N°36. Reformer une armée malienne, la mission d’EUTM Mali (V5)

N°36. Reformer une armée malienne, la mission d’EUTM Mali (V5)

(Crédit Twitter)

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(B2) Alors que l'Etat malien s'effondre au début 2013, l’Union européenne lance une mission destinée à reconstruire les forces armées maliennes (EUTM Mali). Cette mission militaire n’a cependant pas de volet exécutif et vise surtout à reconstruire l'armée malienne, avec deux aspects : la formation d’unités combattantes, le conseil et l’expertise au niveau stratégique.

Voir aussi notre dossier N°35. L’Europe face à la crise au Mali. Un gros loupé suivi d’un lent rétablissement

Trois ans de réflexion avant l'action

L'idée d'une mission européenne pour renforcer la sécurité des pays du Sahel n'est pas nouvelle.

Dès l'automne 2010, les Européens réfléchissent à une mission européenne « sécurité » au Sahel.

En novembre 2011, il est décidé que La mission PSDC pour le Sahel attendra encore bien un peu…  Le sujet est retiré de l'ordre du jour du Conseil des ministres des Affaires étrangères. L'explication : Catherine Ashton ne s’intéresse pas au dossier. En décembre, 4 ministres du Sahel se rendent à Bruxelles.

Le 18 septembre 2012, face à l’absence de mobilisation de l’Union, une demande d’assistance* est envoyée par le Président par intérim du Mali, Dioncounda Traoré. Il demande à l’Union européenne d’intervenir afin de rétablir l’intégrité du territoire malien. Les Européens réfléchissent alors au format à donner à la mission. Une mission EULOG Mali aurait du sens, écrivons-nous.

Le 1er octobre 2012, les 27 décident, au conseil informel de la Défense, de suivre de très près la situation au Mali. Officiellement on ne planifie pas mais on étudie des options. Nuance subtile… Il existe une forte réticence et des conditions sont posées. Lire: Opération au Mali : des Européens réticents

Trois mois de planification

Le 12 octobre 2012, le Conseil de Sécurité de l’ONU donne le véritable feu vert au concept d’une opération de formation militaire au Mali afin de procéder à la restructuration des forces armées maliennes dans le but de leur permettre de mener la contre-offensive au Nord du pays.

Le 15 octobre 2012, les ministres des affaires étrangères de l'UE décrètent l’urgence pour la planification de la mission PSDC au Mali *. Ils donnent un mandat officiel à la Haute Représentante (C. Ashton) pour préparer le concept de gestion de crise (CMC) relatif à la réorganisation et à l’entrainement des forces de défense maliennes. La planification est lancée.

Le 19 novembre 2012, le Conseil de l'UE donne son accord de principe pour l’élaboration de la mission, et permet ainsi d’entamer les premières discussions sur les contributions nationales éventuelles, tout en affinant le concept de gestion de crise. Les premiers détails sont donnés sur l’opération européenne de formation de l’armée malienne. Certains ministres ont des questions sur l’opération au Mali *. Les premières interrogations sont également formulées, notamment en ce qui concerne les forces de protection. Qui protégera les formateurs européens au Mali ? *

Lundi 10 décembre 2012, les ministres des affaires étrangères des 27 approuvent le concept de l’opération (CMC) et réitèrent leur volonté d’avancer rapidement dans le processus de planification et de préparation de la décision cadre de la mission. Le déploiement de la mission est prévu pour le premier trimestre 2013.

Jeudi 20 décembre 2012, le Conseil de sécurité de l'ONU, dans la résolution 2085 autorise le déploiement de la Mission internationale de soutien au Mali sous conduite africaine (MISMA). L'UE est invitée à mettre sur pied une mission de restructuration des forces armées maliennes. La décision est repoussée *, faute d'invitation formelle du gouvernement malien.

Mission adoptée... offensive rebelle oblige

En janvier 2013, les groupes islamistes radicaux lancent une nouvelle offensive en direction du Sud Mali et sa capitale Bamako. Le président Traoré sollicite l’aide militaire de la France, qui lance l'opération Serval (voir notre dossier). L’ONU demande un « déploiement rapide » de la force internationale devant la « grave détérioration de la situation ».

