N°39. Le bouclier anti-missiles de l’OTAN

N°39. Le bouclier anti-missiles de l’OTAN

Un destroyer Aegis à La Rota en Espagne (crédit : US Navy)

Le premier destroyer Aegis 'USS Donald Cook' arrive à La Rota en Espagne (crédit : US Navy)

(B2) L'OTAN a fait de la défense antimissile, sous impulsion américaine, une de ses priorités pour protéger le territoire des Etats membres comme ses forces déployées sur le terrain. Pour l'Alliance, la prolifération des missiles balistiques dans le monde représente « une menace croissante pour les populations, le territoire et les forces déployées des pays de l'Alliance ».

La défense antimissile comprend deux aspects : une défense de missile de théâtre (ALTBMD) destinée à protéger les forces déployées sur le territoire de l'OTAN et en dehors de celui-ci contre des missiles balistiques à courte et moyenne portée (jusqu'à 3 000 kilomètres) et la défense territoriale des pays membres de l'OTAN (BMD). L'ALTBMD était prévue pour entrer partiellement en service d'ici 2010 et être pleinement opérationnelle en 2016. La BMD à l'horizon 2017. Le dispositif a pris un peu de retard.

Le programme ambitieux conçu par l'administration Bush a connu avec l'arrivée de l'administration Obama une inflexion, une réorientation, sans pour autant disparaître des priorités euro-atlantiques.

La mise en place d'un bouclier anti-missiles sous l'administration Bush

Mai 2001
. L'OTAN lance parallèlement deux études de faisabilité portant sur le futur système TBMD de l’Alliance.

Le 21 novembre 2002, au Sommet de Prague, les membres de l'Alliance se mettent d'accord pour mettre en place un dispositif anti-missiles de théâtre. Ils décident de lancer une étude de faisabilité concernant la défense anti-missile balistique territoriale.

En 2003. Une étude est lancée, sous l’égide du Conseil OTAN-Russie, pour évaluer les niveaux possibles d’interopérabilité des systèmes de défense contre les missiles de théâtre (TMD) des pays de l’OTAN et de la Russie.

28 juin 2004
. Au Sommet d’Istanbul, les chefs d'État et de gouvernement donnent pour instruction de poursuivre sans délai les travaux liés à la TBMD.

C'est à partir de 2004 que l'implantation d'installations américaines en Europe centrale et orientale est évoquée. L'idée d'un site américain, présent sur le territoire européen, permettrait l'interception à mi-course d'un missile intercontinental tiré contre les Etats-Unis.

11 mars 2005. Le Conseil de l'Atlantique Nord (NAC) approuve la création d’une organisation de gestion du programme de défense multicouche active contre les missiles balistiques de théâtre (ALTBMD PMO), chargée de superviser le programme. L’Agence C3 (consultation, commandement et contrôle) de l’OTAN et l’Agence de gestion du système de commandement et de contrôle aériens (NACMA) sont associées.

Avril 2006. La défense antimissile territoriale est jugée techniquement faisable. Les résultats sont approuvés par la Conférence des Directeurs nationaux des armements (CDNA).

19 septembre 2006. 
Le Secrétaire général adjoint de l'OTAN pour l’investissement pour la défense, Marshall Billingslea, annonce avoir retenu l’offre du consortium d’entreprises SAIC (Science Applications International Corporation) pour l'attribution du contrat SE&I (ingénierie et intégration des systèmes) prévoyant la création d'un banc d’essai pour le système anti-missile.

Le 29 novembre 2006. Au Sommet de l'OTAN de Riga, les membres de l'OTAN endossent les conclusions de l'étude concernant le bouclier anti-missiles. En marge du sommet, le contrat avec SAIC est signé.

En janvier 2007. Les négociations menées par les Etats-Unis avec la Pologne sont officialisées pour le déploiement de 10 intercepteurs GBI, et avec la République Tchèque pour l'installation d'un radar de poursuite.

Le 3 avril 2008. Au Sommet de Bucarest, les chefs d'Etats et de gouvernements de l'OTAN souhaitent intégrer les moyens de défense anti-missiles américains présents sur le territoire européen pour une architecture globale de défense anti-missiles.

