N°83. Méditerranée. La Turquie face à l’Europe. La politique de la dynamite ou le dialogue (v3)

(B2) Entre forages sauvages, revendication de zone économique, intervention en Libye,  pression sur Chypre, la Turquie alterne en Méditerranée la politique de la dynamite et celle de la négociation. Sous la pression, entre dialogue et sanctions, les Européens hésitent à taper ce voisin proche, allié stratégique de l'OTAN

La Turquie a envoyé successivement plusieurs navires de forages et de repérage sismiques en Méditerranée orientale : le Fatih, le Yavuz et le Barbaros Hayrettin Paşa, sous escorte de la marine (crédit : Marine turque, 17 septembre 2020)

Les questions méditerranéennes ne sont pas les seuls sujets d'irritation de l'Europe avec le gouvernement d'Ankara. En 2015-2016, la crise migratoire (lié en bonne partie au conflit syrien) donne lieu à un double accord (sur initiative allemande) : militaire, d'une part, avec des patrouilles de l'OTAN en mer Egée (lire : Les navires de l’OTAN en mer Egée. Merci Angela !), politique, d'autre part, avec la conclusion en mars 2016 d'un accord entre Européens et Turcs, accompagné d'une « feuille de route » très précise (lire : L’accord avec la Turquie scellé. Le 1+1 commence ce dimanche). A cela s'ajoute d'une part la difficulté de la réunification chypriote (lire notre dossier N°48. La réunification chypriote : une négociation de longue haleine) et la politique offensive turque en Syrie, notamment contre les Kurdes syriens (lire notre dossier N°76. La mise en place d’une zone de sécurité turque dans le Nord-Est de la Syrie. Un changement de donne dans le conflit syrien)

2018. Premiers incidents, premiers avertissements

Vendredi 9 février 2018, la Turquie empêche le navire de forage Saipem 12.000, appartenant au pétrolier italien ENI, d'arriver sur sa zone visé, au sud-Est des côtes de Chypre. Officiellement pour des « raisons de sécurité », en raison d'exercices militaires dans la zone. La réalité est plus politique. Pour les Turcs, Chypre a divisé la Méditerranée orientale en 13 parcelles, et cédé l'exploitation de ces parcelles pour des forages gaziers à des compagnies étrangères (l'Italien ENI, le Français Total et l'Américain ExxonMobil). Or ni la Turquie ni Chypre turque n'ont accepté ce système de parcelles. Lire dans Daily Sabah : EU, Greece increasing tension in Cyprus

Lundi 13 février 2018, nuit de mardi, le patrouilleur des garde-côtes turc Umut (703) percute un patrouilleur des garde-côtes grecs, Gavdos 090, en mer Égée orientale. Choc entre un patrouilleur turque et un patrouilleur grec en mer Egée

Mardi 27 février 2018, malgré d'intenses négociations, le navire de forages italien, bloqué au large de Chypre par la marine turque, préfère rebrousser chemin.

Jeudi 1er mars 2018, deux officiers grecs sont arrêtés, alors qu’ils patrouillaient à la frontière gréco-turque. Ils restent détenus durant plusieurs jours. Lire : Les deux soldats grecs toujours détenus en Turquie. L’Europe veut une solution en douceur.

Jeudi 22 mars 2018, sommet européen, les '28' Chefs d'État et de gouvernement réunis à Bruxelles condamnent « fermement les actions illégales que la Turquie continue de mener en Méditerranée orientale et en mer Égée » et affirment leur « solidarité pleine et entière avec Chypre et la Grèce ». L’action illégale de la Turquie au large de Chypre condamnée par les 28

Lundi 16 avril 2018, le secrétaire général de l'OTAN, Jens Stoltenberg réaffirme à Istanbul, en plein conflit syrien, la solidarité de l'Alliance atlantique avec la Turquie. (communiqué)

♦ Jeudi 7 juin 2018, le ministre turc des Affaires étrangères Mevlut Cavusoglu menace l'Union européenne d'ouvrir les frontières européennes aux migrants « Nous avons un accord sur les migrants avec l'UE, qui est actuellement en vigueur. Nous avons également un accord de réadmission bilatéral avec la Grèce, [mais] pour l'instant nous suspendons cet accord. Nous poursuivrons notre travail envers la Grèce après la décision finale de la Cour », selon la presse.

