N°49. L’UE face à l’indépendance du Soudan du Sud

N°49. L’UE face à l’indépendance du Soudan du Sud

DrapeauSoudanDuSud(B2) Face au conflit qui a déchiré le Soudan pendant près de vingt ans, l'Union européenne s'est tenue relativement discrète,  soutenant une solution politique du conflit et suspendant sa coopération au développement (en 1991). Lorsqu'un accord est signé en 2005, sous la médiation des États-Unis et du Royaume-Uni (deux des principaux acteurs de la sécession du Soudan du Sud), l'Union européenne se concentre sur la reconstruction du Soudan et le processus politique menant à l'indépendance du Soudan du Sud en 2011. Souhaitant être présente dans la montée en puissance du plus jeune pays, l'Union européenne tente d'atténuer, sans succès, la guerre civile qui a fait, depuis décembre 2013, des dizaines de milliers de morts et près de trois millions de déplacés, suite aux massacres inter-ethniques entre Dinkas et Nuer.

En 1991, la coopération européenne est suspendue, après que les troupes de Riek Machar (qui vient de faire défection de l’Armée populaire de libération du Soudan (SPLA), la rébellion sudiste historique), aient massacré quelque 2 000 civils Dinkas, l’ethnie de Salva Kiir.

  • En juillet 2002, signature à Machakos (Kenya), d'un protocole d'accord visant à mettre fin à près de vingt ans de conflit au Sud-Soudan. Il reconnaît au Sud-Soudan le droit à l'autodétermination par référendum après une période d'autonomie de six ans.

2003-2004: Conflit civil 

  • En février 2003, la région soudanaise du Darfour connaît un conflit civil violent. Les forces gouvernementales et les milices janjawid proches du pouvoir de Khartoum s’opposent aux rebelles du mouvement de la justice et de l’égalité (JEM) et de l’Armée/Mouvement de libéralisation des peuples du Soudan (A/MPLA).
  • Le 8 avril 2004, un accord de cessez-le-feu est signé à N’Djamena (Tchad) sous les auspices de l’Union africaine.

Le 28 mai 2004, l'Union africaine décide de déployer une mission d’observation (AMIS) pour superviser l’accord. Daniel Augsburger, le coordinateur de l’ONU pour les affaires humanitaires, dénonce le « nettoyage ethnique » en cours. Des violations commises essentiellement selon lui par les milices arabes pro-gouvernementales contre la population sédentaire non arabe de l’est du Soudan.

Au printemps 2004, le commissaire européen au Développement Louis Michel se déplace au Soudan. Il pose la condition d'un accord de paix à la reprise de la coopération au développement.

En décembre 2004, l'Union européenne annonce une aide notable au niveau financier (plus de 100 millions d’euros) ainsi qu'une aide à la planification de l’opération et l’envoi d’observateurs, car la mission africaine manque d’effectifs et de matériel pour se déployer efficacement

2005. Accord pour l'autonomie du Soudan du Sud

  • Le 9 janvier 2005 un accord de paix est signé après deux décennies (1983-2005) de guerre entre le Nord, musulman et arabophone (l’actuel Soudan), et le Sud, animiste et chrétien. Il prévoit six ans d’autonomie au Sud, puis un référendum sur l’indépendance en janvier 2011.

Les 23 et 24 mai 2005, l'Union européenne adopte le principe d'apporter « tout le soutien possible aux efforts militaires, policiers et civils en fonction des demandes présentées par l’Union africaine » (Conclusions). L’Union européenne répond ainsi positivement à la demande formelle d’aide, exprimée par Alpha Oumar Konaré, le président de l’Union africaine, le 29 avril 2005.

  • Le 11 août 2005, Salva Kiir de la tribu des Dinkas et un des chefs de la rébellion sudiste durant la Seconde Guerre civile soudanaise, devient président de la région autonome du Soudan du Sud et premier vice-président de la République du Soudan. Il occupe aussi le poste de chef de l'Armée populaire de libération du Soudan (APLS). Riek Machar, de la tribu Nuer, est lui nommé vice-président de la région.

