N°38. Brexit ou Remain. Quand le Britannique se tâte sur l’Europe (V3)

N°38. Brexit ou Remain. Quand le Britannique se tâte sur l’Europe (V3)

(crédit : Army UK)

(crédit : Army UK)

(B2) D'une simple promesse de campagne, le référendum sur le maintien (ou non) du Royaume-Uni dans l'Union européenne est devenu un véritable enjeu politique et un feuilleton qui a agité, durant des mois, l'Europe, l'obligeant à improviser une solution pour un problème qui n'avait pas été envisagé : le départ volontaire d'un de ses Etats membres.

Une lente promesse de campagne

26 septembre 2007. Dans les colonnes du Sun, Cameron promet un référendum sur le traité de Lisbonne s'il arrive au pouvoir.

« Today, I will give this cast-iron guarantee: If I become PM a Conservative government will hold a referendum on any EU treaty that emerges from these negotiations.  No treaty should be ratified without consulting the British people in a referendum. »

Mardi 4 novembre 2009. Cameron renonce à sa promesse. Le traité de Lisbonne entre en vigueur avant que son parti gagne les législatives au printemps 2010.

23 janvier 2013. David Cameron annonce, s'il est réélu en 2015, la tenue d'un référendum « Ce sera un référendum pour 'rester ou sortir' » de l'Union européenne, dans la première moitié de son mandat (2015-2017). « L'intérêt national britannique est mieux servi au sein d'une Union européenne flexible, adaptable et ouverte » plaide-t-il.

Jeudi 19 décembre 2013. A son arrivée au sommet européen, le Premier ministre britannique oppose un vibrant "No" à toute tentative de renforcer l'Europe de la Défense. Les Britanniques ont mis une série de clés s'opposant à toute conclusion trop ambitieuse. Une victoire considérée comme capitale à Londres pour illustrer la volonté britannique de stopper toute velléité de l'Europe de développer certaines de ses compétences. Lire : David Cameron sonne la charge (héroïque) …

Vendredi 28 novembre 2014. Dans un discours prononcé au siège de JCB à Rocester, David Cameron trace ses "lignes rouges" en matière de libre circulation des personnes. Il met en avant une revendication principale britannique : limiter les droits des migrants européens, durant 4 ans (lire le discours sur la BBC). Il en fait un test de son engagement dans la campagne pour le maintien dans l'UE. « Si j’y parviens, je ferai campagne pour maintenir ce pays au sein d’une UE réformée. Si nos inquiétudes ne trouvent aucun écho et que nous ne parvenons pas à modifier de manière plus avantageuse les termes de notre relation avec l’UE, alors bien sûr je n’exclurai rien ». Un propos qui suscite une certaine indignation dans les pays de l'Est qui ont apporté leur savoir-faire et leurs combattants en 1940-1945 à l'ile britannique. Lire : Une ingratitude signée Cameron

Vendredi 8 mai 2015. Les conservateurs (tories) remportent haut la main les élections législatives au Royaume-Uni. La voie est ouverte aux négociations avec l'Union et à l'organisation du referendum d'ici la fin 2017. Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, se montre conciliant. Lire : La Commission prête à négocier sur tout et sur beaucoup

Jeudi 15 octobre 2015. Au sommet européen, la question britannique est normalement à l'ordre du jour. Une réunion pour rien. Faute de proposition britannique, le point est reporté à plus tard. Les esprits sont concentrés sur la crise des migrants qui fait vibrer les frontières de la Grèce jusqu'à l'Allemagne en passant par les Balkans. Le Premier ministre britannique promet aux Européens d'envoyer, rapidement, ses revendications. Lire : Brexit. Messieurs les Anglais, tirez les premiers ! *

Négocier un accord justifiant le maintien

Mardi 10 novembre 2015. David Cameron formalise, dans une lettre envoyée aux 28, ses revendications autour de quatre chapitres : 1) la gouvernance économique, zone Euro et Union bancaire ; 2) la compétitivité ; 3) la souveraineté, l'intégration politique et la subsidiarité ; 4) les avantages sociaux et la libre circulation. Télécharger la Lettre et le discours prononcé devant Chatham House. Le référendum est avancé à juin 2016.

