N°40. Le Sommet de l’OTAN de Varsovie, 8 et 9 juillet 2016, et ses suites (V4)

N°40. Le Sommet de l’OTAN de Varsovie, 8 et 9 juillet 2016, et ses suites (V4)

LogoSommetVarsovie2016(B2) Les chefs d'Etat et de gouvernement sont réunis les 8 et 9 juillet 2016 à Varsovie pour un nouveau sommet à la symbolique forte. De nombreux sujets ont été approuvés, largement préparés lors des deux dernières réunions ministérielles (Affaires étrangères en mai et Défense en juin). Les sommets de l'OTAN se caractérisant souvent par une intense préparation en amont, ou comme aime à le répéter un diplomate expérimenté : « Un sommet de l'OTAN c'est 99% d'ennui et 1% d'hystérie ».

NB : cet article sera modifié et enrichi avec des articles 'dérivés' tout au long de ces prochains jours, au fur et à mesure du sommet.

Des mots clés

Plusieurs mots clés ont été répétés, comme une antienne, tout au long de ce sommet : dissuasion et réponse proportionnée — face à la Russie, solidarité et réassurance — pour les Alliés sur tout le pourtour oriental —, projection de stabilité - sur le pourtour sud —, adaptation et réactivité — pour poursuivre la modernisation de l'Alliance —, réinvestissement dans les dépenses de défense, etc.

  • Avant le sommet proprement dit, les leaders de l'Union européenne et le président Obama se rencontrent en aparté à l'Hotel Marriott (vendredi 9h50, rencontre qui a duré un peu plus que le temps prévu (1 heure). Et une déclaration est signée entre les leaders de l'Union européenne et le secrétaire général de l'OTAN visant à renforcer la coopération entre les deux organisations (vendredi, 12h30)
  • Le sommet commence formellement vendredi (8 juillet), à 13h30, avec un mot de bienvenue du secrétaire général, et le président polonais, suivi de la photo de famille. La première séance sera consacrée à la dissuasion. Le diner sera ouvert aux Européens (Conseil européen, Commission européenne, Finlande et Suède sont invités) et tous les sujets pourront être abordés comme c'est le cas lors d'un dîner (20h30), où « les chefs évoquent ce qu’ils veulent, avec une discussion franche » indique un officiel de l'Alliance.
  • Le sommet se poursuit samedi (9h00) par une réunion sur l’Afghanistan (avec la présence du président afghan, Ashraf Ghani, du chef de l'exécutif Abdullah Abdullah et les représentants des pays partenaires de la mission Resolute support ainsi que les internationaux (ONU, Banque mondiale), puis une réunion (14h00) sur la projection de stabilité et les menaces Sud (avec la Jordanie, la Commission européenne et le Conseil européen qui sont invités à participer à la discussion). Il se clôture par une réunion de la commission OTAN - Ukraine. Le secrétaire général tient une conférence de presse après chacune des séances de travail.
  • En parallèle, comme c’est la tradition à l’OTAN se tiendront des réunions des ministres de la Défense, et des Affaires étrangères. Une réunion de la commission OTAN - Géorgie est ainsi prévue le 8 juillet dans l’après midi au niveau « Affaires étrangères ». Et les ministres de la Défense se voient avec les 25 partenaires de l’interopérabilité le 9 juillet (dont l’Autriche, l’Irlande, la Finlande, la Suède et la Suisse) (1).

Un engagement répété sur les budgets de défense du Sommet du Pays de Galles

Ce sommet est l'occasion pour les '28' de réexaminer et de confirmer l'engagement en matière d'investissements de défense pris par les Alliés au sommet du pays de Galles il y a deux ans, en septembre 2014. Pour la première fois depuis de nombreuses années, l'OTAN a enregistré en 2015 une légère augmentation des dépenses de défense dans les pays européens et au Canada. Les estimations pour 2016 laissent entrevoir une nouvelle augmentation de ces dépenses en termes réels. Mais le décalage entre Européens et Américains demeure.

Dissuasion et défense territoriale

Une présence renforcée à l'Est

Au sommet de Varsovie, l'OTAN veut passer dans une phase nouvelle de son adaptation entamée en 2002. D'une certaine façon, l'Alliance revient à ses fondamentaux : une présence « avancée » dans la partie nord-est de son territoire, une présence « adaptée » sur le flanc sud-est.