Début juillet 2008. L’accord principal sur l’installation du radar américain sur le sol tchèque est signé à Prague par Condolleezza Rice et Karel Schwarzenberg. Mais il reste différents problèmes d'ordre politique et fiscal. Lire : Bouclier antimissile: le hic fiscal tchèque

Le 19 septembre 2008. Américains et Tchèques signent à Londres, l’accord SOFA, sur le statut des troupes américaine en République tchèque, qui permet de sceller de façon définitive l’accord entre les deux pays pour l’installation du radar américain. Lire : L’accord Sofa Usa-Tchéquie signé, quelques éléments

Le 1er février 2009. La nouvelle administration américaine l'affirme à ses interlocuteurs à l'Est de l'Europe. Elle renoncera probablement à l’installation d’un radar en République tchèque dans le cadre du bouclier anti-missile américain, affirme le président de la commission des affaires étrangères du Sénat tchèque, Jiri Dienstbier. Lire : Le projet de radar en République tchèque suspendu ?

Sentiment identique coté européen. « Il faut essayer d’avoir des relations stables avec la Russie et éviter de créer des problèmes qui ne sont pas nécessaires » confie un diplomate de haut rang. Lire : Le bouclier antimissile reporté sine die ?

Les 19 et 20 février 2009. En marge de la réunion informelle des ministres de la Défense de l’Otan, à Cracovie, Robert Gates le promet pourtant : Les « Patriot » US seront bien installés en Pologne.

20 mars 2009. Mirek Topolanek, le Premier ministre tchèque, retire le texte sur la ratification du traité sur le bouclier antimissile américain et l’installation d’un radar. Il n’est pas sûr d’obtenir une majorité à la Chambre des députés et risque même de voir le texte rejeté. Lire : Pas de radar, le traité de Lisbonne et le gouvernement tanguent

La réorientation du bouclier par l'administration Obama

Le 17 septembre 2009. La « nouvelle approche » anti-missiles US est officialisée: L'arrivée de Barack Obama à la présidence change la donne. Avec l'adoption de European Phased Adaptive Approach (EPAA). L'objectif est de fusionner la défense de théâtre et la défense de territoire dans un système unique, en privilégiant le déploiement graduel d'intercepteurs mobiles et terrestres.

En mars 2010. La première capacité opérationnelle, étape 1 de la capacité intérimaire (InCa 1) de la capacité de Théâtre (TBMD) est mise en service.

Le Samedi 3 juillet 2010. Le secrétaire d’Etat polonais aux Affaires étrangères, Jacek Najder, et l’ambassadeur des Etats-Unis en Pologne, Lee Feinstein, signent un nouvel accord sur l’ABM

Le 20 novembre 2010. Lors du Sommet de Lisbonne, les chefs d'Etats et de gouvernement de l'OTAN décident de développer un programme de défense antimissile balistique territorial (BMD) et entérinent le concept d'une défense antimissile balistique. Dans le cadre du comité OTAN-Russie, ils décident d’échanger des vues sur la recherche d’une coopération entre l'OTAN et la Russie ; ils adoptent une évaluation conjointe des menaces liées aux missiles balistiques et décident de poursuivre leur dialogue dans ce domaine.

Fin 2010. Toutes les composantes de l’InCa 2 (étape 2 de la capacité intérimaire), y compris les capteurs et les plateformes de tir de défense antimissile de pays de l’OTAN, de la capacité de Théâtre (TBMD), sont reliées entre elles et mises à l’essai avec succès dans le cadre d’un « test d’ensemble ».

Le 27 janvier 2011. Les opérateurs militaires du Centre multinational d’opérations aériennes (CAOC) d'Uedem (Allemagne), reçoivent formellement leur première capacité intérimaire (InCa 2) de l'agence de programme technique ALTMBD.

Le 10 juin 2011. Les ministres de la Défense des pays membres de l'OTAN approuvent le plan d'action pour le bouclier anti-missile.