Jeudi 22 novembre 2018, la cheffe de la diplomatie européenne, Federica Mogherini, avec Johannes Hahn, commissaire chargé du Voisinage, réaffirment à Ankara leur intérêt pour une relation UE-Turquie stable. (déclaration)

2019. Les Turcs forent, les Européens tergiversent

Vendredi 3 mai 2019, Ankara publie un message 'Navtex' indiquant son intention d'opérer des forages de gaz jusqu'en septembre au large de Chypre (dans la zone économique exclusive chypriote). Un navire, le Fatih, est envoyé sur place.

Samedi 4 mai 2019, l'Union européenne exprime sa « profonde préoccupation » après l'intention de la Turquie de faire de nouveaux forages « dans la zone économique exclusive de Chypre ». Soit au nord de l'île, que la Turquie reconnaît comme la République turque de Chypre du nord, un état indépendant de Chypre. Inquiétude également des Américains.

Le 6 juin 2019, l'île de Chypre émet un mandat d'arrêt contre l'équipage du navire de forage 'Fatih'

Mercredi 12 juin 2019, le parlement néerlandais (Seconde Chambre) demande formellement au gouvernement de mettre fin aux négociations d'adhésion avec la Turquie.

Vendredi 14 juin 2019, réunis en sommet à La Valette (Malte) les pays méditerranéens de l'Union européenne (Med7- lancent un ultimatum. « Si la Turquie ne cesse pas ses actions illégales, nous demanderons à l'UE d'envisager des mesures appropriées ».

Mardi 18 juin 2019, conseil des Affaires générales de l'UE, les ministres des Affaires européennes des '28' menacent de sanctions la Turquie pour ses « activités illégales » de forages exploratoires de gaz et de pétrole dans la zone économique exclusive chypriote. Dans leurs conclusions, les ministres des '28' donnent mandat à la Commission européenne et la Haute représentante Federica Mogherini pour « présenter sans délai des options concernant des mesures appropriées ». (conclusions)

Jeudi 20 juin 2019, sommet européen, les chefs d'États et de gouvernement de l'UE condamnent « fermement » les forages turcs en Méditerranée orientale. Les '28' montent le ton et agitent la menace des sanctions.

— Ankara envoie un second navire, le Yavuz, au nord-est du pays, près de la péninsule du Karpas, complétant ainsi les repérages du premier navire le Fatih présent à l'ouest du pays depuis début mai.

Lundi 8 juillet 2019, la deuxième opération de forage au nord-est de Chypre « constitue une nouvelle escalade inacceptable en violation de la souveraineté de Chypre », réagit la Haute représentante Federica Mogherini, rappelant les conclusions de juin. (communiqué)

Jeudi 11 juillet 2019, les ambassadeurs des '28' s'accordent sur quatre mesures pour réagir aux « activités de forage illégales en cours et nouvelles de la Turquie ». Texte adopté par procédure de silence vendredi 12 juillet, en prélude à la réunion des Affaires étrangères de lundi.

♦ Lundi 15 juillet 2019, les ministres des Affaires étrangères sont prêts à prendre des mesures afin de réagir aux « activités de forage illégales en cours et nouvelles de la Turquie », dont une coupe de 145,8 millions d'euros dans les fonds européens (de pré-adhésion) destinés à la Turquie en 2020. Le Conseil de l'UE prend des mesures.

Vendredi 4 octobre 2019,  à 45 milles marins au large de la côte sud de Chypre est ajoutée à l'ordre du jour. La « possibilité de prendre des mesures ciblées » est évoquée, comme la Haute représentante de l'UE, Federica Mogherini, le rappelle dans un communiqué.

Mercredi 9 octobre 2019, l'armée turque franchit la frontière avec la Syrie. L'opération 'Source de Paix' (Peace Spring) démarre. Objectif affiché : débarrasser des terroristes du YPG/PKK et de Daech, et créer une zone sécurisée pour favoriser le retour des réfugiés syriens dans leur pays. Lire : L’Union européenne appelle la Turquie à mettre fin à son intervention en Syrie. L’OTAN bafouille. Donald Trump s’embrouille.