Le 18 juillet 2005, les Européens lancent une mission de soutien à la force de paix de l'ONU déployée au Soudan Amis (lire notre fiche : L’action de soutien civilo-militaire à la mission de l’Union africaine au Darfour « AMIS II »)

En avril 2007, un rapport de l’ONU accuse le gouvernement soudanais de violer l’embargo en utilisant notamment des avions repeints en blanc portant l’emblème de l’ONU. Plusieurs dirigeants (Georges Bush, Tony Blair,…) menacent le régime soudanais de sanctions et de mettre en place une zone d’exclusion aérienne au-dessus de l’Ouest du Soudan. Washington, Londres évoquent le terme de génocide sur la politique mise en place par le régime de Khartoum. La situation au Darfour continue d’être précaire. Les violences continuelles poussent la population à quitter leur domicile. Le régime de Khartoum est accusé de mener une politique de nettoyage ethnique.

Le 28 juillet 2007, la mission européenne AMIS II est relayée par l’opération mixte de maintien de la paix déployée par l’ONU et l’Union africaine, la MINUAD. Le format « hybride » de l’opération a été mis au point pour répondre au refus de Khartoum de voir se déployer une mission des Nations Unies dans le Darfour. La situation dans la région est loin d’être stabilisée au Darfour. Malgré une pression franco-britannique, l’Union européenne devra se contenter de déployer de l’autre côté de la frontière, à l’Est du Tchad, cette fois, une nouvelle force (EUFOR Tchad). Lire : L’opération militaire de stabilisation à l’est du Tchad et en RCA « EUFOR Tchad RCA » (28 janvier 2008 – 15 mars 2009)

En mai 2008, le commissaire européen au développement, le Belge Louis Michel, appelle les deux parties à établir un cessez-le-feu immédiat et à retirer de toutes les forces armées de la ville soudanaise d'Abyei à la suite de la récente escalade des combats.

2010: Soutien à l'Accord de paix et au processus électoral

Le 26 avril 2010, les ministres des Affaires étrangères des 28 se félicitent de l'avancée du processus politique et appellent toutes les parties à respecter l'Accord de paix et à mettre en place les conditions nécessaires pour le bon déroulement du référendum. (conclusions)

Le 12 juillet 2010, la Cour pénale internationale émet des mandats d'arrêt internationaux contre Omar Hassan el-Bechir, président du Soudan depuis 1989. Il est accusé de crime de guerre, crime contre l'humanité et de génocide dans le cadre de la guerre civile au Darfour.

Le 12 juillet 2010, l'UE annonce un nouveau décaissement de 150 millions d'euros d'aide humanitaire pour les victimes de la guerre. Pour Catherine Ashton, la Haute représentante de l'UE, « le Soudan est maintenant à un moment critique L'UE veut voir la mise en œuvre intégrale de l'Accord de paix global que la voie à suivre pour un avenir meilleur. pour la population du Soudan. » 

Le 26 juillet 2010, les ministres européens se saisissent à nouveau du dossier soudanais et se disent notamment prêts à soutenir les référendums qui vont avoir lieu au Sud-Soudan et dans la région d'Abyei, à fournir une aide technique et financière importante; à soutenir la mise en œuvre pacifique de l'accord de paix global, en dégageant un accord sur les questions relatives à l'après-référendum et en œuvrant à la stabilité à long terme dans la région; à soutenir les travaux du groupe de mise en œuvre de haut niveau sur le Soudan de l'Union africaine (UA); à participer au renforcement des capacités et l'aide apportée pour que le Sud-Soudan puisse relever les défis auxquels il est confronté. (conclusions)

Le 11 août 2010, la diplomate britannique Dame Rosalind Marsden est nommée Représentant spécial de l'UE (RSUE) pour le Soudan.

Lundi 22 novembre 2010, le Conseil des affaires étrangères donnent le feu vert à la proposition de Catherine Ashton, de créer un groupe de travail sur le Soudan, présidé par la représentante spéciale de l'UE au Soudan. (conclusions)

En décembre 2010les Européens envisagent toutes les options.  Le "options paper" préparé inclu une gradation de scénarios : du plus calme (le référendum se déroule, sans troubles ni incidents) au pire (troubles armés en cascade et catastrophe humanitaire), en passant par toutes les étapes intermédiaires (troubles limités géographiquement, etc).

