N°72. La crise dans le détroit d’Ormuz et le Golfe persique (v5)

(B2) Drones abattus, navires détournés, la crise dans le détroit d'Ormuz et le Golfe s'amplifie...

Dimanche 12 mai 2019, quatre navires — deux tankers saoudiens, Al-Marzoqah et Amjad (propriété de la compagnie nationale Bahri), le tanker norvégien Andrea Victory et une barge battant pavillon émirati, l’A. Michel — sont victimes d’actes de sabotage au large de Foujeyra, dénoncent les autorités émiraties (Emirats arabes unis).

Jeudi 13 juin 2019, deux tankers, l'un norvégien, le MT Front Altair, et l'autre japonais, le MT Kokuka Courageous, sont victimes d'une explosion à bord, d'origine inconnue (attaque par mine ou torpille). Une action des gardiens de la révolution iraniens, dénonce Washington. Londres confirme être « presque certain » de l'implication des 'pasdarans'. Téhéran dément. Lire : Les États-Unis accusent l'Iran d'action militaire dans le Golfe

Jeudi 20 juin 2019, l'Iran affirme avoir abattu un drone américain de type RQ-4 Global Hawk au-dessus de Kouhmobarak.

Vendredi 21 juin 2019. réunis au sommet, les dirigeants européens n'ont pas discuté de la situation dans le Golfe après la nouvelle escalade entre l'Iran et les États-Unis. Ni le drone US abattu par Téhéran ni la réplique américaine heureusement interrompue ne semblent avoir fait battre d'un cil les Européens. Lire : Au bord d’un conflit Iran-USA, l’Europe préoccupée mais impuissante. Lire aussi notre éditorial : Face à la situation dans le Golfe, l’Europe atteinte de céphalée stratégique

♦ Jeudi 4 juillet 2019, les autorités de Gibraltar, territoire britannique, arraisonnent le Grace I, un navire iranien soupçonné de faire du trafic de pétrole à destination de la Syrie. Une opération qui intervient après une « demande adressée par les États-Unis au Royaume-Uni » assure le ministre espagnol des Affaires étrangères (et futur Haut représentant), Josep Borrell. La Cour suprême de Gibraltar prolonge le 19 juillet de trente jours sa détention.

Mercredi 10 juillet 2019, la frégate britannique HMS Montrose déjoue une attaque iranienne sur un tanker britannique. Plusieurs vedettes rapides des gardiens de la révolution iraniens entourent un tanker britannique British Heritage qui vient de pénétrer du détroit d’Hormuz. La frégate britannique HMS Montrose qui suit le pétrolier, pointe les armes de bord sur les Iraniens et leur ordonne de reculer. Ce qu'ils font, indique CNN.

Samedi 13 juillet 2019, le tanker emirati MT Riah, battant pavillon du Panama, est saisi par les gardiens de la révolution au sud de l'île iranienne de Larak. Il est accusé de transporter du pétrole de contrebande. Prise confirmée par les médias iraniens et les autorités du Panama.

Mardi 16 juillet 2019, le destroyer HMS Duncan de type 45 prend la route du Golfe pour rejoindre la frégate HMS Montrose et patrouiller dans la région, annonce la Royal Navy britannique. Le navire ravitailleur Wave Knight (A-389) devrait aussi suivre le même chemin début août dans le cadre d'un déploiement prévu de longue date. La frégate de type 23 HMS Kent devrait suivre plus tard dans l'année. Sur zone se trouvent déjà, dans le cadre d'un déploiement permanent (opération Kipion) dans la base navale de Bahreïn : quatre chasseurs de mines — HMS Ledbury (M-30), HMS Blyth (M-111), HMS Brocklesby (M-33) etHMS Shoreham (M-112) —, ainsi qu'un navire auxiliaire de débarquement, le RFA Cardigan Bay (L-3009).

Jeudi 18 juillet 2019, le président américain Donald Trump annonce que l’USS Boxer a détruit au-dessus du détroit d’Ormuz un drone iranien qui s’approchait dangereusement. De fait, ce sont deux drones non armés qui ont été abattus confirme le général Kenneth McKenzie : « Nous pensons que deux drones ont été (ciblés) avec succès », dit le chef du CentCom à la chaîne CBS le 23 juillet.

