide humanitaire au Mali

Le 11 décembre 2012, le Premier ministre malien est poussé à la démission par l’armée. Il est remplacé en quelques heures. Sissoko nommé premier ministre malien. A la satisfaction de tous…

L'offensive rebelle

  • Le 5 janvier 2013, démarre une nouvelle offensive des rebelles. Venus de Tombouctou, une centaine de véhicules se dirigent vers Mopti. Ils attaquent Kona le 10 janvier. L'armée malienne se replie. Les Européens s'inquiètent face à un risque très sérieux de déstabilisation *

Vendredi 11 janvier 2013, le président français François Hollande annonce sa décision d'intervenir militairement pour sauver le régime malien. C'est le début de l'opération Serval. Pour beaucoup, il s'agit d'une victoire diplomatique à faveur du pari sahélien de la France. Elle obtient le soutien des Européens. C'est aussi la preuve d'un certain échec du concept des battlegroups

A Bruxelles, l’alarme est donnée par les ambassadeurs européens qui accélèrent la préparation d'une mission européenne de formation.

Le 22 janvier 2013, la Commission européenne débloque 20 millions d’aide humanitaire supplémentaire pour le Mali

Jeudi 31 janvier 2013, les ministres des Affaires étrangères de l'UE recommandent la « présence d'observateurs internationaux au Mali » pour veiller aux violations des Droits de l’homme ou d’éventuelles exactions

Le 2 février 2013, le président français, François Hollande, se rend en visite à Bamako et à Tombouctou, qui a été reprise

Première tentative de règlement politique: l'Accord de Ouagadougou

Mardi 26 février 2013, une Réunion informelle des ministres du développement de l’UE * se tient à Dublin, autour du Mali et de la reprise des projets de développement. La Commission européenne annonce la reprise de l’aide européenne au développement.

Mercredi 15 mai 2013, pour la première Conférence internationale pour le Mali, les bailleurs de fonds internationaux promettent 3,25 milliards d’euros au gouvernement malien pour assurer la paix et la reconstruction du pays. La majorité de cette somme sera allouée sous forme de prêts. Le président malien par intérim, Dioncounda Traoré, intervient au Parlement européen. Il insiste: les Touaregs ne sont pas des terroristes, ce sont des Maliens *

Le 18 juin 2013, le pouvoir et les rebelles touaregs occupant Kidal signent l’Accord de Ouagadougou (Burkina Faso) qui prévoit un retour de l'armée à Kidal et un cantonnement des combattants touareg sur des sites de regroupement. Il s'agit d'un « accord préliminaire à l’élection présidentielle et aux pourparlers inclusifs de paix au Mali ».

Instauration d'un nouvel ordre avec l'organisation d'élections présidentielles

Le 1er juillet 2013, la force onusienne (MISMA) devient la MINUSMA (Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali).

L'organisation d'élections est un des points de l'Accord de Ouagadougou. Il y a des obstacles et des risques ! mais aussi de bonnes raisons pour tenir les élections en juillet

Le 28 juillet 2013, les Maliens votent pour le premier tour des présidentielles, sans incident. Les Européens, qui ont déployé une mission d’observation électorale, saluent le déroulement du premier tour.

Le 11 août 2013, se tient le deuxième tour des présidentielles avec la victoire très nette de l’ancien Premier ministre Ibrahim Boubacar Keïta, dit IBK, avec 77,62 % des voix contre 22,38 % pour son rival, l'ex-ministre des Finances Soumaïla Cissé.

Le 4 septembre 2013Ibrahim Boubacar Keïta prête serment. Un gouvernement est formé par le Premier ministre Oumar Tatam Ly, le 9 septembre.

  • Le 27 novembre 2013, la police malienne arrête le général Amadou Haya Sanogo, auteur du putsch de mars 2012, inculpé d'"assassinats et de complicité d'assassinats".

Le 29 novembre 2013, le MNLA met fin à l'accord de cessez-le-feu conclu en juin 2013.

Le 10 décembre 2013, devant le Parlement européen Ibrahim Boubacar Keita parle d’urgence absolue * et demande l'aide des Européens.

Le 17 décembre 2013, le parti présidentiel, le Rassemblement pour le Mali, et ses alliés emportent les élections législatives (avec 115 des 147 sièges de l'Assemblée nationale).

Round de négociations sous égide de l'Algérie

En janvier 2014, le président malien, Ibrahim Boubacar Keita demande l'aide de l'Algérie pour un dénouement de la crise malienne. Un Comité bilatéral stratégique algéro-malien est créé sur le Nord-Mali.

Au niveau militaire, le contrôle est repris sur les territoires du Nord du pays. Une victoire célébrée par François Hollande

En février 2014, la Commission européenne annonce 142 millions d’aide humanitaire européenne pour 2014 pour le Sahel, dont plus de 40 pour le Mali.