  • Le 9 janvier 2011, le Soudan du Sud décide, lors d'un référendum, de prendre son indépendance du Soudan, avec 98% des votes à faveur. L'Union européenne a financé le référendum (6 millions d'euros) et a déployé une mission d'observation électorale, dirigée par la Française, Véronique de Keyser.

Le 31 janvier 2011, les ministres des Affaires étrangères de l'UE se félicite du résultat du référendum et se disent prêts à apporter « toute assistance nécessaire » pour faciliter les négociations restantes entre Soudan et Soudan du Sud

Le 2 février 2011, devant le Parlement européen, Catherine Ashton exprime sa « grande satisfaction que le référendum du Sud-Soudan a eu lieu à temps et a été mené pacifiquement. Le peuple du Sud-Soudan s'est déplacé en grand nombre pour exercer, avec patience et dignité, son droit de vote sur l'autodétermination. Ca a été un événement historique et une étape importante dans la mise en œuvre de l'Accord de paix global, dont l'Union européenne est un témoin. »

Le 22 février 2011, l'Union européenne décide d'établir un plan de développement conjoint, pour le Soudan et le Soudan du Sud, pour 2011-2013. 

En mars 2011, une équipe du Service diplomatique européen, composée de civils et militaires, se rend au Soudan du Sud pour étudier Que peut faire l’UE au Sud Soudan ? L’aide humanitaire et l’aide au développement ne font aucun doute. S'impose aussi l'idée d'une assistance en matière de sécurité.

Le 23 mai 2011, l'Union européenne décide d'allouer une enveloppe d'aide de 200 millions d’euros pour le Sud-Soudan, sous le 9ème FED.

2011-2012: préparation d'une mission civile européenne

Début juin 2011, une mission d’évaluation (fact finding mission) du service diplomatique européen se rend au Sud-Soudan. Un des objectif est notamment de préparer l’ouverture d'une délégation de l’UE à Juba

Le 13 juin 2011, le COPS approuve le principe d’une mission civile PSDC au Sud Soudan visant à assurer la sécurisation de l’aéroport. Une décision qui a s'est heurtée à une interrogation… tricolore. A noter qu’un autre projet de mission de l’UE est toujours en préparation, consistant à assister la surveillance des frontières.

  • Le 20 juin 2011, le gouvernement de Khartoum et le Soudan du Sud signent un accord de démilitarisation de la région disputée d'Abyei.

Le 8 juillet 2011, le Conseil de sécurité des Nations unies adopte la résolution 1996 instituant la Mission des Nations-Unies au Soudan du Sud, la MINUSS. La mission substitue ainsi la MINUS qui prend fin à la même date.

  • Le 9 juillet 2011, le Soudan du Sud célèbre officiellement son indépendance. Salva Kiir et Riek Machar restent président et vice-président (respectivement).

Le 1 août 2011, l'Union européenne s'adapte à la cessation, en amendant le mandat du représentant spécial de l’UE au Soudan.

Le 10 août 2011, Catherine Ashton, la Haute représentante de l’UE pour les Affaires étrangères, appelle « les parties à s’accorder sur un immédiat cessation des hostilités “immédiate et sans condition » et d’assurer la protection des civils et permettre un plein accès humanitaire et sans entraves à tous ceux qui en ont besoin. Lire : L’UE préoccupée par la situation au Sud-Soudan

Dès novembre 2011, l'idée d'une mission européenne de sécurisation de l'aéroport de Juba, la capitale, est à l'ordre du jour. Lire : Sud Soudan : les 27 veulent revoir la copie 

Le 23 janvier 2012Le concept de gestion de crise de la mission à Juba approuvé par les ministres des Affaires étrangères de l'UE.

  • Le 10 février 2012, le Soudan signe un pacte de non-agression avec le Soudan du Sud.
  • Le 13 mars 2012, les deux Soudan signent deux accords portant sur la citoyenneté et les frontières.

