Après le Brexit, la France va devoir assumer seule un rôle accru aux Nations unies

Après le Brexit, la France va devoir assumer seule un rôle accru aux Nations unies

(B2) Avec le départ du Royaume-Uni, fin mars 2019, les Européens vont perdre l'un de leurs membres les plus actifs au Conseil de sécurité au sein des Nations Unies. Le seul membre permanent de l'UE restant, la France, saura-t-il relever le gant ?

Le siège de l'organisation des Nations unies à New-York (crédit : ONU)

La volonté d'établir une coopération

Le départ du Royaume-Uni fin mars ne prive pas les Européens de tout échange mutuel. Les deux parties s'engagent ainsi, après le Brexit, à coopérer « étroitement » dans les organisations et enceintes internationales, notamment au sein des Nations unies. C'est ce que prévoit le §98 de la déclaration politique (1). Elles conviennent aussi d'un appui mutuel dans ces instances : chacune des parties devrait s'efforcer, le cas échéant, « d'appuyer leurs positions respectives, de mener des actions extérieures et de gérer les défis mondiaux de manière cohérente, notamment par des déclarations, des démarches et des positions partagées ». Mais cela reste une ou deux phrases. Nul ne sait aujourd'hui comment va s'ajuster le fonctionnement pratique dans la réalité future.

Les Européens perdent un allié important

Les Européens vont, en effet, perdre un représentant très actif au Conseil de sécurité puisque les Britanniques présentent (et rédigent) un tiers des résolutions intéressant les Européens, selon nos informations. Or « qui tient la plume, garde l'influence ». Ce sont également les Britanniques qui font circuler le plus d'informations aux autres États membres de l'Union et ont une vraie politique de communication publique. L'autre membre permanent du Conseil de sécurité — la France — est beaucoup moins disert, selon un expert européen et selon nos propres constatations.

La France doit repenser son rôle 

Cela tient aussi à un facteur politique. « Plusieurs États membres ne font pas forcément confiance » aux Français pour les représenter dans l'enceinte onusienne. Beaucoup voyaient le Royaume-Uni « comme un contre pouvoir » à la France. Selon un diplomate européen, « il y a une attente importante » des autres États, notamment pour éviter de créer un vide. « La France a un gros travail de réflexion à faire », ainsi qu'un travail de communication.

Un rôle au-delà du Brexit

Ce rôle sera d'autant plus important qu'en 2021, il existera la possibilité de ne pas avoir d'autres représentants européens comme membres non permanents (cf. encadré). Du côté du Royaume-Uni, il restera sans doute certaines habitudes prises qui vont perdurer. Les Britanniques auront, eux-mêmes, intérêt à continuer à jouer ce rôle de prêteur de plume aux Européens.

(Leonor Hubaut, avec NGV)

  1. §98. The Parties should seek to cooperate closely in third countries, including on security, consular provision and protection, and development projects, as well as in international organisations and fora, notably in the United Nations. This should allow the Parties, where relevant, to support each other's positions, deliver external action and manage global challenges in a coherent manner, including through agreed statements, demarches and shared positions.

Un gap européen d'ici 2021

L'Union européenne dispose aujourd'hui de cinq membres au Conseil de sécurité : les deux permanents (la France et le Royaume-Uni), deux élus au titre de l'Europe occidentale et autres (Pays-Bas et Suède) et un élu au titre de l'Europe de l'Est (Pologne). Avec le Brexit, en 2019-2020, elle perdra un siège mais gardera un avantage puisque l'Allemagne et la Belgique ont été élus pour deux ans (jusqu'à 2020) et que la Pologne termine son mandat (2018-2019) sur un siège non-permanent. Pour 2021, en revanche, un gap pourrait se faire, la France devenant le seul représentant de l'Union européenne, par le jeu des alternances internes à chaque groupe (le Canada est candidat dans le groupe Europe).