♦ Vendredi 19 juillet 2019, les Gardiens de la révolution iraniens saisissent un pétrolier battant pavillon britannique, le Stena Impero, et le déroutent vers un port iranien. Explication officielle : une collision avec un navire de pêche. Personne n'y croit vraiment. Cela s'avère plutôt une mesure de rétorsion à l'arraisonnement du Grace I. Un second navire battant pavillon libérien (mais propriété d'une compagnie de transport britannique Norbulk Shipping), le Mesdar, est dérouté un moment pour « contrôle », mais est libéré dans la journée et reprend sa route sans encombre. Lire : La circulation dans le détroit d’Ormuz compromise. Les Européens en soutien à Londres

— Le commandement central américain des opérations au Moyen-Orient (CentCom) annonce qu'il planifie une opération dénommée 'Sentinel' pour sécuriser les routes maritimes dans le Golfe. L’opération Sentinel a pour « objectif de promouvoir la stabilité maritime, de garantir la sécurité du passage et de désamorcer les tensions dans les eaux internationales dans le golfe Persique, le détroit d’Ormuz, le détroit de Bab el Mandeb et le golfe d’Oman ». La volonté est de se coordonner avec les « alliés et partenaires en Europe, en Asie et au Moyen-Orient » afin de « protéger les couloirs vitaux de navigation ». Ils approchent plusieurs alliés : l'Allemagne, la Belgique, les Pays-Bas... pour fournir des moyens.

Samedi 20 juillet 2019, une réunion ministérielle en format 'Cobra' est convoquée en urgence à Londres. Le ministre des Affaires étrangères exprime son « extrême préoccupation » dans une déclaration.

Dimanche 21 juillet 2019, les ministres français (Jean-Yves Le Drian) et allemand (Heiko Maas) s'entretiennent avec leur homologue britannique, Jeremy Hunt, sur la situation dans le détroit d'Ormuz, confirme-t-on du côté britannique.

Lundi 22 juillet 2019, Jeremy Hunt, le ministre britannique des Affaires étrangères (pour quelques heures encore) annonce le lancement d'une force sous commandement européen pour assurer la protection des navires naviguant dans le Golfe. Lire : Londres lance une force ‘européenne’ de protection maritime dans le Golfe. Les Français répondent présent

Mardi 23 juillet 2019, les ambassadeurs du Comité politique et de sécurité (COPS) de l'UE sont 'briefés' sur la volonté britannique de créer une force de protection maritime. Ils affirment leur soutien au Royaume-Uni. Le ministre français Jean-Yves Le Drian confirme le soutien français. Lire : Vers une opération maritime combinée franco-germano-britannique dans le détroit d’Ormuz. Les discussions continuent

Jeudi 25 juillet 2019, le nouveau gouvernement britannique dirigé par Boris Johnson (Tory) confirme l'ordre d'escorte. « La Royal Navy a été chargée d'accompagner les navires battant pavillon britannique dans le détroit d'Ormuz, soit individuellement, soit en groupes, si un préavis suffisant leur est donné », déclare un porte-parole du gouvernement selon la BBC.

Jeudi 25 juillet 2019, neuf des douze membres indiens d'équipage du MT Riah détenus en Iran vont être libérés, indique le Times of India.

Mercredi 31 juillet 2019, une réunion a lieu à Bahrein entre les alliés à la demande des Britanniques pour organiser la protection maritime dans le détroit d'Ormuz.

— Les gardiens de la révolution iraniens saisissent un troisième tanker, selon  Bloomberg relayant une information de Sepah News (le média du corps iranien).

Lundi 5 août 2019, le gouvernement britannique annonce qu'il rejoint l'opération US dans le Golfe. Lire : Londres baisse sa culotte, abandonne l’idée d’une mission de protection maritime européenne et se rallie à l’opération américaine

Samedi 10 août 2019, trois chercheurs spécialistes de la défense allemande — Carlo Masala, Christian Mölling et Torben Schütz —publient une note, publiée prônant un soutien maritime allemand dans le détroit d'Ormuz et évalue les moyens nécessaires au plan européen. Lire : Les options allemandes pour une opération EUNAVFOR dans le détroit d’Ormuz. Des moyens un peu exagérés ?

Jeudi 15 août 2019, la Cour suprême de Gibraltar autorise le navire iranien Grace 1 à quitter le territoire britannique et rejette la demande américaine de prolonger l’immobilisation du navire. Un signe de décrispation qui fait suite à la prise par l’Iran d’un engagement écrit assurant que la cargaison du navire n’est pas destinée à un port syrien.

Vendredi 16 août 2019, la Pologne pourrait soutenir la mission militaire dirigée par les États-Unis visant à protéger les navires dans le Golfe, déclare le ministre polonais des Affaires étrangères, Jacek Czaputowicz, à l'agence allemande DPA. « Un soutien polonais aux efforts américains et britanniques est possible » (Carnet de veille 21.08.2019).