Le 13 avril 2012, l'Union européenne, par la voix de sa Haute représentante, appelle au calme et au retrait des troupes face à l'atmosphère de guerre entre Soudan et Soudan du Sud qui grandit.

Lundi 23 avril 2012, les ministres des Affaires étrangères de l'Union européenne condamnent les « bombardements » du Soudan ainsi que « l'occupation de Heglig par les forces armées sud soudanaises ». Des sanctions contre le(s) Soudan(s) sont envisagées.

  • Le 28 avril 2012, après un mois d'avril où les attaques et les bombardements font rage entre les deux pays, le président soudanais Omar el-Béchir décrète l'état d'urgence dans trois Etats frontaliers avec le Soudan du Sud (le Sud-Kordofan, le Nil Blanc et le Sennar).

Le 2 mai 2012, le COPS approuve le CONOPS et la planification de la mission au Sud-Soudan continue malgré la situation difficile qui préexiste dans le pays et le conflit qui l’oppose à son pays frère, le Soudan. Lire : 3,5 missions de la PeSDC dans les startings block

Le 15 juin 2012, la commission des Affaires étrangères du Parlement européen demande à l'Union européenne d'agir pour éviter une guerre entre Soudan et Soudan du Sud.

Le 18 juin 2012, après de nombreuses difficultés, la mission EUAVSEC au Sud Soudan est approuvée par les 27. L'objectif reste certes modeste : assurer la mise aux normes de sécurité de l’aéroport de Juba. Pour les Européens, l'important est cependant d'être présent dans la montée en puissance du nouvel Etat.

  • Le 27 septembre 2012, Soudan et Soudan du Sud signent un accord partiel portant sur la création d'une zone démilitarisée et sur le partage de la manne pétrolière.

En novembre 2012Euavsec Sud Soudan est en panne. Pour cause, un désaccord avec l'ONU sur le financement de la mission, qui est notamment « dépendante pour le soutien médical des Nations-Unies ».  « Tant que cet accord n’est pas atteint, la mission ne pourra pas commencer ses opérations » expliquait Hansjörg Haber, le commandant des opérations civiles de l'UE (CPPC).

2013: Reprise des affrontements. L'UE déploie sa mission EUAVSEC

Le 6 février 2013, le COPS se penche sur l'évolution de la mission EUAVSEC, avec le chef de mission Lasse Christensen. Lire : Un Danois à la tête de la mission EUAVSEC

Le 10 avril 2013, Catherine Ashton, au nom des 28, condamne fermement l'attaque mortelle contre un convoi de la MINUSS, dans la région de Jonglei (à l'Est du pays), où les affrontements se multiplient.

  • Le 25 avril 2013, le gouvernement sud-soudanais, en concertation avec la MINUSS, parvient à mettre fin à la plupart des rébellions (Etats d’Unité, du Haut-Nil et du Jonglei), en offrant une amnistie générale et l’intégration dans l’armée nationale.
  • Fin juillet 2013, des tensions au sein du MPLS conduisent le Président Kiir à limoger, l’ensemble du gouvernement, y compris son vice-président Riek Machar (chef de file du MPLS).
  • Le 15 décembre 2013, le Président Salva Kiir annonce avoir déjoué une tentative de coup d’État, initiée selon lui par son ancien vice-président Riek Machar. Celui-ci nie l’existence d’une tentative de coup d’État. Le lendemain, il appelle l’armée à renverser Salva Kiir, l’accusant de vouloir « allumer une guerre ethnique ». D'intenses combats entre factions rivales de l’armée se déroulent dans la capitale (Juba) et plusieurs régions du pays. C'est le début d'une guerre civile.
  • Le 19 décembre 2013, l’armée ougandaise entre en jeu et apporte son soutien au gouvernement sud-soudanais.

