N°62. L’initiative européenne d’intervention (V3)

(B2) L'initiative européenne d'intervention (IEI ou EI2) est née du côté français afin de remédier aux défauts de la coopération structurée permanente (PESCO), jugée très éloignée de l'idée de départ — un noyau dur pour les pays volontaires — , trop peu opérationnelle et trop ouverte à tous au goût des Français

(crédit : DICOD / MOD France)

Mardi 26 septembre 2017, dans un discours prononcé à l'université de Paris La Sorbonne, le président français Emmanuel Macron entend placer haut une ambition pour l'Europe. L’Europe de 2024 sera selon Macron : souveraine, stratégique, autonome. Il présente en quelques mots une « initiative européenne d’intervention »*, qui suscite quelques interrogations et mérite quelques explications.

Jeudi 18 janvier 2018,  réunis à Sandhurst, le président français (Emmanuel Macron) et la Première ministre britannique (Theresa May) réaffirment leur volonté soutenir l’Initiative. « Cela permettra de créer au sein d’un groupe d’États européens les conditions d’engagements à venir dans divers scénarios d’intervention militaire ». Lire : Sommet franco-britannique de Sandhurst : agir de concert dans la défense et la sécurité

Fin janvier 2018, B2 donne les premiers pas concrets sur l'EI2. Lire : L’initiative européenne d’intervention se prépare pour l’été

Vendredi 20 avril 2018, la ministre néerlandaise de la Défense confirme devant la commission Défense de la Seconde chambre que les Pays-Bas voient de façon « positive » leur participation à l'IEI.

Mercredi 25 avril 2018, la Chancelière allemande Angela Merkel décide de faire pencher la balance en faveur de l'Initiative. « Nous fabriquons des avions ensemble, nous formons des escadrons communs, nous effectuons des missions conjointes à l'étranger. Par conséquent, cela n'est cohérent que si nous concevons ensemble la formation et les opérations », dit-elle en inaugurant le salon aéronautique ILA à Berlin.

Vendredi 4 mai 2018, B2 révèle les différents scénarios de travail et la liste des dix pays participants qui sera reprise ensuite par plusieurs médias. Lire : l’initiative européenne d’intervention prend forme.

Samedi 5 mai 2018, en marge de la réunion informelle des ministres de la Défense de Sofia, la Haute représentante Federica Mogherini et et la ministre française des Armées Florence Parly, ont un entretien bilatéral consacré à la PESCO et l’initiative européenne d’intervention. Objectif : clarifier les choses et éviter que la seconde fasse de l'ombre à la première.

Lundi 28 mai 2018, face aux quelques critiques qui se sont fait entendre dans les États membres, la ministre française des Armées Florence Parly tient à défendre l'Initiative européenne d'intervention. Elle n'est ni en concurrence ni en remplacement d'autres initiatives, mais plus ambitieuse et opérationnelle. Lire : L’initiative européenne d’intervention (EI2) sera « non inclusive », je l’assume (Florence Parly).

Dimanche 3 juin 2018, dans une interview au quotidien allemand Frankfurter Allgemeine Zeitung (FAZ), la Chancelière allemande Angela Merkel marque officiellement son accord sur l'Initiative mais avec une condition : que celle-ci soit inclue dans la Coopération structurée permanente (PESCO). Lire: Initiative d’intervention, Asile, Zone euro… Le ‘Oui mais’ de Angela Merkel aux propositions d’Emmanuel Macron.

Lundi 4 juin 2018, la date choisie pour la signature de la lettre d'intention est reportée à fin juin. Tout n'est pas encore prêt. Plusieurs pays, dont l'Allemagne expriment leur réticence à voir la France conduire totalement le projet en marge des autres projets existants. Lire: Initiative européenne d’intervention : entre Paris et Berlin, un crouton dans le potage*.

Mardi 19 juin 2018, au château de Meseberg, près de Berlin, la Chancelière allemande Angela Merkel accepte d'avoir une initiative européenne d'intervention, qui sera en lien « le plus étroit possible » avec la coopération structurée permanente (PESCO). Lire : Défense, Migrations, Zone Euro, l'accord franco-allemand de Meseberg.