La plupart des pays européens suspendent l’exportation des armes vers la Turquie. Mais avec de singulières nuances.

Vendredi 11 octobre 2019, les activités illégales de forage et la présence de navires militaires turques dans la zone économique exclusive de Chypre sont condamnées par le président du Conseil européen Donald Tusk en déplacement à Nicosie (Chypre).

Lundi 14 octobre 2019, conseil des ministres des Affaires étrangères. Les 28 tombent d’accord pour sanctionner la Turquie pour deux motifs : son offensive militaire en Syrie et son action de forages illégaux au large de Chypre. Le Royaume-Uni résiste. Lire : Exportation d’armes vers la Turquie : les mesures prises par les Européens et Alliés. Si les pays européens sont tous d'accord pour limiter les exportations d’armes vers la Turquie, et non d'avoir un embargo total, ce n'est pas sans raison. Certains pays sont des fournisseurs importants comme le Royaume-Uni, l'Italie, la France et l'Espagne.

Jeudi 17 octobre 2019, sommet européen, les chefs d'État et de gouvernement des '28' « endossent » les décisions de leurs ministres et « réaffirment leur solidarité avec Chypre ». Pas plus. Le président du Parlement européen, David Sassoli, appelle les '28' à sanctionner plus durement la Turquie, face à son attitude en Syrie

Jeudi 24 octobre 2019, le Parlement européen adopte à une large majorité une résolution, demandant la mise en place d'un embargo sur les armes et des mesures économiques ciblées.

Mercredi 6 novembre 2019, les ambassadeurs de l'UE n'arrivent pas à s'entendre sur le dispositif de sanctions sur les forages en Méditerranée orientale. Le problème est juridique, mais aussi politique. La Hongrie et la Suède expriment des réserves.

Lundi 11 novembre 2019, conseil des Affaires étrangères de l'UE. Les ministres adoptent le cadre de sanctions contre des personnes ou entités responsables de forages en Méditerranée au large de Chypre. Sans nom pour l'instant.

Mercredi 27 novembre 2019, le président turc Recep Tayyip Erdogan signe un memorandum avec Fayez El Sarraj son homologue libyen pour délimiter une zone économique exclusive en Méditerranée

Mardi 3 décembre 2019, le torchon brûle entre Athènes et Ankara après le protocole bilatéral signé entre la Turquie et le gouvernement libyen de Tripoli sur une zone économique exclusive en Méditerranée orientale. Le ministre grec des Affaires étrangères Nikos Dendias rencontre Josep Borrell, le nouveau chef de la diplomatie européenne à Bruxelles, pour l'exhorter « à entreprendre toutes les actions nécessaires ».

Les 3 et 4 décembre 2019, sommet de l'OTAN à Londres. Discussion franche et ouverte à l’OTAN sur la Turquie sans solution. La blessure entre alliés demeure et un véritable chassé croisé avec la Turquie au sommet de l'OTAN. Lire notre dossier N°77

Lundi 9 décembre 2019, réunion des ministres des Affaires étrangères de l'UE, la Turquie fait partie des sujets. Lire : Palabres et décisions au Conseil des Affaires étrangères (9 décembre 2019). Le point.

Jeudi 12 décembre 2019, sommet européen, les '28' rappelle ses conclusions des 22 mars, 20 juin et 17 octobre 2019 et réaffirme « sans équivoque sa solidarité avec Chypre ». Les Européens condamnent le mémorandum signé entre la Libye et la Turquie sur la délimitation des zones maritimes en Méditerranée (ZEE). Illégal ! disent-ils

— les frégates française Surcouf (F-711) et italienne Federico Martinengo (F-596) mènent des exercices avec le patrouilleur chypriote Commodore Andreas Ionnades.

2020. Premières sanctions européennes. La France hausse le ton

Vendredi 5 janvier 2020, le président turc Recep Tayip Erdogan est accueilli par le président français Emmanuel Macron. Le président français propose un autre format de « coopération » pour les relations UE-Turquie. Le « dialogue […] doit être repensé, reformulé dans un contexte plus contemporain et prenant en compte les réalités aujourd’hui qui sont les nôtres ».

