N°37. L’opération Serval devenue opération Barkhane au Sahel

N°37. L’opération Serval devenue opération Barkhane au Sahel

logo-Operation-Serval(B2) L'opération Serval a été lancée par la France pour stopper l’offensive islamiste au Mali et permettre d'entamer la reconquête du Nord avec l’armée malienne et initier la guerre contre le terrorisme.

Les prémices

Dès décembre 2010, Nicolas Sarkozy appelle l'Union européen a être plus ambitieuse au Sahel. Il souligne le rôle de la France, à l’avant-garde de la lutte anti-terroriste

Dès l'été 2012, le CPCO (Centre de planification et de conduite des opérations) français est en alerte, préparant de façon intensive une action française. Lire : Une opération préparée de longue date… (questions et réponses)

Dès octobre 2012 Le reploiement des moyens militaires français en Afrique s’accélère

Une opération rapidement déployée, pour rester 

Le 11 janvier 2013, l’opération Serval au Mali est déclenchée afin de stopper la progression des islamistes, qui contrôlent le nord du pays depuis neuf mois, vers le Centre et le Sud. La veille, l’armée malienne, dépassée par les insurgés, avait perdu une ville stratégique, Konna, située à seulement 70 km de Mopti, la troisième ville du pays. Lire aussi: Les détails des forces engagées. La force est placée sous le commandement du Général Grégoire de Saint-Quentin

Le 14 janvier 2013, les bombardements français poussent les islamistes à évacuer les grandes villes du Nord. Paris annonce l’engagement de troupes au sol.

Le 16 janvier 2013la reprise de 2 villes de Diabali et Douentza est confirmée

Le 17 janvier 2013, les 27 soutiennent l’opération française et africaine au Mali. Si l'opération est saluée, certains regrettent la lenteur européenne. Lire : l’Europe trop lente. Chapeau à la France (Van Asch)

Le 22 janvier 2013, le Royaume-Uni décide d'intervenir en soutien à la France. L’opération Serval alias Newcombe ? D'autres Europréens s'engagent essentiellement dans la logistique : transport stratégique et tactique, ravitailleurs... (voir encadré)

Plusieurs questions se posent :

Le succès militaire de Serval et cessation des hostilités

Dès le 27 janvier 2013, la ville de Gao au nord est libérée. Enthousiasme dans les rues : « Je n’ai pas vu quelque chose de semblable » témoigne un reporter de Channel 4. L’aéroport de Gao au nord du Mali est sécurisé 

Le 29 janvier 2013, la ville de Tombouctou est reprise

Le 18 février 2013, l'Union européenne lance sa mission de formation de l'armée malienne. Lire notre dossier N°36 Reformer une armée malienne, la mission d’EUTM Mali

Le 8 avril 2013, au nord de Gao, les forces françaises débutent l’opération "Gustav". Il s’agit de l’une des plus importantes depuis l’annonce de l’engagement français au Mali. Près de 1 000 soldats sont mobilisés, appuyés par des drones, l’aviation et des blindés.

La logistique arrière est une des clés du succès de l'opération. En Côte d'Ivoire, l’aéroport de Port Bouet joue un rôle clé permettant le ravitaillement et le réapprovisionnement des effectifs, avec l'apport de plusieurs pays européens (Belgique notamment).

Au QG de l'opération à Bamako, l’effet de surprise est au coeur de la tactique préparée par le général Saint-Quentin.

Le 18 juin 2013, les autorités maliennes et les rebelles touaregs du MNLA, qui occupent toujours la ville de Kidal, concluent un cessez-le-feu. L'accord de Ouagadougou prévoit le déploiement progressif de l'armée malienne et le cantonnement des combattants touareg sur des sites de regroupement.

Le 1er juillet 2013, la MINUSMA, la Mission intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali, est officiellement lancée. Elle absorbe et remplace la Mission de l'Union africaine MISMA et compte à terme 12.600 militaires et policiers.