Lundi 25 juin 2018, à Luxembourg les ministres de la Défense des neuf pays concernés signent la lettre d'intention en marge de la réunion des ministres de la défense l'UE. Lire : Huit pays adhèrent à l’initiative européenne d’intervention d’E. Macron. La lettre d’intention signée. La ministre française des Armées Florence Parly explique la philosophie fédérer les pays militairement capables et politiquement volontaires. NDLR : l'Italie, invitée, a préféré remiser sa signature à plus tard.

Jeudi 30 août 2018, le gouvernement finlandais annonce officiellement, lors de la visite du président français Emmanuel Macron à Helsinki, que la Finlande rejoint l’initiative européenne d’intervention.

Mercredi 7 novembre 2018, le ministre finlandais de la Défense signe la lettre d'intention de l'IEI. Première réunion officielle des dix ministres de la Défense de l'IEI à Paris. Lire : IEI : une première interministérielle en demi-teinte

Vendredi 9 novembre 2018, première réunion des chefs d'état-major des pays membres de l'IEI. Lire : IEI : au tour des opérationnels de plancher. Une rencontre « de bon niveau » (Gén. de Saint-Quentin)

Juin 2019, les Néerlandais qui devaient mener un des groupes de travail-phare de l'IEI, sur l'intervention en situation de catastrophes, auraient indiqué qu'ils ne pourraient pas poursuivre leur travail à temps. Un coup dur.

*Dimanche 14 juillet 2019, le président français Emmanuel Macron reçoit à déjeuner une dizaine de dirigeants européens qui participent à l’IEI. Un moyen de relancer politiquement une initiative qui s’est un peu enlisée dans des sables ‘techniques’… et peut-être également de discuter un peu politique européenne (notamment du soutien nécessaire à la candidate à la Commission européenne, Ursula von der Leyen). Lire : Les coopérations européennes à l’honneur du 14 juillet

*© Vendredi 20 septembre 2019, réunion ministérielle sous présidence néerlandaise. Les candidatures de la Norvège et de la Suède pour rejoindre l'IEI sont un des sujets discutés. Si la candidature d’Oslo ne fait pas de doute, celle de Stockholm pourrait être plus disputée. « Les Français notamment ne sont pas franchement enthousiastes à l’idée de voir un des pays qui est le moins 'opérations' » rejoindre cette initiative, précise une source européenne à B2. Lire : Deux petits nouveaux dans l’initiative européenne d’intervention

*Novembre 2019, le président français Emmanuel Macron confirme que la Grèce pourrait participer. Athènes deviendrait ainsi le 14e membre de cette initiative menée par la France, après l'adhésion de la Norvège et la Suède, suivies de l'Italie.

*—Avec huit groupes de travail, le ‘club de planification stratégique’ de l’IEI prend forme. La faire grandir davantage n'est pas la priorité, du moins de l'avis des Français (et Britanniques) à l'inverse des Allemands qui ont un autre avis.

*Jeudi 19 mars 2020, les ministres de la Défense des 12 pays membres de l'IEI, s'entretiennent par visioconférence sur la gestion de crise face à l'épidémie du Covid-19. Les échanges portent sur « le partage d’appréciation de la situation » et sur les « stratégies » adoptées par chacun des ministères de la Défense pour assurer la « continuité des opérations ». (communiqué)

*Jeudi 7 mai 2020, réunion des treize pays membres au niveau des ministres de la Défense. Parmi les sujets discutés : les premières leçons du rôle des forces armées dans la crise du Covid-19 et les étapes suivantes, la situation au Sahel et le partenariat avec l’Afrique, la coordination entamée entre les trois pays (France, Pays-Bas, Royaume-Uni) aux Caraïbes, et plus généralement la résilience dans la société.

*Vendredi 25 septembre 2020, une réunion ministérielle de l’Initiative européenne d’intervention sous présidence portugaise.

à suivre...

(Assemblé par Nicolas Gros-Verheyde, Hannah Guérin st.)

Lire les articles liés à l'initiative européenne d'intervention (IEI ou EI2)

mis à jour le 20.6 et le 25.6, le 15.11.2018, le 27.10.20

* article en lecture publique (blog)

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).

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