(B2, à Evreux) Des équipages mixtes, français et allemand, vont bientôt voler de concert sur les mêmes avions de transport, des Super Hercules C-130J, fabriqués par Lockheed Martin. C'est la concrétisation d'un projet lancé en 2016 entre les deux pays. Le chef de l'escadron, le lieutenant-colonel Franck, et son adjoint, l'Oberstleutnant Maik, expliquent les enjeux et les dessous d'une coopération qui reste unique.
L'Allemagne et la France ont décidé en 2016 de fonder un escadron commun, pour renforcer le partenariat stratégique.
L'escadron a été inauguré en septembre 2021, le temps pour les deux pays de commander les avions, de former les personnels et de construire les infrastructures.
Basée à Évreux (Normandie), l'unité est composée de quatre avions C-130J commandés par la France et va accueillir d'ici 2024 six avions commandés par l'Allemagne.
La mise en place d'un escadron commun, c'est une suite logique pour le couple franco-allemand ?
— (Lieutenant-colonel Franck) C'est la concrétisation, au niveau franco-allemand, de ce qui a commencé dans le transport aérien militaire au début des années 2000. L'idée était de prolonger les efforts de coopération réalisés dans ce cadre et de les renforcer en bilatéral.
— (Oberstleutnant Maik) C'est une étape encore plus concrète, après la mise en commun des avions au sein du commandement européen du transport aérien (EATC – European air transport command) en 2010. Nous construisons une nouvelle unité, avec un intérêt commun. Nous rassemblons nos expériences respectives pour apprendre les uns des autres, directement sur le terrain. Nous amenons les compétences de l'Allemagne, pour les combiner à celles de la France.
Comment vont s'organiser les missions mixtes ?
— (M.) C'est le niveau politique qui décide quel type de mission nous pouvons mener respectivement, que ce soit les Français seuls, ou les Allemands seuls, ou ensemble. Ensuite, c'est l'EATC qui répartit les missions. Elles sont ensuite transmises à l'escadron.
— (F.) Les équipages mixtes, c'est l'essence de l'escadron. On ne cherche pas à effectuer des tâches purement en national tant que ce n'est pas imposé par la partie politique. Donc on s'entraîne déjà de manière binationale, pour être prêts le moment venu.
Quand doivent-elles démarrer ?
— (M.) Les premières missions conjointes sont attendues dans les prochaines semaines, car les personnels allemands ont été formés plus tard que les militaires français et il fallait attendre qu'ils soient qualifiés. Dans un premier temps, ce seront surtout des missions logistiques, du transport de matériel ou de personnes.
Dans cet escadron franco-allemand, vous parlez... anglais.
— (F.) L'anglais, c'est la langue aéronautique par excellence. C'est la langue qui est utilisée pour la documentation, dans les exercices européens ou internationaux... c'est donc naturel. Les personnels allemands ont reçu une formation basique en français, pour aider à leur intégration, mais par contre, les personnels français n'ont pas eu droit à des cours d'allemand. Idéalement, je rêve que dans 10 ou 15 ans chacun puisse comprendre un peu de français, un peu d'allemand, mais pour l'instant, l'anglais reste le plus pratique.
(Helen Chachaty)
Propos recueillis en face-à-face, en one-to-one, en français et en allemand