Mercredi 2 décembre 2015. Le parlement britannique vote, à une nette majorité, des frappes en Syrie. Une victoire personnelle pour Cameron qui avait dû battre en retraite deux ans plus tôt (lire : Frappes en Syrie : not now ! répondent les Brit’. Un modèle à suivre ?). A l'occasion, la majorité s'est élargie à certains travaillistes. Un modèle que le Premier ministre compte reproduire dans la campagne européenne.

Jeudi 17 décembre 2015. Le sujet "Royaume-Uni" est mis au menu des Chefs d'Etat et de gouvernement, qui se retrouvent pour une discussion « sans tabous », en format "Chefs seuls" sans assistant. Mais l'heure n'est pas, encore, à un accord. Lire : Au Conseil européen des 17 et 18 déc. *

Mardi 2 février 2016, avant le sommet, le président du Conseil européen, Donald Tusk, présente un paquet détaillé de propositions *, permettant de résoudre les quatre grandes préoccupations soulevées par le Premier ministre britannique. Ce projet de décision répond à une alchimie très délicate, ainsi que le détaille une note confidentielle du service juridique. Lire : Le montage juridique très fin pour éviter le Brexit. Explication *

Lundi 8 février 2016. Une nouvelle version du projet de décision sur le Royaume-Uni a été rédigé en début de semaine (Carnet 12.02.2016).

Mercredi 17 février 2016. Un nouveau projet de décision donnant à la Grande-Bretagne un opt-out politique et social, pour faire face au référendum sur le Brexit a été préparé par les 28 sherpas des dirigeants européens avant le sommet qui apporte une série de modifications. Lire : Trouver un accord pour éviter le Brexit : difficileS, au pluriel *

Vendredi 19 février 2016. La discussion entre les 28 leaders européens est difficile. Il faut du mélodrame. Le british breakfast se transforme ainsi en un lunch puis un dîner avant d'aboutir à un accord. En fin de soirée, David Cameron peut apparaître devant les caméras britanniques, clamant fièrement : « I have a deal ». Un « statut spécial » pour le Royaume-Uni est négocié. Accord qui n'entrera en application que si le "Oui au maintien dans l'Union" l'emporte au référendum. Lire : Brexit : Un accord au finish

Vendredi 15 avril 2016, démarre la campagne officielle entre le « Vote Leave » en faveur du « Brexit » et « The In Campaign » pour le maintien dans l'UE. Les sondages font du yoyo laissant entrevoir une marge très faible entre les deux votes.

SondageBrexit@YouGov1606Dimanche 15 mai 2016. Les insultes volent bas. Boris Johnson compare dans le Sunday Telegraph, l'Union européenne à Hitler. « Napoléon, Hitler, plusieurs personnes ont essayé de le faire, et cela s’est terminé de manière tragique. L’Union européenne est une autre tentative avec des méthodes différentes. »

Jeudi 16 juin 2016. Une députée travailliste, qui fait campagne pour l'UE, Joe Fox est agressé mortellement dans les rues de Birstall (Yorkshire), par un homme isolé. Atteinte de plusieurs balles et coups de couteaux, elle décède de ses blessures à l'hôpital. Un homme est arrêté. La campagne fait une pause. Le "Brexit" qui semblait l'emporter dans les sondages régresse laissant la place au "Remain".

Jeudi 23 juin 2016. Les Britanniques passent aux urnes. Les bureaux de vote sont ouverts de 7h à 22h locales (23h continent). L'Europe retient son souffle dans l'attente du résultat qui n'est connu que dans la nuit. La participation est importante (72%). Les premiers sondages qui tombent annoncent un Remain gagnant à 52% (YouGov) voire 54% (IpsosMori)...

Vendredi 24 juin 2016. La réalité s'impose au petit matin : c'est l'inverse. BREXIT ! à presque 52%. L'Angleterre (qui reste la plus peuplée) a voté largement en faveur d'une sortie de l'Union européenne. Lire : God save … l’Angleterre et l’Europe ! Ce vote suppose une vraie inconnue en Irlande du Nord et pour le processus de paix. Lire : La question irlandaise ressurgit

RésultatsVoteBrexitRemain99,7%@DailyTelegraph

A Londres, David Cameron annonce sa démission d'ici octobre. Les réactions fusent.

