[Reportage] En Norvège, l’armée de terre se prépare dans le froid au retour de la haute intensité (Cold Response)

(B2 en Norvège) L’exercice Cold Response organisé par la Norvège avec ses alliés de l’OTAN avait un seul but : permettre aux armées de s’entraîner dans des conditions extrêmes. B2 a passé 48 heures avec la composante terrestre française. Manœuvre fort intéressante dans un moment de grand froid guerrier entre l'Alliance et la Russie.

Photo : © AF/B2

Le retour de la haute intensité

Un exercice marqué par la guerre

« L’exercice est prévu de longue date, [et] n’a rien à voir avec ce qu’il se passe à l’Est. » Chacun a bien appris son script. « Bien sûr... personne ne peut ignorer ce qui se déroule en ce moment en Ukraine », admettent plusieurs soldats rencontrés tout au long de notre expédition. En effet, impossible d’y échapper. Le sujet est dans toutes les têtes et dans toutes les conversations. Et jamais un exercice n'aura paru aussi concret.

Motivation des soldats

Pour les plus jeunes, qui participent pour la première fois à un tel exercice, la guerre en Ukraine leur donne une motivation supplémentaire. À l’image de Audrey, jeune aspirante récemment engagée, rencontrée sur le terrain et visiblement impressionnée par l’ampleur de l’exercice. Les plus âgés eux ont plus l'habitude. Pour preuve, « à chaque fois qu'il y a un conflit dans le monde, je me tiens prêt à partir », raconte un caporal chef, l'air, lui, impassible.

Améliorer l'interopérabilité entre les Alliés

Exemple de coopération interalliée sur le terrain : le partage de renseignements (© AF/B2)

Être prêt à partir à tout moment et en toutes condition, c'est justement l'objectif de l'exercice Cold Response en Norvège. Un entraînement pour apprendre aux armées européennes et nord-américaines comment travailler ensemble sur le terrain. Un terme qui signifie différentes choses selon l'échelon militaire.

Un contact limité au niveau des soldats

Au niveau du soldat, les contacts avec les bataillons des autres pays sur le terrain sont quasiment inexistants. « Ce sont les chefs qui décident de se répartir les tâches. Par exemple, nous saurons après coup qu'il y avait un Espagnol avec nous pour nous couvrir pendant que nous posions des mines. Mais à l'échelle du soldat il n'y a pas beaucoup d'échanges », explique un officier du génie à B2.

Une coordination internationale à l'échelon supérieur 

Au niveau supérieur, se déroule un partage d’information entre les bataillons disposés chacun sur leur fuseau (la partie de territoire qu’ils doivent surveiller ou contrôler). C'est entre ces lignes, appelées « limites de fuseau », que la coordination est la plus cruciale pour les coordonner les opérations. « Sur le terrain, nous n'avons pas de vision d’ensemble. Mais l'assemblage des tâches crée une manipulation coordonnée », résume cette officier de communication. Comme s'assemblent les pièces d'un puzzle.

Ce n’est donc pas tant sur le terrain qu’au niveau des centres d'opération (CO) que se joue l'interopérabilité des troupes. Dans ces centres, des officiers de liaisons « se chargent de la coordination avec les armées alliées », explique le lieutenant Clément, de la 13e brigade de Chasseurs Alpins (13e BCA).

Combattre l’ennemi dans le froid

Manoeuvrer sur des routes enneigées

Même si les militaires avaient reçu une formation par les forces armées norvégiennes, manoeuvrer des véhicules sur les routes enneigées n’est pas si simple. « Rien que le premier jour, huit véhicules se sont embourbés », relate un soldat du 1er régiment d’infanterie (1er RI). Effectivement, les roues des véhicules les plus légers, généralement les véhicules de transport type P4, patinent sur la glace, même enchaînés. Les véhicules trop lourds peuvent eux difficilement manoeuvrer. Conséquence, les accidents sont fréquents.