Mardi 8 janvier 2013, l'Union européenne reçoit officiellement l'invitation. Ce qui débloque la mission EUTM Mali *. A Bruxelles, la préparation de l’opération s’accélère et change de format*. Son déploiement est avancé au mois de février, les objectifs modifiés, les effectifs et le budget gonflés. La mission EUTM Mali sera plus robuste puisqu'elle aura un effectif de 500 personnes et comprendra trois opérations en une.

Vendredi 11 janvier 2013, le président français François Hollande annonce sa décision d'une intervention militaire pour sauver le régime malien. C'est le début de l'opération Serval. Lire notre dossier à suivre N°38 : L'opération Serval

Vendredi 18 janvier 2013, les ministres du Conseil des Affaires étrangères * adoptent la décision cadre relative à "une mission de l’Union européenne visant à contribuer à la formation des forces armées maliennes (EUTM Mali)". Les fondamentaux de la mission sont posés. Le général de brigade François Lecointre est nommé aux commandes. La planification opérationnelle peut officiellement être poursuivie.  Le planning de la décision EUTM Mali * est rapidement défini. L'objectif d'EUTM Mali est de restaurer le logiciel de l’armée malienne et la (re)formation de l'armée malienne *.

lundi 28 janvier 2013, le concept d’opération (CONOPS) est adopté par le COPS. Il décrit les moyens déployés pour atteindre les objectifs de la mission. Le processus de génération de force peut se mettre en marche.

Une génération de force difficile

Mardi 29 janvier 2013, une première réunion de génération de forces d’EUTM Mali * a lieu. S'il s'agit d'une réussite au vu du grand nombre de volontaires, mais des absences posent problème (Lire: EUTM Mali. Les volontaires et les planqués !) Deux unités manquent : la force de protection et le soutien médical.

Dès janvier 2013, des spécialistes de la "communication" sont recrutés. Lire : Le PsyOps au coeur de la réussite de la mission EUTM au Mali*.

Mardi 5 février 2013, une seconde conférence de génération de force se tient. Une fois encore, certains pays comme la Belgique surprennent par leur manque de solidarité européenne. Le lancement de la mission EUTM Mali est retardée…

Vendredi 8 février 2013, les premiers éléments de la mission EUTM arrivent à Bamako, sans même disposer d’une couverture juridique adéquate. Composé de 70 personnes (dont 17 experts) l’objectif principal de cet élément précurseur est de préparer l’arrivée de la mission et fixer les modalités concernant le travail des « experts » de EUTM Mali sur la chaine de commandement.

Mardi 12 et 13 février 2013, lors de la réunion informelle des ministres de la défense à Dublin, les trous concernant les forces de protections se comblent « Force protection » pour EUTM Mali : les Français ne seront pas seuls.


Qui participera à EUTM Mali ? * B2 dresse un premier bilan des participations  (1) :


EUTM enfin lancée !

Les décisions s'accélèrent. En moins de deux mois, la mission est lancée et les premières formations démarrent. Pour le général Lecointre, premier commandant de la mission, la mise en place de la mission a été un tour de force de la part des Européens que la souplesse et l’adaptation des procédures ont rendu possible.

Lundi 18 février 2013, la mission EUTM Mali est lancée officiellement. En raison des contraintes d'effectifs notamment et stratégiques, le déploiement de la mission est prévu en deux temps.

Lundi 25 février 2013, les 27 signent l’accord avec le Mali pour la protection des forces déployées * établissant le statut de la mission militaire de l’Union européenne (SOMA).

A partir du 20 mars 2013, les premiers formateurs et le rôle 2 arrivent à leur tour, suivis de près par les unités spécialisées (médicales et forces de protection).

Jeudi 28 mars 2013, le rôle 2 est pleinement opérationnel à Koulikoro. Ce qui donne le signal à la capacité opérationnelle de la mission.

Les premières formations démarrent

Mardi 2 avril 2013, la formation démarre ! 670 militaires seront formés afin de composer un bataillon interarmes (GTIA) opérationnel pour début juillet (1).

Lundi 22 avril 2013, les 27 ministres des Affaires étrangères avalisent l'idée du déploiement d'une nouvelle mission européenne au Mali *, de type EUCAP.