Quatre bataillons "robustes" dotés d'une certaine autonomie, comprenant de 600 à 1000 hommes, vont ainsi être déployés, par rotation dans les trois pays baltes et la Pologne, à partir de 2017. Une quasi-présence permanente qui ne remet pas en cause les accords OTAN-Russie jure-t-on à l'Alliance. Un pays assurera le rôle de nation-cadre dans chacun de ces déploiements : l'Allemagne en Lituanie, le Canada en Lettonie, le Royaume-Uni en Estonie et les Etats-Unis en Pologne.

Le plan de réactivité adapté

L'Alliance veut faire du sommet de Varsovie un point d'étape pour son RAP (Readiness Action Plan). En 2015, la taille de la NRF (Nato Response force) a été augmenté, passant de 13000 à 40000 militaires, en incluant des éléments maritimes, aériens et de forces spéciales. A l'intérieur de cette NRF, la VJTF (Very High Readiness Joint Task Force) — ou force de pointe — dispose de 5000 militaires prêts à être déployés en quelques jours (les premiers éléments doivent l'être en 48 heures). Cette force est dirigée à tour de rôle par une nation-cadre : l'Espagne en 2016, le Royaume-Uni en 2017. L'Allemagne, l'Italie, la Pologne, la Turquie et la France (en 2022) se sont inscrites dans les années suivantes.

Le bouclier anti-missiles déclaré initialement opérationnel

Le sommet de l'OTAN approuve la « capacité opérationnelle initiale » de la défense anti-missiles (DAMB) de l'OTAN. Jusqu'à présent seule une capacité « intérimaire » avait été proclamée (au sommet de Chicago en 2012). Il s'agit aujourd'hui de passer à l'étape suivante. Les alliés vont répéter, sur tous les tons, ce que le secrétaire général a indiqué : « ce bouclier n’est pas dirigé contre Russie mais vise une menace qui proviennent de l’extérieur de la zone euro-atlantique », en clair l'Iran, ou d'autres pays d'Asie ou du Moyen-Orient. Subsiste une question qui a opposé Américains et Français en particulier : le contrôle politique du système de commandement. Car, concrètement, le C2 n'est pas tout à fait opérationnel.

La résilience civile devient une élément primordial de la dissuasion

Les Alliés adoptent une déclaration affirmant leur « engagement (...) à maintenir et à développer encore notre capacité, individuelle et collective, de résister à toute forme d'attaque armée (...) d'améliorer notre résilience face à l'éventail complet des menaces, y compris les menaces hybride ». La résilience est « un élément primordial pour une dissuasion et une défense crédibles et pour l'accomplissement efficace des tâches fondamentales de l'Alliance ». Pour assurer cette résilience, les Alliés doivent « améliorer l'état de préparation du secteur civil ». Ils doivent ainsi « maintenir et protéger les capacités civiles critiques, en plus des capacités militaires », renforcer le secteur public dans son ensemble, assurer « la continuité des pouvoirs publics (et) la continuité des services essentiels ». Une responsabilité avant tout « nationale » rappelle l'Alliance mais selon un cahier des charges dressé en commun. Chaque pays s'engage ainsi à respecter des « exigences agréées » en commun.

  • Télécharger la déclaration adoptée le 8 juillet, sur la résilience : Fr / Eng

La projection de stabilité au Sud

L'Alliance veut se doter d'un « cadre » pour s'adapter aux défis émanant du sud. Il s'agit de « projeter de la stabilité » sur le voisinage de l'Alliance selon le terme souvent utilisé par le secrétaire général Jens Stoltenberg.

La prolongation de l'engagement en Afghanistan

La poursuite de Resolute Support au-delà de 2016 est acquise. Restent des problèmes d'effectifs - la conférence de génération de forces qui s'est tenue début juin n'a pas permis de remplir tous les cadres — et la question financière du soutien aux forces afghanes reste toujours pendante. Pour soutenir les 350.000 personnels des forces de sécurité afghanes, il faut un budget d'environ 5 milliards de $ (3,5 milliards fournis par les Etats-Unis, 0,5 par les Afghans, 1 milliard par les Européens et autres partenaires). Les détails de la participation pourraient ne pas être fixés au sommet mais plus tard à l'automne.

Un premier engagement aux côtés de la coalition en Irak

L'OTAN a officialisé son engagement aux côtés de la coalition engagée en Irak — une demande américaine — sur deux aspects : la formation spécialisée des cadres de l'armée irakienne qui n'aurait plus lieu seulement en Jordanie mais aussi en Irak, la surveillance aérienne, avec l'autorisation donnée aux Awacs de l'Alliance de venir renforcer les Alliés dans la surveillance de la zone - mais en restant "officiellement" au-dessus du territoire de l'Alliance.