Le 21 juillet 2013 commence l'opération "Centaure", conduite avec près de 800 militaires français, une centaine de véhicules, les hélicoptères du GAM et l’appui des Rafale en provenance du Tchad. Son but est de dissuader toute tentative de déstabilisation du processus électoral dans le Nord du Pays entre Kidal, Tessalit et Aghuelok. Elle prend fin le 21 août 2013.

Le 11 août 2013, le général de division Marc Foucaud (ancien des troupes de montagne) prend la tête de l'opération Serval, remplaçant le général de Saint-Quentin (nommé à la tête du COS, le Commandement des opérations spéciales de l'armée française).

Le 19 septembre 2013, François Hollande se rend à Bamako pour la cérémonie d'investiture du président malien Ibrahim Boubacar Keita ("IBK" ), élu le 28 juillet. La tenue de ce scrutin, signe d'un retour relatif de la paix et de la démocratie dans le pays, souligne le succès de l'opération Serval. « Nous avons gagné cette guerre. Nous avons chassé les terroristes », déclare alors le chef de l'Etat français.

Recrudescence du conflit

Le 28 septembre 2013, après plusieurs mois de détente, les insurgés islamistes font à nouveau basculer le pays dans la violence. Avec la reprise des attaques, plus d'une dizaine de civils et de militaires maliens et tchadiens, membres de la Minusma, ont été abattus.

Face à la recrudescence des actes violents, la coalition internationale lance l’opération "Hydre" le 20 octobre 2013, afin d’éviter une résurgence de "mouvements terroristes", selon les propos de l’état-major des armées françaises. Plus de 1 500 soldats français, maliens et de la Minusma y participent.

Le 2 novembre 2013, Ghislaine Dupont et Claude Verlon, deux reporters français de RFI (Radio France internationale) au Mali sont enlevés à Kidal, puis assassinés.

Le 14 décembre 2013, deux soldats de la Minusma sont tués dans un attentat à Kidal, qui reste hors contrôle.

Le 31 décembre 2013, le ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian, passe la nuit de la Saint-Sylvestre en compagnie des troupes françaises mobilisées à Gao. Le Drian au Mali pour le réveillon. Une visite pleine de sens…

Un an après : bilan positif mais tensions persistantes

Le 8 janvier 2014, lors des traditionnels vœux aux armées, le président français, François Hollande, célèbre la victoire, rend hommage aux soldats. Il annonce que le contingent français engagé au Mali sera ramené à 1 600 hommes dès la mi-février, puis à près d’un millier. Il estime que « l’essentiel du travail a été accompli ».

Dans la nuit du mardi 4 au mercredi 5 mars 2014, les forces françaises ont conduit une opération combinée qui a permis de neutraliser un groupe d’une dizaine de terroristes dans l’Adrar des Ifoghas.

En mars 2014, cependant les terroristes sont toujours présents. Une opération Serval est toujours nécessaire indique le général Foucaud * que B2 a pu rencontrer, au QG de Bamako.

Les 8 et 9 avril 2014, se tient à Niamey, la première réunion des CEMA (chefs d'Etat major) du G5 Sahel, avec la présence du CEMA français, le général Pierre de Villiers.

Dans la nuit du 16 au 17 avril, les forces françaises au Mali libèrent cinq otages maliens, employés du comité international de la Croix Rouge (CICR) après une opération dans la région nord de Tombouctou sur une cible mobile identifiée comme étant un groupe armé terroriste.

Le 21 mai 2014, Kidal tombe sous le contrôle de groupes rebelles touareg et arabe après des combats avec l’armée (une cinquantaine de soldats tués). Les premiers affrontements ont éclaté le 17 mai à l'occasion d'une visite du premier ministre dans les trois régions de Tombouctou, Gao, Kidal.

Le 23 mai 2014, un cessez-le-feu est conclu mais les négociations n’ont toujours pas commencé.

Le 24 juillet 2014, les forces françaises sont mobilisées suite à la disparition du vol d’Air Algérie lors de son survol du Nord-Mali entre Ouagadougou et Alger. En plus de la sécurisation de la zone du crash, les moyens logistiques de Serval sont utilisés pour transporter et soutenir les équipes d’enquêteurs français, maliens, algériens et espagnols. Le relais est donné aux forces maliennes le 4 août 2014.