Lundi 20 janvier 2020, réunion des ministres des Affaires étrangères de l'UE. « Nous nous sommes mis d'accord de demander aux parties concernées d'avancer et de finaliser la liste des personnes et entités impliquées dans ces activités illégales, afin de mettre en œuvre la décision sur les sanctions », indique le Haut représentant de l'UE, Josep Borrell.

Jeudi 27 février 2020, l'Union européenne gèle les avoirs et interdit d'entrée dans l'UE de deux personnes responsables des forages. Décision adoptée sans débat (point A) au conseil des ministres de l'Industrie (format 'Compétitivité') et immédiatement entrée en vigueur.

Vendredi 6 mars 2020, gymnich de Zagreb, les ministres des Affaires étrangères de l'UE, réunis de façon informelle, admonestent Ankara, pour les évènements créés par la menace de la pression migratoire de la Turquie à la frontières gréco-turque. Un triple message à la Turquie, à la Russie et à la Syrie. La déclaration des 27

Lundi 9 mars 2020, mini-sommet, le dirigeant turc Recep Tayyip Erdoğan est à Bruxelles pour deux réunions successives : avec l'OTAN, à l'ambassade turque, au Conseil européen avec Charles Michel (Conseil européen) et Ursula von der Leyen (Commission européenne). Lire : Ankara et Bruxelles tentent de renouer les fils du dialogue

Vendredi 15 mai 2020, conseil des ministres des Affaires étrangères. Les 27 unis face aux violations de la souveraineté de Chypre et de la Grèce par la Turquie. Un rappel à Ankara à respecter la souveraineté des États et le droit international.

Incidents en mer Méditerranée

Mercredi 27 mai 2020, la frégate française, le Forbin (D-620), fait décoller son hélicoptère de bord ‘Panther’ pour vérifier l’identité d'un navire suspect turc battant pavillon tanzanien, Cirkin, se dirigeant vers la Libye. Il est soupçonné de violer l’embargo sur les armes. Le commandant du navire ne répond pas.

Mercredi 10 juin 2020, le même navire Cirkin est détecté au sud-ouest de la Crète, se dirigeant vers la Libye. La frégate grecque FS Spetsai, participant à l'opération Irini, interroge le navire un peu avant 4h UTC (7h locales). Sans réponse. Les navires militaires turcs qui accompagnent le navire marchand refusent toute fouille.
— Nouveau refus quelques heures plus tard pour la frégate italienne ITS Carabinieri, qui participe à l'opération Sea Guardian de l’OTAN, à 13h UTC (16h locales).
— Troisième refus circonstancié à 17h UTC (20h locales) face à la frégate française Courbet (F-712), de l'opération Sea Guardian. Le Courbet est l'objet, à trois reprises, d'une « illumination radar » (dernier avertissement avant conduite du feu) par la frégate turque Gökova. Une passe d'armes inacceptable à Paris. L'attaché militaire turc est convoqué.

Mardi 16 juin 2020, Florence Parly s'entretient par téléphone avec le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg sur cet incident naval, inhabituel entre alliés.

Mercredi 17 juin 2020, le sujet du 'Cirkin' est évoqué en réunion (par vidéoconférence) des ministres de la Défense de l'OTAN. « Le principal obstacle à l'établissement de la paix et de la stabilité en Libye réside aujourd'hui dans les violations systématiques de l'embargo sur les armes des Nations unies » dénonce le Quai d'Orsay, citant nommément la Turquie. (déclaration)

Jeudi 18 juin 2020, le secrétaire général de l'OTAN, Jens Stoltenberg, annonce l'ouverture d'une enquête sur l'incident dénoncé par la France avec des navires turcs, lors d'une opération de contrôle de l'embargo de l'ONU sur les livraisons d'armes à la Libye

Lundi 22 juin 2020, Paris hausse le ton. « La Turquie joue en Libye un jeu dangereux et contrevient à tous ses engagements pris lors de la conférence de Berlin », assène le président français Emmanuel Macron, face à la presse et le président tunisien. En Libye, la Turquie joue un jeu dangereux. L’OTAN est en mort cérébrale (bis)

Mercredi 1er juillet 2020, devant l'Assemblée nationale française, l’ambassadeur turc à Paris s’explique sur l'incident naval entre France et Turquie : « Nous avons été provoqués ».