En décembre 2013, la diplomatie européenne multiplie les appels au dialogue et à la fin des affrontements. Rapidement, les évacuations sont mises en place. Lire aussi : Transall + C130 européens mobilisés au Sud Soudan. Last call de Londres (Maj4)

Le 24 décembre 2013, le Conseil de sécurité des Nations Unies décide un renfort temporaire de la MINUSS en portant le plafond de casques bleus à 14 000 hommes pour tenter de faire face à la situation sécuritaire et humanitaire. Catherine Ashton, la chef de la diplomatie européenne, s'inquiète de la « spirale de violences » et appelle au dialogue pour une solution politique, que l'UE « est prête à soutenir ».

  • Le 27 décembre 2013, les chefs d’Etat de l’IGAD nomment une équipe de médiation.

Le 15 janvier 2014, l'Union européenne condamne les violences à Malakal, à la frontière entre Soudan et Soudan du Sud, faisant plus de 200 victimes mortelles.

Lundi 20 janvier 2014, les ministres des Affaires étrangères veulent s’impliquer dans le processus de paix au Soudan du Sud *. Ils proposent un soutien financier pour le processus de paix mené par l'autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD) et, le cas échéant, une médiation européenne dans le dialogue entre président et opposition.

  • Le 23 janvier 2014, sont signés un accord de cessation des hostilités et un accord prévoyant la libération des onze détenus politiques. L’ensemble des détenus est progressivement libéré mais la cessation des hostilités n’est pas respectée.

Escalade des violences. Sanctions et médiation face à une possible guerre civile 

En janvier 2014, la mission EUAVSEC ferme… Une décision prise en novembre, avant la flambée de violence.

Le 28 mars 2014, l'UE condamne, dans un communiqué, les violations du l'accord "Status of Forces " par le gouvernement sud-soudanais, les violations des droits de l'Homme, ainsi que les attaques contre le personnel de l'ONU.

Début mai 2014, les combats continuent de plus belle. L'UE craint une guerre civile. Le représentant spécial de l’UE sonne l’alerte face au possible génocide. Lire : Soudan du Sud. Des solutions humanitaires et politiques face à la crise *

Le 10 juillet 2014, deux militaires sud soudanais sont mis sur liste noire de l’UE *. Responsables de violation de l'accord de cessez-le-feu, ils sont visés par une interdiction de voyager dans les pays membres de l’UE et par un gel de leurs avoirs dans l'UE.

Lundi 15 décembre 2014, les ministres des Affaires étrangères des 28 se disent « consternés par le fait que tous les efforts ont jusqu'à présent échoué pour résoudre la situation ». Dans leurs conclusions, ils se disent prêts « à envisager de nouvelles mesures restrictives ciblées ». 

  • Le 1er février 2015, après six mois de négociations, un accord intérimaire est signé entre Kiir et Machar, prévoyant notamment un cessez-le-feu, le septième en un an– mais rompu quelques jours plus tard.
  • Le 24 mars 2015, le Parlement prolonge le mandat du président Kiir ainsi que la législature jusqu’en 2018. Les élections générales devaient être organisées avant le 9 juillet 2015.

Le 3 mars 2015, le Conseil de sécurité des Nations unies adopte la résolution 2206 établissant un régime de sanctions individuelles à l’encontre de ceux qui feraient obstacle à la paix, à la sécurité et à la stabilité du Soudan du Sud.

Le 1er juillet 2015, l’ONU, sur initiative franco-britannique, décrète des sanctions contre six chefs militaires, trois du côté des forces gouvernementales et trois du côté rebelle. Le lendemain, les Etats-Unis décident de sanctions contre deux chefs militaires accusés d’exactions, un de chaque camp. La décision est reprise par l'Union européenne le 9 juillet 2015, Télécharger la décision au Journal Officiel de l'UE. 

Août 2015 - avril 2016: nouvel accord de paix et gouvernement de coalition

Le 11 août 2015, plusieurs chefs rebelles, dont Peter Gadet, chef de guerre frappé par des sanctions de l’ONU, annoncent faire scission de la rébellion.

  • Le 26 aout 2015, un accord de paix est signé à Addis Abeba. Il établit un partage de pouvoir entre Salva Kiir, qui reste président et Riek Machar qui devra être son futur vice-président.
  • Le 3 novembre 2015 (suite à un mois de violences provoquées par la tentative de Salva Kiir de revoir la structure de son pays, à l'encontre de l'accord de paix signé en août) les parties au conflit du Sud Soudan parviennent à « un accord sur les arrangements en matière de sécurité ».