Un engagement en Méditerranée

L'OTAN veut réinvestir en Méditerranée. « L'activité » en mer Egée (NB : on ne parle pas d'opération en soi) a permis à l'Alliance de tester un nouveau concept de coopération avec l'Union européenne comme une nouvelle mission, avec une mission essentielle de surveillance de zone et l'échange d'informations entre Grecs et Turcs (qui, auparavant, avaient des difficultés à se parler). La Turquie voudrait « clore » cette activité qui la gêne dans ses incursions sur la zone maritime revendiquée par la Grèce.

Le sommet va avaliser le reprofilage de l'opération Active Endeavour qui date des attentats de 2001. Sa caractéristique de réponse à l'article 5 est supprimée. Son éventail de tâches est élargi. Mais pour le passage opérationnel, il faudra une nouvelle décision.

Le sommet doit endosser également le principe d'un soutien aux Européens dans leur opération Sophia (EUNAVFOR MED) qui a franchi une nouvelle étape en juin en s'adjoignant deux nouvelles tâches : contrôle de l'embargo sur les armes et formation des garde-côtes libyens. L'Alliance pourrait fournir des moyens propres d'ISR (Surveillance, Reconnaissance, Renseignement) utiles pour suivre tous les mouvements que ce soit en mer (ou à terre par extension) et des moyens logistiques. On peut penser notamment aux avions Awacs qui pourraient être utiles sur zone et des bateaux de soutien ou des ravitailleurs en vol. Les États-Unis, comme le Canada, pourraient également s'engager dans cette tâche. L'Alliance pourrait aussi s'impliquer dans les tâches de formation des garde-côtes. Mais le Sommet ne devrait pas entrer dans les détails concrets, qui seront fixés ultérieurement.

Les capacités de l'Alliance

Le renseignement, fer de lance

L'Alliance entend renforcer ses facultés d'anticipation en se dotant d'une « capacité robuste de renseignement et de reconnaissance » que « les Alliés pourraient utiliser façon appropriée » note un responsable de l'Alliance. La capacité opérationnelle initiale (IOC) de l'initiative JISR (Joint Intelligence, Surveillance and Reconnaissance) de l'OTAN avait été annoncée en février 2016. Un secrétaire général adjoint va être nommé, chargé de coordonner les branches civile et militaire du renseignement de l'Alliance « qui ont du mal à communiquer entre elles » selon un diplomate. La relative surprise de l'Alliance face à l'offensive russe en Crimée en 2014 impose une réforme. « Nous n'imaginions pas que les Russes avaient modernisé à ce point leur système de commandement »

La Cyber défense devient un domaine d'action

Autre domaine de progrès. Les Alliés veulent déclarer à Varsovie, officiellement, que le « Cyber » devient un « domaine d'action » de l'OTAN. Il s'agit « d'intégrer la cyberdéfense » dans tous les pans de l'activité de l'Alliance : « planification, capacités, exercices, opérations », explique un haut responsable de l'Alliance, « comme le sont déjà le terrestre, l'aérien ou le maritime ». Il s'agit notamment d'améliorer les connaissances (entraînement, formation) de regarder les capacités disponibles (au sein de l'Alliance mais surtout dans les Etats membres) de pouvoir gérer les ressources humaines, etc.

La lutte contre les menaces hybrides

L'OTAN veut également renforcer ce qu'elle appelle « la résilience des pays membres de l'Alliance », pris individuellement et collectivement, avec à la clé la modernisation des capacités, et la combinaison des capacités militaires et civiles, notamment face aux menaces hybrides. Un domaine partagé avec l'Union européenne.

La coopération OTAN - UE

Une déclaration pour renforcer la coopération

Bien avant le référendum britannique, il avait été prévu de renouveler la coopération entre l'OTAN et l'Union européenne dans plusieurs domaines : menaces hybrides, sécurité maritime, cyber-défense et cyber-sécurité principalement. Cette volonté donne lieu à une déclaration « de Varsovie » qui, d'une part, rappelle la convergence d'analyse face aux menaces et les valeurs partagées des deux organisations comme les différences de sensibilité entre les différents Etats membres, d'autre part, engage de nouveaux travaux de rapprochements, avec un mandat donné aux responsables des deux organisations de produire, d'ici la fin de l'année, des propositions concrètes de renforcement de la coopération.