Une amorce de dialogue est-l possible ?

Lundi 6 juillet 2020, le Haut représentant de l'UE Josep Borrell est à Ankara pour rencontrer le ministre turc des Affaires étrangères, Mevlut Çavuşoğlu. Entre les Européens et la Turquie rien ne va plus, mais tout doit aller mieux !

Lundi 13 juillet 2020, les ministres des Affaires étrangères des '27' mandatent leur Haut représentant Josep Borrell sur un double mandat : oeuvrer à la désescalade des tensions et se préparer à l'hypothèse contraire. Les Européens sont partagés entre le camp pour des mesures fortes, comme des sanctions, et le camp pro-dialogue. 

— La Turquie, « cela fait quelques années que c'est un caillou dans la chaussure » des Européens lâche le ministre allemand des Affaires étrangères, Heiko Maas, devant la commission des Affaires étrangères (AFET) du Parlement européen. Il parle d'une « fenêtre de tir jusqu'à septembre », pour trouver un accord sur la Méditerranée orientale, et les droits maritimes avec la Grèce.

Mardi 21 juillet 2020, la marine grecque est placée en état d’alerte élevé après la décision turque d’envoyer un de ses navires procéder à des recherches dans la zone économique exclusive grecque.

Jeudi 23 juillet 2020, le président français Emmanuel Macron recevant le président chypriote Níkos Anastasiádes à Paris, rappelle la « pleine solidarité de la France avec Chypre, mais également avec la Grèce, face aux violations de leur souveraineté par la Turquie ».

Vendredi 24 juillet 2020, Margaritis Schinas, vice-président de la Commission européenne, lance un appel solennel à Ankara dans une réponse à B2 : « C’est à la Turquie maintenant de décider, une fois pour toutes, sur son choix géopolitique afin de savoir de quel coté de l’histoire, elle veut faire faire partie. »

Jeudi 6 août 2020, Grèce et Égypte annoncent un accord bilatéral de démarcation maritime. Il empêche la réalisation de la grande zone maritime issue de l'accord turco-libyen. Ankara reprend ses relevés sismiques en envoyant le navire turc Oruc Reis, sous escorte de la marine turque, dans une zone entre Crète (sud de la Grèce) et Chypre.

 Jeudi 13 août 2020, la France décide de renforcer sa présence maritime et aérienne au large de la Grèce.

Vendredi 14 août 2020, réunion exceptionnelle des Affaires étrangères à Bruxelles. Les forages exploratoires turcs en Méditerranée orientale sont à l'agenda. « La liste des sanctions que nous avons demandées aux services de l'UE est en cours d'élaboration », indique le ministre grec des Affaires étrangères, Nikos Dendias. (communiqué en grec)

Dimanche 16 août 2020, Ankara annonce la reprise des activités de forage par le navire Yavuz dans une zone chypriote, qui a été délimitée avec l'Égypte.

— Le Haut représentant de l'UE, Josep Borrell, appelle la Turquie à mettre fin à ses activités « immédiatement ». (communiqué)

Mardi 25 août 2020, le ministre allemand des Affaires étrangères Heiko Maas continue sa médiation. Il rend visite à ses homologues grec (Nikos Dendias) et turc (Mevlüt Cavusoglu). (communiqué)

Mercredi 26 août 2020, les marines grecque, chypriote avec le renfort de l’Italie et de la France démarrent un exercice aéronaval en Méditerranée orientale

♦ Jeudi 27 août 2020, la Turquie concluent formellement deux accords avec le gouvernement d'entente nationale libyen (Tripoli), l'un pour fixer une délimitation de la zone économique exclusive (ZEE) (dans des zones considérées par la Grèce comme relevant de son plateau continental grec), l'autre pour un soutien militaire et de défense.

Vendredi 28 août 2020, gymnich de Berlin. Lors de leur réunion informelle, les ministres des Affaires étrangères n'arrivent pas à se mettre d'accord sur de nouvelles sanctions vis-à-vis d'Ankara. Entre sanctions et dialogue avec la Turquie, les Européens s’essaient au funambulisme.