Le 12 octobre 2015, le Conseil des Affaires étrangères adopte des conclusions qualifiant la situation humanitaire dans le pays reste « catastrophique ». L'UE qui fournit actuellement un tiers environ de l'ensemble des financements humanitaires destinés au Soudan du Sud, entend demander que l'accord de paix « soit mis en œuvre dans son intégralité, en temps voulu, de manière efficace et sans exclusive ». L'UE est prête à « s'investir davantage » pour soutenir la mise en œuvre de cet accord de paix. Et elle « maintiendra son aide au développement en ciblant les besoins directs de la population », notamment la mise à disposition de services de base dans l'ensemble du pays. (conclusions)

  • Le 13 octobre 2015, l'Ouganda commence à retirer son contingent du pays en application de l'accord de paix, conclu le 26 août dernier.
  • Le 7 janvier 2016, le président Salva Kiir entérine la nomination de 50 députés rebelles et forme un nouveau gouvernement de transition, avec des représentants des différentes factions de l'opposition. C'est un pas vers la réconciliation
  • Les 18 et 19 février 2016, le camp de réfugiés de Malakal, protégé par les forces de la MINUSS est attaqué. On relève plus de 30 morts et 120 blessés.

Mercredi 2 mars 2016, le Conseil de sécurité de l'ONU proroge, à l'unanimité, les sanctions en vigueur contre le Soudan du Sud, « considérant que la situation dans la plus jeune nation du monde continue de menacer la paix et la sécurité internationales dans la région ».

En mai 2016, le représentant spécial de l’UE sonne l’alerte face à la menace d'un  génocide.

  • Le 29 avril 2016, un gouvernement de coalition est formé. Riek Machar est intégré dans un gouvernement d’union nationale en tant que vice-président.

Le 23 mai 2016, lors de leur réunion mensuelle, les ministres des Affaires étrangères de l'UE montrent leur inquiétude et demandent du concret dans les accords de transition *

Vers le renforcement de la mission de l'ONU, la MINUSS

Le 23 mai 2016, les ministres des Affaires étrangères, dans leurs conclusions, félicitent le gouvernement de coalition pour sa formation et l'encourage à « mettre en oeuvre tous les aspects de l'Accord de paix» mais également les accord avec les pays voisins, afin d'assurer la sécurité, le contrôle des frontières et d'autres questions.

  • Du 8 au 12 juillet 2016, la capitale Juba connait une vague de violence, faisant plus de 300 morts et 60 000 réfugiés supplémentaires. Les occidentaux évacuent massivement. L'ancien vice-président Riek Machar fuit le pays.

Lundi 18 juillet 2016, les ministres des Affaires étrangères s'expriment pour renforcer le mandat des casques bleus au Soudan du Sud * (MINUSS) et se montrent aussi favorables à la création, en son sein, d'une force de réaction rapide conduite par l'Union africaine. Ils soulignent aussi la nécessité d'adopter des sanctions plus importantes contre les différents responsables.

Le 8 août 2016, les représentants de la Troïka (la Norvège, le Royaume-Uni et les États-Unis), l'Allemagne et l'Union européenne se félicitent, dans un communiqué, de la signature d'une feuille de route par l'opposition et le gouvernement, destinée à mettre fin aux violences, notamment dans les régions du Darfour, du Sud-Kordofan et du Nil Bleu. 

Le 12 août 2016, le Conseil de sécurité de l'ONU adopte une résolution prévoyant l'envoi d'une force de protection, constituée de 4 000 soldats africains, et qui devra « utiliser tous les moyens nécessaires » pour assurer la paix à Juba, dans le cadre de la Minuss. Juba a fait savoir qu'il ne coopérerait pas avec cette force d'interposition.