Fin mai 2013, la formation du premier bataillon "Waraba" de 670 hommes de l’armée malienne  par les forces européennes est terminée. Mais un couac politico-militaire empêche la remise des diplômes. Lire : Le bataillon « Waraba » est formé. Il quitte Koulikoro. Mais sans tambours ni trompettes.

Le 26 juin 2013, la formation du second bataillon "Elou" commence à Koulikoro

En juillet 2013, avant son départ le général Lecointre demande la prolongation d'EUTM Mali *.

Le 1er août 2013, le général français Bruno Guibert succède à son compatriote François Lecointre. La décision a été entérinée le 19 juillet 2013 par le COPS.

Le 28 septembre 2013, le second GTIA malien "Elou" quitte le camp de Koulikoro en vue de son déploiement au Nord du Mali. Commence la formation du 3e GTIA "Sigui" Lire : Un, et deux, et trois. Quant à l'encadrement du 3e bataillon il a commencé sa formation dès la mi-septembre.

En novembre 2013, le renouvellement * de la mission s'impose comme une nécessité. La préoccupation tourne vers l'urgence, pour la mission, de se doter d'une cellule projets pour EUTM Mali * dont l'objectif est de coordonner les donations de matériel ou d'équipements au profit de l'armée malienne. Lire aussi : Former l’armée malienne c’est bien, l’équiper c’est mieux.

Le 17 décembre 2013, le Comité politique et de sécurité (COPS) préconise de prolonger de deux ans le mandat d'EUTM Mali. Pour cette seconde période, l'accent est mis sur la formation des officiers, pour permettre une autonomie de l'armée malienne. Lire : Le nouveau mandat suppose de nouvelles actions (4 questions au Général Guibert) *

Dès décembre 2013, la réforme de l’armée malienne est lancée. La dimension conseil d'EUTM Mali fait ses premières preuves. L’Advisory Task Force (ATF) d’EUTM est chargée de proposer les actions de transformations structurelles nécessaires à l’établissement d’un environnement rénové, durable et efficient au sein des Forces armées maliennes.

Davantage de formations pour le mandat 2

Début janvier 2014, se termine la première partie de la formation spécifique de 13 officiers et sous-officiers maliens destiné à démarrer l’auto-formation de l’armée malienne.

Mercredi 8 janvier 2014, EUTM Mali entame la formation du 4e bataillon "Balanza"

Le 2 avril 2014, le général français de la Brigade franco-allemande Marc Rudkiewicz, prend la suite du général Guibert. La décision a été entérinée le 18 mars 2014 par le COPS. Lire : Un chasseur alpin, franco-allemand, prend le commandement d’EUTM Mali

En avril 2014, la formation du 4e GTIA "Balanza" se termine.

Mardi 15 avril 2014, le Conseil de l'UE approuve la prolongation de la mission EUTM Mali pour une seconde période de deux ans jusqu'au 18 mai 2016.

Vendredi 22 août 2014, la formation du 5e groupement tactique inter-armes "Debo" se termine par la remise des diplômes.

Vendredi 24 octobre 2014, le général espagnol Alfonso Garcia-Vaquero Pradal remplace le général français de la brigade franco-allemande, Marc Rudkiewicz. Lire : Un relais franco-espagnol pour EUTM Mali *

En décembre 2014, démarre la formation du 6e GTIA "Al Farouk" (nom donné en hommage au génie protecteur de Tombouctou dont sont originaires nombre des hommes du bataillon)

En juillet 2015, cinq GTIA sur les six formés étaient déjà sur le terrain *.

Mardi 28 juillet 2015, le général Franz Xaver Pfrengle, chef adjoint d'état-major pour les opérations de l'Eurocorps remplace le général espagnol Alfonso García-Vaquero Pradal. Lire : L’adjoint de l’Eurocorps nommé à la tête d’EUTM Mali *

En septembre 2015, le bataillon Debo (GTIA 5) revient se former au camp de Koulikoro, après 1 an sur le terrain

Le 10 décembre 2015, les officiers, sous-officiers, gendarmes et soldats du 7e GTIA reçoivent leur diplôme de fin de formation. C'est une première, ce GTIA comportera en effet des gendarmes dont la formation spécialisée démarre ensuite. Lire : EUTM a commencé à former les gendarmes maliens à Koulikoro

Le 18 décembre 2015, le général allemand Werner Albl prend le relais du général Pfrengle. Lire : Un nouveau commandant pour EUTM Mali en décembre *

Lundi 21 mars 2016, le QG d’EUTM Mali est attaqué à Bamako. « Personne n’a été blessé et aucun dommage n’a été occasionné ». Les forces de sécurité de la mission ont « sécurisé » la zone, avec l’aide des Forces Armées Maliennes et de la Mission de l’ONU dans le pays (MINUSMA).