Le 15 avril 2014, la mission EUCAP Sahel Mali * est lancée par les 28. Elle est destinée à fournir des conseils et de la formation aux trois entités des forces de sécurité intérieures (FSI) maliennes : la Police, la Gendarmerie et la Garde nationale.  

En mai 2014, l'armée malienne subit une sévère défaite dans sa tentative de reconquête de Kidal.

Le 23 mai 2014, un cessez-le-feu est signé par les rebelles et l'armée malienne.

Le 9 juin 2014, le Mouvement national de libération de l'Azawad (MNLA), le Haut conseil pour l'unité de l'Azawad (HCUA) et le Mouvement arabe de l'Azawad (MAA) signent la Déclaration d'Alger.

Le 24 juillet 2014, les participants au dialogue inter-malien signent une feuille de route pour les négociations dans le cadre du processus d'Alger et un document relatif à la cessation des hostilités.

Le 23 octobre 2014, le gouvernement malien et les représentants des groupes politico-militaires de la région du nord du Mali acceptent un document de négociation comportant des éléments d'un accord de paix soumis par la médiation.

Jeudi 19 février 2015, une Déclaration des parties au Processus de paix d’Alger est signée à Alger par les différentes parties maliennes, sous l’égide de la Médiation conduite par l’Algérie.

Le 15 mai 2015, gouvernement et troupes loyalistes signent un accord à Alger. La Coordination des mouvements de l'Azawad (CMA) le paraphe mais ne le signe pas.

Le 15 juin 2015, devant le Parlement européen, le Représentant spécial de l'UE pour le Sahel, Michel Reveyrand De Menthon avertit : « Au Sahel, les risques sont encore devant nous » *

Le 20 juin 2015, les différents protagonistes signent un accord de paix et de réconciliation au Mali, plus connu comme l'Accord d'Alger. Un Comité international de suivi et d'évaluation de l'Accord de paix et de réconciliation au Mali est mis en place à Bamako, présidé par l'Algérie.

En septembre 2015L’Europe lance un fonds fiduciaire pour l’Afrique afin de prévenir les migrations. Le Mali est un des pays principaux pays bénéficiaires, tant pour le développement que la sécurité.

La difficile mise en oeuvre de l'Accord d'Alger 

Début octobre 2015, les différentes parties se rencontrent pendant près de deux semaines dans la localité d’Anéfis, au nord du Mali. Ces rencontres débouchent sur une série d'accords partiels.

Le 22 octobre 2015, le gouvernement du Mali et l'OCDE organisent, à Paris, une conférence internationale de haut niveau pour la relance économique et le développement du Mali.

Le lundi 18 janvier 2016, Alger accueille une réunion de suivi, six mois après la signature de l'accord. Si les participants sont satisfaits de la fin des affrontements armés, le bilan est très mitigé.

Le 5 mars 2016, les représentants des quinze pays membres du Conseil de sécurité de l'ONU, en visite au Mali, appellent à accélérer la mise en œuvre de l'accord de paix.

Du 27 au 30 mars 2016, se tient un forum pour la paix et la réconciliation à Kidal, jusqu’à peu sous contrôle des groupes djihadistes.

  • Lundi 18 avril 2016, se déroule à Kidal une manifestation qui tourne à l'échauffourée. Les manifestants détruisent les installations sécuritaires de l’aérodrome. Au moins deux morts et plusieurs blessés sont à déplorer. Les casques bleus, qui assuraient la sécurité, sont mis en cause et une enquête est diligentée selon RFI. L’arrestation, quelques jours auparavant, de plusieurs rebelles dans le cadre de la lutte antiterroriste Barkhane a mis le feu aux poudres, indique la presse locale.
  • Le 21 mai 2016, des milliers de personnes marchent pacifiquement samedi à Bamako, à l'appel de l'opposition, contre "la mauvaise gouvernance" et la corruption au Mali.

Lundi 13 juin 2016, la Commission européenne présente un paquet de nouvelles mesures au Sahel. Les actions visent à renforcer l’appui aux forces de sécurité intérieure ainsi que la gestion des frontières dans des zones instables. Ainsi l’UE booste son action sécuritaire au Sahel… pour contrer la migration

Lundi 20 juin 2016, la Haute représentante de l'UE Federica Mogherini reçoit à Bruxelles les ministres des Affaires étrangères du G5 Sahel. L'organisation s'impose comme interlocuteur de l'Union européenne. Les 28 ministres des Affaires étrangères donnent mandant à la Haute représentante pour « renforcer davantage » le partenariat UE - G5 Sahel. Lire : Le G5 Sahel l’alpha et l’oméga de l’Europe pour stabiliser la région *

  • Le 30 juin 2016, Ansar Dine attaque un convoi de la MINUSMA et des Forces armées maliennes (FAMA), faisant une dizaine de morts. Quelques jours avant, une attaque similaire qui a causé le décès de cinq soldats Maliens dans la région de Menaka.

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(Leonor Hubaut)