Jeudi 29 août 2019, réunis à Helsinki, pour leur traditionnel 'gymnich', les ministres des Affaires étrangères de l'UE mettent la pédale douce sur une opération à Ormuz. Ce n'est pas une priorité par la plupart des ministres de l'UE qui préfèrent la voie diplomatique avec l'Iran. Mais une mission d'échange d'informations reste toujours à l'étude. Ils donnent, en revanche, ils ouvrent la porte à un mécanisme de présence maritime coordonnée). Mécanisme « préparé sans être lié à une tension particulière » précise Federica Mogherini, et non lié aux tensions dans le détroit d'Ormuz.

Mercredi 4 septembre 2019, l'Iran annonce avoir libéré sept membres de l'équipage du Stena Impero, dont les marins letton et russe et cinq Indiens. (Carnet de veille 06.09.2019)

Samedi 14 septembre 2019, deux installations pétrolières du saoudien Aramco, à Abqaiq et à Khurais, sont ciblées par une attaque de drones, provoquant l'arrêt de la production. Attaque revendiquée par les rebelles yéménites houthistes. Mais personne n'y croit. L'Arabie saoudite et les États-Unis pointent immédiatement le doigt vers l'Iran. « Téhéran est derrière une centaine d’attaques contre l’Arabie saoudite » indique le secrétaire d'État US, Mike Pompeo, sur twitter. Les Européens restent plus prudents (Carnet 18.09.2019).

Lundi 23 septembre 2019, les 'E3', le président français Emmanuel Macron, la chancelière allemande Angela Merkel et le Premier ministre britannique Boris Johnson, attribuent l’attaque par drones sur l’Arabie Saoudite à l’Iran

Lundi 23 septembre 2019, le porte-parole du gouvernement iranien Ali Rabiei indique que le navire battant pavillon britannique Stena Impero est « libre de ses mouvements », selon l'agence iranienne Isna. Le navire et son équipage sont « arrivés à bon port à Dubai » le 28 septembre après-midi, confirme Erik Hanell, le président de la compagnie Stena Bulk.

Mercredi 25 septembre 2019, le président iranien Rohani présente devant l'assemblée générale de l'ONU une initiative pour la « coalition de paix pour le détroit d’Ormuz » (HOPE), invitant les voisins régionaux de l’Iran à « coopérer ensemble pour assurer la sécurité de la région », selon la télévision iranienne.

Le HMS Duncan en escorte de navire marchand (Crédit : UK Royal Navy)

Samedi 28 septembre 2019, le HMS Duncan britannique revient à son port d'attache de Plymouth, après 7 mois en mer, et avoir parcouru 29 fois le détroit d'Ormuz pour escorter des navires. Plus de sept millions de tonnes de marchandises ont été escortées depuis le début de la mission de sécurité maritime dans le Golfe en juillet, annonce la Royal Navy.

• début octobre 2019 (éditorial) Malgré des annonces sensationnelles, l’opération américaine dans le détroit d'Ormuz a comme un goût d’échec diplomatique. La plupart des pays européens sollicités ont répondu 'non' ou n'ont pas vraiment répondu à la demande US (exception faite du Royaume-Uni). Une première dans l'histoire des opérations montées par les États-Unis.

Jeudi 7 novembre 2019, le QG de la force CTF Sentinel est inauguré à Bahrein au sein du QG de la Ve flotte américaine. Elle regroupe Bahreïn, pays hôte du QG américain, l'Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, l'Australie et le Royaume-Uni

Vendredi 8 novembre 2019, l'Albanie déclare rejoindre la CTF Sentinel, la force maritime déployée par les États-Unis. Participation symbolique puisqu'il ne s'agira que de quelques hommes (cf. Carnet 08.11.2019).

Mardi 12 novembre 2019, la ministre des Armées française, Florence Parly, défend à Bruxelles sa proposition d'avoir une opération européenne dans « le golfe arabo-persique ». Elle profite de la réunion des ministres de la Défense de l'UE pour avoir plusieurs contacts bilatéraux. Lire : Les ministres des 28 discutent du Golfe, de Daech, de l’Iran mais sans s’engager. Une opération dans le détroit d’Ormuz à voir

Dimanche 24 novembre 2019, en visite aux Émirats arabes unis, la ministre française de la Défense Florence Parly annonce que le QG de la mission européenne sera établi à Abu Dhabi. Objectif de la mission : observer, « aider à établir les faits, assurer la présence et, surtout, calmer les esprits ». L’opération dans le détroit d’Ormuz refait surface. Les Français à la manœuvre

Vendredi 29 novembre 2019, les Pays-Bas confirment leur participation à l'opération.

A suivre...

(NGV)

Mis à jour les 6 et 15 août, le 6 octobre et le 30 novembre 2019

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen à l'université Paris I Pantheon Sorbonne. Journaliste professionnel depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir). Auditeur de la 65e session de l'IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale).

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