B2 en a fait l’expérience. En pleine forêt, l’un des véhicules de transport de troupes s'est trouvé bloqué dans la neige pendant une longue demi-heure. Le temps que les soldats, armés de pelles, essaient de dégager le véhicule de la neige. Les chaînes accrochées aux roues n'ont pas tenu. Vaine tentative de vaincre l'ennemi blanc. « Dès qu’on a une roue dans la neige on est bloqués... La prochaine fois, il faudra venir avec nos véhicules chenillés. » C’est un des premiers enseignements que tire de l’exercice un capitaine qui nous accompagne.

Installer les équipements

L'installation au sol d'une pièce de mortier fait aussi face à un défi logistique de taille. Car il nécessite de s'adapter aux conditions météorologiques. « Poser une pièce de mortier dans 1m50 de neige comme on le ferait sur un sol ferme, ne fonctionne pas de la même manière ici », explique un haut gradé. Il faut donc déjà commencer par creuser dans la poudreuse jusqu'à trouver un support stable pour installer la pièce. Puis, « creuser une tranchée à l’arrière de la pièce pour que les soldats puissent être au même niveau qu'elle ». Conséquence : là où « en temps normal il faut 5 minutes, là il faut prévoir prévoir 20 minutes », explique notre interlocuteur.

Attente rigoureuse 

Une fois arrivé à destination, un objectif : se cacher. Pas d'affrontement ou très peu de prévus — cet entraînement est avant tout un exercice tactique, de position. Par conséquent, les soldats passent une bonne partie de leur temps à surveiller et à attendre dans leurs véhicules, en évitant de se faire repérer.

Une guerre de camouflage

Les Français ont opté pour un filet de camouflage couleur neige pour recouvrir les véhicules marron ou vert militaire.  « Le marron est la dernière couleur détectée par l'oeil humain », avance notre accompagnatrice. Couplé avec le blanc de la neige, c'est le meilleur compromis en termes de camouflage.

Tentative espagnole de cacher un Leopard II au milieu d'une forêt (© AF/B2)

Quelques kilomètres plus loin, leurs alliés espagnols ont eu recours à d’autres solutions pour cacher leurs Léopard 2. Un groupe a opté pour la méthode la plus répandue : trouver un endroit au milieu de la forêt. Celui-ci doit être suffisamment garni en arbres. Leur nombre suffisamment important devrait rendre le char plus ou moins inaperçu.

Utiliser la neige pour camoufler ses chars : une méthode originale (Photo : © AF/B2)

Une autre solution un peu plus originale a retenu l’attention de B2. Postés à un endroit plus exposé, les occupants d'un second char ont choisi, eux, de construire un mur de neige autour de l’engin, comme un igloo. Ingénieux.

Des défis logistiques

La Norvège est un « terrain compliqué avec une météo compliquée ». Et parfois des implications très concrètes. Comme la gestion des efforts physiques. « Il ne s'agit pas de faire de gros efforts comme on en ferait dans les pays chauds, mais à l'inverse d'économiser nos forces pour ne pas être trempés de sueur et être gelés sur place dès que l'on s'arrête », explique l'adjudant Maxime. Ce qui nécessite d'être « régulier dans les déplacements », indique ce militaire du 13e BCA, le bataillon de chasseurs alpins, pourtant rompu aux climats montagneux.

Tester le niveau de préparation de l’OTAN

Malgré toutes les complications, les Alliés en sont certains : ils sont prêts à partir en guerre si besoin. « Il y a un mois, je vous aurais peut-être dit non, que l'OTAN n'était pas prête. Mais aujourd'hui, au vues des forces de l’armée russe, je me dis que si... l’OTAN est bien capable de faire face à un conflit de haute intensité », confie à B2 un haut gradé. Une manière de dire que les pays de l’OTAN disposent de capacités suffisantes sur le terrain : hommes, artillerie, véhicules… Et pour notre interlocuteur, cet exercice en est la confirmation.

(Agnès Faure, envoyée spéciale en Norvège)

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