Un nouveau chapitre de l'histoire européenne s'ouvre. Une conférence extraordinaire des présidents du Parlement européen est convoquée. Et une rencontre exceptionnelle se déroule au matin entre les '4 présidents de l'Europe' : Jean-Claude Juncker (Commission européenne), Martin Schulz (Parlement européen, Donald Tusk (Conseil européen), Mark Rutte (présidence néerlandaise de l'UE).

Samedi 25 juin 2016. Réunion des chefs de la diplomatie des six pays fondateurs de l'UE à Berlin : Frank-Walter Steinmeier (Allemagne), Jean-Marc Ayrault (France), Paolo Gentiloni (Italie), Bert Koenders (Pays-Bas), Didier Reynders (Belgique) et Jean Asselborn (Luxembourg). Les six réaffirment leur « confiance dans notre avenir européen commun ».

Lundi 27 juin 2016. Réunion à Berlin du G3 Angela Merkel (Allemagne), François Hollande (France), Matteo Renzi (Italie). Avant même le sommet formel à 27, ils donnent en fait la feuille de route des prochains mois fixant même un nouveau rendez-vous en septembre à 27.

Mardi 28 juin 2016. Le Parlement européen s'est joint, dans une session extraordinaire, aux autres institutions européennes pour demander l'activation « immédiate » de la clause de retrait de l'UE.

Mardi 28 juin 2016. Sommet européen.  Un dîner d'explication a lieu le soir avec David Cameron.

Mercredi 29 juin 2016. Première réunion des dirigeants à '27' (hors Royaume uni) à Bruxelles.

Vendredi 1er juillet 2016. Début de la présidence slovaque de l'UE

Vendredi 8 juillet 2016. Au sommet de Varsovie, le Brexit est en arrière cour de toutes les discussions. Une déclaration du Hilton

...

16 septembre 2016. Sommet prévu à Bratislava à '27' pour organiser le futur de l'Union européenne.


Quelques questions, quelques réponses, nos analyses

Que prévoit l'article 50 du Traité ? Depuis le traité de Lisbonne, cette possibilité de départ d'un Etat membre a été inscrite noir sur blanc. Il fixe certains principes mais pas tous. Brexit ! Quelle procédure pour le retrait ? Quand est-ce applicable ?

La fin du bénéfice du marché unique, une réalité ? Les Britanniques peuvent-ils espérer négocier autre chose. Après le Brexit : fini le marché unique et tout le reste ? Raison gardons ! Scénarios…

L'Europe de la Défense est menacée ? C'est un axiome souvent répété : le départ du Royaume-Uni signifierait une perte de puissance pour l'Europe de la Défense. Notre analyse est légèrement différente et beaucoup plus nuancée. Lire :Brexit. Le Britannique est-il nécessaire à l’Europe de la défense ?

Quelles seraient les conséquences sur la PSDC ? Certaines répercussions peuvent se produire au plan opérationnel. Mais elles peuvent être résolues. Quelles conséquences du Brexit sur la PSDC ? Une quasi bonne nouvelle ? En revanche, pour les accords de Berlin Plus, c'est plus délicat. Soutenus à bout de bras par le Royaume-Uni, ils méritent au minimum un relifting. L’accord de Berlin Plus touché en plein coeur par le Brexit

Comment peut s'organiser, demain les relations UE-UK ? Si la relation avec l'Union européenne n'a pas un modèle mais plusieurs pour tisser ses relations extérieures avec un pays non membre. Lire : Les Dix modèles européens pour associer un pays tiers… et le Brexit

Quelles seraient les conséquences d'un départ au Parlement ? Certains groupes au Parlement pourraient souffrir plus que d'autres. Brexit. Un petit séisme au Parlement européen

Le Royaume-Uni : en perte d'influence ? La volonté du Royaume-Uni de vouloir plier l’Europe à l’aune de ses seuls intérêts cache mal un certain effacement du Royaume sur la scène européenne. Le Royaume-Uni se désintéresse de l’Europe… et les Européens font de moins en moins d’effort pour l’en dissuader. Brexit ou pas. La perte d’influence de Cameron (et de Londres) en Europe

Et si les Britanniques avaient décidé de rester ? S'appliquait alors l'accord signé au sommet du 19 février qui est aujourd'hui caduque. Lire : L’accord anti-Brexit du Conseil européen. Premières questions, premières réponses


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