N°86. L’Europe face à la crise du Liban après l’explosion du 4 août 2020. De l’aide aux sanctions (v2)

(B2) Depuis l'explosion dans le port de Beyrouth, le Liban s'enfonce un peu plus dans la crise économique, politique et même humanitaire. Étonnant pour un des pays du Moyen-Orient le plus résilient aux crises, longtemps resté un oasis de pays entre le conflit syrien proche, l'instabilité iraquienne et le puissant voisin israélien. Depuis plusieurs mois, les Européens multiplient les avertissements

Le port de Beyrouth après l'explosion le 7 août (ECHO/Commission européenne)

Mardi 4 août 2020, vers 17 heures, une méga-explosion secoue le port de Beyrouth et une bonne partie de la ville. Le mécanisme européen de protection civile est déclenché. Le centre de coordination de la réponse d’urgence (ERCC) met rapidement en œuvre le système de repérage satellitaire Copernicus. Une dizaine de pays européens envoient des moyens médicaux et des équipes de recherche et sauvetage. Un pont aérien et maritime humanitaire est organisé. Le bilan gonfle d'heure en heure. Au final, on dénombrera plus de 200 morts (207 à 220 selon les sources), au moins 6500 blessés et près de 300.000 déplacés. Lire : Gigantesque explosion dans le port de Beyrouth. Les Européens se mobilisent

Jeudi 6 août 2020, Emmanuel Macron effectue une visite au Liban. « Il y aura un avant et un après le 4 août 2020. Le Liban a les capacités d’un rebond », encourage le président français.

Samedi 8 août 2020, en visite à Beyrouth, le président du Conseil européen Charles Michel offre l'expertise européenne et appelle à « l'ouverture d'une enquête indépendante » pour faire la lumière sur les causes de la tragédie.

Dimanche 9 août 2020, le Liban n’est pas seul. C’est le message exprimé par une trentaine de pays et d'organisations internationales réunis par visioconférence. 250 millions € sont promis pour aider Beyrouth à faire face aux suites de l'explosion. La majeure partie des fonds vient des Européens (68 millions € par la Commission européenne, 30 millions par la France). Lire : La communauté internationale mobilise 250 millions pour le Liban, sous conditions

Le lundi 10 août 2020, le premier ministre Hassan Diab annonce finalement sa démission six jours après l’explosion.

Vendredi 14 août 2020, une réunion exceptionnelle des ministres des Affaires étrangères est convoquée en plein été : le Liban à l’agenda de la réunion exceptionnelle des Affaires étrangères.

Vendredi 14 août 2020, le porte-hélicoptères amphibie, Tonnerre, chargé d'aide humanitaire, accoste à Beyrouth. C'est l’opération Amitié. Durant plusieurs semaines, sans tapages, les militaires français mènent un travail délicat mais vital : déblayer le port et le rendre plus sûr. Lire notre entretien avec le capitaine de vaisseau Arnaud Tranchant (PHA Tonnerre) et le colonel Antoine de la Bardonnie (2e REG), chefs des détachements Marine et Terre.

Mardi 1er septembre 2020, « si les promesses ne sont pas tenues d'ici octobre, il y aura des conséquences », avertit le président français Emmanuel Macron en visite à Beyrouth, pour la seconde fois en moins d'un mois.

Samedi 26 septembre 2020, le premier ministre Moustapha Adib renonce à former un gouvernement et démissionne. L'impasse politique est totale, décrit France 24.

Le jeudi 22 octobre 2020, Saad Hariri est à nouveau désigné premier ministre, quasiment un an (le 30 octobre) après avoir été poussé à la démission par 13 jours de manifestations de masse demandant l'éviction des caciques de la politique libanaise.

Lundi 7 décembre 2020, les ministres des Affaires étrangères de l'UE sont inquiets face à la grave crise financière, économique, sociale et politique qui touche le Liban. Les blocages sont nombreux et doivent être résolus, martèlent-ils dans des conclusions écrites. Lire : L’aide au Liban en stand-by faute de progrès en interne disent les 27 (conclusions)

Lundi 26 avril 2021, en visite à Beyrouth, le ministre hongrois des Affaires étrangères, Peter Szijjarto, promet au leader des chrétiens maronites Gebran Bassil qu'il s'opposera aux sanctions européennes envers les Chrétiens.

Vendredi 7 mai 2021, le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian, en visite à Beyrouth, dénonce « l'obstruction » de certains acteurs politiques locaux.

Lundi 10 mai 2021, « la situation continue de se détériorer, le pays s'effondre, sa population souffre. Mais les dirigeants politiques ne prennent pas leurs responsabilités alors que le pays s'effondre littéralement », dénonce le Haut représentant de l'UE Josep Borrell lors de la réunion des ministres des Affaires étrangères pendant laquelle le point Liban est évoqué rapidement. Lire : Des Européens préoccupés par la situation au Liban. Un papier d’options ‘carottes et bâtons’ préparé

samedi et dimanche 19 / 20 juin 2021, les Européens « ne peuvent pas apporter cette aide sans progrès dans le processus de réforme » alerte le Haut représentant de l'UE, Josep Borrell, en visite au Liban. Les dirigeants libanais promettent de « prendre leurs responsabilités » et d'essayer, « par tous les moyens », de mettre « fin à ce blocage politique », précise le Haut représentant devant les ministres des Affaires étrangères réunis à Luxembourg le lendemain.

Lundi 21 juin 2021, la pression politique reste de mise, plutôt que l'annonce officielle de sanctions contre les responsables du régime, décident les ministres des Affaires étrangères. Les sanctions contre le Liban ne sont qu’une option parmi d’autres pour faire pression.

Vendredi 9 juillet 2021, la situation au Liban est « chaotique ». « Le pays connaît une grave pénurie de médicaments, de produits alimentaires, d’électricité et de carburants » dénonce, dans un entretien exclusif à B2, le député français Gwendal Rouillard (LREM), co-auteur d'un rapport sur l'après-Chammal au Moyen-Orient, et fin connaisseur du pays du Cèdre. Le rapport préconise la mise en place d'une « task-force internationale humanitaire et civile » sous l'égide des Nations unies et de la Banque mondiale. Lire : Le pronostic vital est engagé pour le Liban. Il faut agir, et vite.

Lundi 12 juillet 2021, le temps des sanctions est venu, s'accordent les ministres des Affaires étrangères de l'UE, qui donnent le feu à la mise en place d'un cadre de sanctions visant les personnalités qui entravent le processus démocratique et de stabilisation du pays. Liban : la nuit du 4 août pour les dirigeants libanais. L’UE promet des sanctions d’ici la fin du mois

Jeudi 15 juillet 2021, face aux blocages politiques, le premier ministre désigné, Saad Hariri (Courant du futur, sunnite), démissionne.

Lundi 26 juillet 2021, Najib Mikati (Azm mouvement, sunnite) est nommé premier ministre. Le milliardaire a déjà été premier ministre en 2005 et de 2011 à 2014.

Lundi 26 juillet 2021, le groupe de travail des experts de l'UE (Relex) met la dernière main au textes fixant le cadre de sanctions.

Vendredi 30 juillet 2021, l'Union européenne approuve le cadre de sanctions visant les personnalités libanaises qui entravent le processus démocratique. La liste en annexe est blanche (sans noms... pour l'instant). Lire : Un cadre de sanctions mis en place pour le Liban

Mercredi 4 août 2021, les participants à la conférence internationale, organisée par la France et les Nations Unies, s'engagent à apporter une aide d’urgence d'environ 370 millions $.

À suivre …

Mai 2022 : élections législatives.

(Nicolas Gros-Verheyde)

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).

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