[Analyse] septembre 2020, les tensions avec la Turquie ne sont pas sans conséquence au sein de l'Alliance. Lire : La Turquie provoque. L’Alliance atlantique s’enrhume. La relation OTAN-UE bloquée

Jeudi 3 septembre 2020, Jens Stoltenberg annonce un premier accord avec « les dirigeants grecs et turcs ». Les deux alliés sont « convenus d’entamer des pourparlers techniques à l’OTAN pour définir des mécanismes de déconfliction militaire afin de réduire le risque d’incidents et d’accidents en Méditerranée orientale ». Du côté grec, on refuse tout accord « tant que les navires turcs resteront » dans la zone grecque, comme le précise le ministre des Affaires étrangères Nikos Dendias. Lire : Entre Grèce et Turquie, l’OTAN veut s’impliquer. Mais pas trop. Un mécanisme de déconfliction à l’étude

Jeudi 10 septembre 2020, sommet Med7. Les Méditerranéens menacent la Turquie de sanctions. « L'Europe doit parler d'une voix plus unie et plus claire » face au gouvernement turc qui « n'est plus un partenaire », tonne le président français Emmanuel Macron.

Dimanche 13 septembre 2020, le navire de recherche sismographique turc Oruc Reis rentre de la zone grecque au port d’Antalya dans la nuit de samedi à dimanche. Ankara choisit donc d'apaiser les tensions en ne renouvelant pas son avis de navigation (NavTex) comme il l'avait menacé. Aucun changement dans la zone chypriote.

Mardi 22 septembre 2020, mini-sommet, les relations UE-Turquie et la mise en place d'un dialogue direct avec la Grèce sont discutés lors de la réunion (par visioconférence) entre le président turc, Recep Tayyip Erdogan, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, et le président du Conseil européen, Charles Michel. Lire : Carnet 25.09.2020. Lors de son discours à l'Assemblée générale de l'ONU, Erdogan propose l’organisation d’une conférence régionale avec la participation de tous les acteurs de la Méditerranée orientale « pour une solution juste et équitable dans la région » selon l'agence Anadolu. Il y met une condition, la participation des Chypriotes-turcs.

♦ Jeudi 1er octobre 2020, sommet européen, la Turquie est le point central des Chefs d'État et de gouvernement des '27'. Le dîner se prolonge fort tard dans la nuit, pour terminer par un accord entre les 27 à 1 heure du matin. Lire : Un agenda positif avec la Turquie si Ankara arrête provocations et initiatives unilatérales

— Un nouveau point de dissension apparait : l'engagement turc en Azerbaïdjan. Lire : Des combattants djihadistes syriens déployés par la Turquie au Haut Karabagh, dénonce E. Macron

Lundi 5 octobre 2020, le navire de forage turc Yavuz quitte le bloc 6, de la zone économique exclusive au sud-ouest de Chypre

Samedi 10 octobre 2020, les forces maritimes turques annoncent, via un message NavTex, l'envoi du navire de recherches sismique Barbaros Hayreddin Pasa du 10 octobre au 9 novembre dans la région de Méditerranée orientale selon TRT. Il est localisé lundi (12.10) par B2 au large de Paphos (Chypre).

Mercredi 14 octobre 2020, le ministre de l'Énergie Fatih Donez annonce le retour dans la zone grecque du Oruç Reis (alias Barberousse). « La Grèce n'a pas tenu ses promesses » avance comme prétexte Recep Tayyip Erdogan devant le groupe des parlementaires de l'AKP. Les forces navales turques « continuent d’escorter et d’assurer la protection » du navire indique le ministère de la défense. « Protecteurs déterminés et inlassables de nos droits et intérêts dans nos zones de juridiction maritimes. »

Samedi 17 octobre 2020, le dirigeant turc Recep Tayyip Erdogan promet une visite à bord du Oruç Reis, qui est accompagné de deux navires off shore turcs Cengiz Han et Ataman. Il est localisé samedi matin à hauteur de l'île grecque de Karpathos, hors de la zone des 12 miles des eaux territoriales turques.

... à suivre

(dossier assemblé par Nicolas Gros-Verheyde, Hannah Guérin st.)

Mis à jour 3.10 (sommet européen + dates supplémentaires), 12.10 (nouveaux forages)

Lire aussi nos dossiers :

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).

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