En septembre 2011. La Turquie annonce la décision d'accueillir un radar de défense antimissile sur son territoire, à Kürecik.

Le 13 septembre 2011. Les Etats-Unis et la Roumanie signent un accord pour la mise en place d'un système anti-missile sur le territoire roumain.

Le 15 septembre 2011. L'accord entre la Pologne et les Etats-Unis sur l'implantation d'un système Aegis Ashore en Pologne entre en vigueur.

En septembre 2011. Les Pays Bas prévoient de moderniser quatre frégates de défense aérienne avec des systèmes de radars à portée étendue à titre de contribution à la capacité de l'OTAN de défense antimissile balistique.

En octobre 2011. L'Espagne et les Etats-Unis annoncent un accord sur le stationnement de navires Aegis multimissions dotés de capacités de défense antimissile dans le port de Rota, en Espagne.

Le 5 février 2012. L'Allemagne décide de mettre à disposition du bouclier de l'OTAN des systèmes de défense aérienne et antimissile Patriot.

Le 13 avril 2012. Installation et test du commandement et de contrôle (C2) du bouclier anti-missiles intérimaire au Commandement aérien allié, à Ramstein en Allemagne.

La capacité intérimaire reconnue

Le 20 mai 2012. Au Sommet de Chicago, l’OTAN déclare la capacité « intérimaire » pour le bouclier anti-missiles déployé sur le territoire européen. Un compromis s'est fait avec la dissuasion nucléaire : la défense antimissile peut venir « compléter le rôle des armes nucléaires dans la dissuasion mais elle ne peut pas s’y substituer ». L'Alliance ne finance cependant qu'une petite partie du bouclier : le surcoût pour passer du C2 (le système de commandement et de contrôle) du dispositif antimissiles de théâtre (déjà été agréé au sommet de Prague) à un C2 antimissiles de territoire. Coût estimé : 200 millions d'euros. Lire : Le bouclier anti-missiles en version «intérim»

En septembre 2012. Les Russes ne sont pas vraiment satisfaits et le font savoir. Lors d'un débat organisé au Parlement européen le prouve. Vladimir Leontiev, directeur adjoint au département de sécurité et de désarmement du ministère russe de la Défense, reconnait être « particulièrement mécontent des locations actuelles» (Turquie - Pologne et Roumanie). La situation représente aujourd'hui «un danger certain pour la Russie » explique-t-il. Lire : Entre Russes et l’OTAN, le dialogue de sourds sur le bouclier anti-missiles continue

Le 11 février 2014. Un premier destroyer Aegis américain, l'USS Donald Cook (DDG-75), arrive à La Rota (Espagne). Pour le secrétaire général de l'OTAN, Anders Fogh Rasmussen. Cette arrivée « marque une étape importante pour l’OTAN, pour la sécurité européenne et pour la coopération transatlantique ». Il sera suivi d'un deuxième destroyer Aegis, l'USS Ross (DDG-71), en juin 2014, d'un troisième destroyer USS Porter (DDG-78) , le 1er mai 2015.

En août 2014. Le Danemark décide d'acquérir un système de radar basé sur une frégate.

Le 25 septembre 2015. Le quatrième destroyer Aegis USS Carney (DDG-64) arrive à La Rota (Espagne).

Le 14 décembre 2015. Les Etats-unis testent avec succès le système THAAD combiné avec le destroyer John Paul Jones pour détecter et détruire un missile balistique à courte portée comme à moyenne portée. Essai effectué près de l'atoll Wake dans l'océan Pacifique.

Le 12 mai 2016. Le site de missiles Aegis de Deveselu en Roumanie est déclaré opérationnel.

La capacité initiale opérationnelle reconnue

Les 8 et 9 juillet 2016. Lors du Sommet de Varsovie, La capacité opérationnelle initiale de la défense anti-missiles de l’OTAN déclarée


A lire :

  • L'étude de la Fondation de recherche stratégique (déc. 2015)
  • Le rapport du Sénat français (2011)
  • Le rapport de l'assemblée parlementaire de l'OTAN (2008)