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L'adhésion de la Suède et de la Finlande : pas sur la table ?

Les Européens participeront au dîner du soir (avec les Finlandais et Suédois), avec en toile de fond, à défaut d'adhésion des deux pays nordiques à l'OTAN, un resserrement plus étroit des liens.

Le Brexit en toile de fond

Le Brexit reste dans tous les esprits. Il inquiète notamment aux Etats-Unis. En marge du sommet, Donald Tusk (Conseil européen) et Jean-Claude Juncker rencontrent le président américain Barack Obama (dont c'est le dernier voyage en Europe) dans le cadre d'une réunion des dirigeants de l'UE et des États-Unis (avec au programme outre le Brexit, le TTIP, les migrations, le terrorisme, les questions de renforcement de la défense européenne). Cette rupture d'un pays clé de l'OTAN avec l'Union européenne est un fait notable. Si ses conséquences sur la relation UE-OTAN restent à évaluer, elles pourraient rendre nécessaires certaines adaptations et mettent encore plus sur le devant de la scène la nécessité de coopération entre les deux organisations. NB : rencontre prévue à 9h50 vendredi 8 juillet

Les adhésions et partenariats

Un seul nouvel Etat membre va rejoindre officiellement l'Alliance : le Monténégro. Pour les autres qui frappent à la porte, les obstacles restent nombreux tant au plan politique que militaire (Macédoine/FYROM, Bosnie-Herzégovine, etc.). Quant aux pays du Caucase (Géorgie, Ukraine...), l'adhésion à l'OTAN semble beaucoup plus aléatoire. Pour masquer cette période d'attente se tiendront des réunions en commission (OTAN-Ukraine, OTAN-Géorgie). Sorte de baume à un refus déguisé.

L'adhésion d'un 29e membre : le Monténégro

Le petit pays des Balkans est le seul pays qui franchira la porte de l'Alliance faisant passer le nombre officiellement de 28 à 29 Etats membres. Cette adhésion est un double symbole. Elle est un signal aux autres pays demandeurs d'une adhésion que la politique de « la porte ouverte » reste d'actualité. Au plan historique, elle résonne également comme une réconciliation entre Podgorica qui, à l'époque de l'intervention de l'OTAN au Kosovo en 1999, était encore partie intégrante de la Serbie.

Un mini-sommet avec l'Ukraine pour rassurer

De façon symbolique, aura lieu une réunion OTAN/Ukraine au sommet. Une manière de rassurer Petro Porochenko et de montrer à Kiev comme à Moscou, quel attachement ont les '28' à un pays qui, en l'état, n'a que très peu d'espoir d'adhérer rapidement à l'Alliance. Situations interne et internationale obligent. Plusieurs pays redoutent d'être entraînés, via la solidarité de l'article 5, dans une confrontation directe et armée avec les Russes à cause des évènements dans le Dombass comme de l'occupation russe en Crimée.

L'approfondissement de la relation avec la Géorgie

Les Alliés encouragent la Géorgie à « progresser dans sa préparation en vue de l'adhésion ». Une adhésion que le ministre des Affaires étrangères, Mikheil Janelidze, réaffirme que l'adhésion est « un objectif absolument prioritaire de la politique étrangère de son pays ». Pour aider le pays — et le faire patienter — les alliés ont mis en place de nouvelles mesures pour « aider au renforcement des capacités de défense, de l'interopérabilité et des capacités de résilience de la Géorgie ». Cela passe par : 1) un projet financé par le Fonds d'affectation spéciale (trust fund) pour soutenir les capacités de formation et d'entraînement ; 2) un soutien à la communication stratégique ; 3) un soutien au développement de la défense aérienne et de la surveillance aérienne en Géorgie ; 4) des programmes, menés au plan bilatéral, visant à renforcer les capacités d’autodéfense et de résilience de la Géorgie.

  • Télécharger la déclaration adoptée le 8 juillet à la suite de la commission Otan - Géorgie Fr / Eng

(Nicolas Gros-Verheyde)

Lire : tous nos articles 'tagués' Sommet de Varsovie

(1) Armenia, Australia, Austria, Azerbaijan, Bahrain, Bosnia and Herzegovina, Finland, Georgia, Ireland, Japan, Jordan, Kazakhstan, Republic of Korea, Republic of Moldova, Mongolia, Montenegro, Morocco, New Zealand, Serbia, Sweden, Switzerland, the former Yugoslav Republic of Macedonia, Tunisia, Ukraine, and the United Arab Emirates

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