Le 12 décembre 2016, les Européens se déclarent inquiets de l'aggravation du conflit demandant aux différents parties en cause de « mettre fin aux violences » et de « trouver un règlement politique juste et sans exclusive à leurs différences ». L'UE « continuera à faire respecter son propre embargo sur les armes » et demande « instamment » au Conseil de sécurité des Nations Unies « d'imposer un embargo sur les armes ». L'Union se dit prête à imposer de « futures mesures restrictives contre les personnes qui entravent le processus de paix et sa mise en œuvre, qui empêchent la MINUSS de s'acquitter de son mandat et qui empêche les acteurs d'exercer leurs obligations humanitaires ». (conclusions)

Vendredi 16 décembre 2016. Le Conseil de sécurité adopte une résolution prorogeant le mandat de la Mission des Nations Unies au Soudan du Sud (MINUSS) jusqu'au 15 décembre 2017. Les effectifs de police sont portés à 2.101 policiers au maximum. Le nombre de militaires reste inchangé à 17.000 personnes. le Secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, demande au Conseil de sécurité d'agir de manière concertée face à la détérioration de la situation au Soudan du Sud et de prendre notamment des mesures punitives. (communiqué)

Samedi 14 janvier 2017. La Mission des Nations unies au Soudan du Sud (MINUSS) confirme qu'elle continue ses discussions avec le gouvernement national de transition sud-soudanais sur la Force de protection régionale de 4.000 soldats, autorisée par le Conseil de sécurité en août 2016, qui n'a toujours pas été déployée. (communiqué)

Dimanche 29 janvier 2017. L'UE se joint à la déclaration de l'Union africaine et de l'ONU pour appeler à « une solution politique inclusive ». « La cessation immédiate des hostilités doit s'accompagner d'un processus de consultation politique qui soit représentatif de toute la population du Soudan du Sud. » L'UE est « prête à soutenir un tel effort et à renforcer et renforcer la coopération internationale en faveur du processus de paix ». (communiqué)

Mardi 21 février 2017. Une aide d'urgence de 82 millions € est annoncée par la Commission européenne  pour aider le pays à faire face à la famine, déclarée pour la première fois depuis l'indépendance du pays en 2011. (communiqué)

Mardi 7 mars 2017.  Suivant la décision du Comité 'sanctions' du Conseil de sécurité des Nations unies du 12 janvier 2017 (résolutions 1591 (2005) et 2206 (2015)), l'Union européenne actualise les informations de quatre personnes du Soudan et de six personnes du Soudan du Sud faisant l'objet de mesures restrictives. (décision et règlement Soudan / décision et règlement Soudan du Sud)

Lundi 8 mai 2017.  L'Union européenne et la troïka appellent le président du Sud Soudan, Salva Kiir, à « mettre en œuvre immédiatement son engagement en faveur d'un cessez-le-feu unilatéral » du 25 mars dernier. « Les forces gouvernementales continuent de cibler les civils en violation du droit des conflits armés », ce qui est « en conflit direct avec l'objectif déclaré du gouvernement d'une solution politique au conflit et entravent gravement la perspective d'un dialogue national crédible » indique l'UE. (communiqué)

Mardi 30 mai 2017. L'Union européenne, par la voix de la porte-parole de Federica Mogherini renouvelle son appel à la « libération immédiate » du docteur Ibrahim Mudawi. Les Européens dénoncent également des « retards dans l'enregistrement des ONG » ainsi que les arrestations, les détentions et les procès des défenseurs des droits de l'homme. (communiqué)

Jeudi 20 juillet 2017. La troïka (Norvège, Royaume-Uni et États-Unis) et l'Union européenne condamnent la poursuite de la violence au Soudan du Sud, en particulier l'offensive actuelle du Gouvernement du Sud-Soudan contre les forces SPLM-Opposition (SPLM-IO) près de Pagak. Ils attendent « avec impatience la revitalisation rapide d'un processus de paix inclusif et crédible par l'IGAD ». Des progrès sont nécessaires pour que la Troïka et l'UE puissent apporter de « nouvelles ressources aux institutions destinées à mettre en œuvre l'accord ». (communiqué)

(Leonor Hubaut)

Lire notre fiche sur La mission civile de renforcement des structures aéroportuaires « EUAVSEC Sud-Soudan »