Serval passe le relais à Barkhane

Le 1er août 2014, l’opération Serval est officiellement « terminée ». Démarre l’opération régionale « Barkhane » (associant Mauritanie, Mali, Burkina Faso, Niger et Tchad) pour lutter contre le terrorisme dans le Sahel. Elle compte 3000 soldats, placés sous le commandement du général de division Jean-Pierre Palasset (ancien des troupes alpines et de la Force Licorne en Côte d'Ivoire au moment des troubles de 2011). Le QG de l’opération est situé à N’Djamena (Tchad).

Carte Oper Barkhane

Du 28 octobre au 4 novembre 2014, Barkhane mène l'opération "Tutelle" dans le Nord du Mali. Consistant principalement en des actions de contrôle de zone dans la durée et des fouilles de caches potentielles, l'opération permet la neutralisation de 24 terroristes et la capture de deux autres, ainsi que la saisie d'armements et de matériels pour fabriquer des bombes et mener des attentats (IED et vestes suicide bomber).

Dans la nuit du 10 au 11 décembre 2014, dans la région de Gao (Mali), les forces françaises affrontent plusieurs membres d’un groupe rebelle. Une dizaine d'entre eux sont tués, dont Ahmed El Tilemsi, membre fondateur du Mujao et émir d’Al Mourabitoune au Mali.

Le 6 avril 2015, les forces spéciales françaises, avec l’appui de la force Barkhane, conduisent une opération dans le Nord-Est du Mali et libèrent un Néerlandais retenu en otage par les rebelles depuis son enlèvement à Tombouctou en 2011. Lire : Le Néerlandais pris en otage au Mali libéré par une action des forces spéciales

Le 1er août 2015, le général de division Patrick Bréthous, ancien de l'ALAT et des forces spéciales prend le commandement de l'opération Barkhane (sa bio) relayant le général Jean-Pierre Palasset (nommé numéro 2 de la DGSE).

Du 9 au 15 octobre 2015, la force Barkhane et la Mission des Nations Unies au Mali (MINUSMA) renforcent les Forces armées maliennes (FAMa) dans le cadre de l’opération La Madine 4, opération de contrôle de zone effectuée à l’Est de Tombouctou, dans la région du Gourma.

Vendredi 20 novembre 2015 au Mali, les forces spéciales françaises, en appui des forces maliennes, contribuent à la libération de 170 personnes prises en otage par 2 terroristes dans l’hôtel Blu Radisson à Bamako. Les 'terroristes' sont tués et les otages libérés.

Dans la nuit du 19 au 20 décembre 2015, les forces françaises conduisent une opération dans la région de Ménaka (à l'est, à la frontière avec le Niger) contre des éléments affiliés au groupe terroriste « Al Mourabitoun », responsable de nombreux attentats à l’encontre des populations malienne et nigérienne, des forces armées locales et des forces internationales.

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Mercredi 6 avril 2016, la force Barkhane sécurise l’inauguration du barrage de Tessalit, qui permettra de réduire la dépendance saisonnière à l’eau des 6 500 habitants de cette commune du Nord Mali.

Du 19 au 24 avril 2016, la force Barkhane mène une opération de contrôle de zone entre Tessalit et Aguelhok, au Mali, afin d’accentuer la pression sur les Groupes armés terroristes (GAT) et leur interdire toute liberté d’action.

Du 22 mai au 03 juin 2016, Barkhane participe à l’opération Siam avec les Forces armées maliennes (FAMa) et les Forces armées nigériennes (FAN) de part et d’autre de leur frontière commune.

Du 18 au 22 juin 2016, les forces armées maliennes effectuent une opération bipartite de contrôle de zone dans la région de Tombouctou au Mali, appuyées par le détachement de liaison et d’appui opération 4 (DLAO 4). C'est l'opération La Madine.

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Le soutien international à la mission 

Dès la mi-janvier 2013, un problème se pose : Serval manque des avions ravitailleurs. Des moyens alliés sont engagés

Détails :


Une mission dangereuse : 10 morts au combat

Pour l'opération Barkhane, ce sont 7 militaires morts (en mai 2016).