Vers le mandat 3

Mercredi 23 mars 2016, les 28 approuvent la prolongation du troisième mandat d’EUTM Mali *, pour une nouvelle période de deux ans jusqu'au 18 mai 2018. L'objectif général de la mission reste le même : conseil et formation. Mais les Européens veulent augmenter la formation et le recyclage. La zone d'action est étendue. Ses actions pourront s'étendre « jusqu'à la boucle du fleuve Niger comprenant les communes de Gao et de Tombouctou ».

Fin avril 2016, la formation des 600 membres du 8e GTIA de l’armée malienne arrive à sa fin. EUTM Mali a rempli le mandat défini en janvier 2013. Lire : Le GTIA 8 bientôt prêt. Une formation complète

A partir de mai 2016, la transition vers le mandat 3 se fait avec les premières formations délocalisées et la visite des futurs centre d'entrainement, pour les conditionner rapidement.

En juillet 2016, un général belge prendra la tête d’EUTM Mali * Les Belges prennent le relais des Français, occupés sur d'autres missions, et des Allemands plus impliqués dans la MINUSMA. Lire : Les Belges entrent en force à EUTM Mali *.

En juillet 2016, un général belge prendra la tête d’EUTM Mali * Les Belges prennent le relais des Français, occupés sur d'autres missions, et des Allemands plus impliqués dans la MINUSMA. Lire : Les Belges entrent en force à EUTM Mali *.

Du 18 au 29 juillet 2016, la mission organise, pour la première fois, une formation à une vingtaine d'officiers de liaisons des armées provenant des 5 pays formant le G5 Sahel (Mali, Mauritanie, Burkina Faso, Niger et Tchad).

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Lire aussi nos reportages sur le terrain

Au début de la mission, en mars 2013, A la découverte d’EUTM Mali (avril 2013)

  1. Les hélico belges de permanence Medevac à Bamako
  2. Les « experts » de EUTM Mali…
  3. Eutm Mali. Une formation axée autour d’un mot-clé : cohésion

Au bout d'un an : EUTM Mali : un an après (mars 2014)

  1. La face discrète de la mission… le renseignement *
  2. Le « conseil » à l’armée malienne, décisif ! (Un an d’EUTM Mali) *
  3. La nouvelle mission d’assistance à la sécurité au Mali (EUCAP Mali). Détails…
  4. Un exemple exportable en Centrafrique (Guibert)
  5. Mali : des terroristes toujours présents. Une opération Serval toujours nécessaire (Foucaud) *
  6. EUTM Mali… nouveau mandat nouvelles actions (4 questions au Général Guibert) *
  7. Le « Retex » du bataillon Waraba *
  8. La face discrète de la mission… le renseignement *
  9. Kidal, Gao et Tombouctou : 3 menaces distinctes *

Et les retours des différents chefs de mission

Nos interviews sur le dossier 


(1) La présence des différentes nationalités

(2) La formation des forces armées maliennes (FAMA) se fait au camp de Koulikoro. Le mandat prévoit la formation de Groupement tactique inter-armes (GTIA) composés de 6 à 700 effectifs. C'est une formation exigeante et complète, à laquelle les Européens ont inclus une forte dimension de droits de l'Homme. « Même la guerre a des limites » explique l'expert en droit international qui forme les Maliens. La plupart des Maliens arrivent sans aucune formation antérieure. En 12 semaines, les Européens doivent leur donner une formation leur permettant d'être déployés dans le nord pour lutter contre les djihadistes. Les deux premières semaines seront consacrées aux fondamentaux, base de la formation spécialisée (infanterie, génie, commando, logistique…). Vient ensuite une formation spécialisée en petits groupes. L’entrainement se conclut par trois semaines d’exercices par spécialité et un exercice de synthèse final pour l’ensemble du bataillon.

(*) articles accessibles sur B2 Pro