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[Reportage] En Norvège, l’exercice Cold Response prend une tournure géopolitique. L’entraînement à la menace NRBC entre dans le réel

(B2 en Norvège) Les exercices ont parfois une dimension concrète. On le voit avec la mise en alerte décidée par l'OTAN sur le risque NRBC (nucléaire, radiologique, biologique et chimique). Explications avec les hommes et femmes du 2e régiment de dragons (2e RD) qui est la task force NRBC d'alerte pour 2022.

Le 2e RD en pleine mission de reconnaissance — Photo : © AF/B2
  • Tous les ans, une task force opérationnelle NRBC (nucléaire, radiologique, biologique et chimique) est mise à disposition de l'ensemble de la capacité de réaction rapide de l'OTAN (NRF).
  • Pour 2022, c'est la France qui met cette unité à disposition avec le 2e régiment de dragons français.
  • Dans un contexte de tension sur le flanc Est de l'Alliance, le commandant en chef de l'OTAN, le général Tod Wolters, a activé jeudi (24 mars), l'alerte de défense NRBC  (lire : Sommet OTAN. L’alerte chimique déclenchée).

Un exercice au cœur de l'actualité

La réalité rencontre parfois la fiction. L'exercice Cold Response, prévu de longue date, trouve dans l'actualité de la guerre en Ukraine un écho inédit.

Partir dans un délai court

« Nous étions déjà en état d'alerte. Mais là, nous avons été activés. Ce qui veut dire que les chefs politiques considèrent qu'il y a un niveau de risque suffisamment élevé pour que nous nous préparions à nous déployer », explique à B2 le lieutenant Gonzague. À partir de là, le régiment est prêt à partir à tout moment, dès lors que son chef de corps en reçoit l'ordre. « Nous avons alors entre 48 heures et cinq jours pour aller sur le terrain », précise un autre gradé à B2.

Rôle de dissuasion et d'appui

Pour autant, un déploiement ne veut pas dire automatiquement que la menace est immédiate, tient à souligner notre interlocuteur. « Nous sommes aussi un outil de dissuasion en soi », estime le lieutenant Gonzague. Il déroule sa pensée. « Nous apportons de la dissuasion parce qu'elle vient par palier. Libre aux Chefs de décider du moment opportun ». Pour lui, il existe une forme de « dissuasion par l'armement » qui consiste à dire à l'ennemi « ne nous attaquez pas sinon on vous envoie un missile nucléaire ». Mais il existe aussi une forme de dissuasion « sur les compétences », dans laquelle se place la task force NRBC. Cette dissuasion consiste à dire à l'adversaire : « si vous faites ça (NB : recourir à l'arme NRBC), nous sommes en mesure de répondre ».

La task force NRBC sert aussi à venir en appui des troupes déjà sur le terrain. Son déploiement s'inscrit donc dans une certaine continuité, selon le lieutenant Gonzague. « C’est comme si vous disiez, on envoie des gars et puis on enverra les chars plus tard. Non. Il faut que tout le monde soit là ». Un déploiement ne signifie donc pas « qu'il y a une menace supplémentaire car la menace elle existe tout le temps. C'est juste que les forces sont déployées et que nous avons un rôle d'appui », souligne le militaire.

Facilité par la conduite de l'exercice

Le fait d'avoir participé à l'exercice représente néanmoins un atout dans cette préparation. « L’exercice prend son sens parce que ce que l’on peut me demander demain, je viens de le faire. Nous avons joué ce qu’on pourrait nous demander pour un déploiement opérationnel », estime le chef de corps du 2e RD, le colonel Thierry. Qui se dit par conséquent « serein » et « détendu », car ses hommes sont prêts. « Il est important de noter que l'on a maintenu l'exercice. Le fait de s'entraîner avec d'autres pays représente aussi une forme de dissuasion en soi », insiste le lieutenant Gonzague.

Les étapes de la détection NRBC

L'alerte

Le 2e RD joue un rôle d'appui auprès des autres régiments. N'importe quel soldat peut lancer une alerte dès lors qu'il voit quelque chose de suspect. Il donne l'alerte à son supérieur qui va prévenir l'équipe NRBC. C'est ensuite le commandant d'unité du 2e RD « qui donne l’ordre à une des composantes d’aller sur le terrain en reconnaissance en fonction de la nature de l'alerte donnée », nucléaire, radioactive, biologique, ou chimique, précise l'officier de communication.

La reconnaissance

La deuxième étape consiste à envoyer des véhicules blindés de reconnaissance NRBC — des véhicules avant blindés (VAB) — pour faire de la recherche de traces NRBC. Leur particularité est qu'ils disposent de petites roulettes à l'arrière du véhicule qui sont munies de capteurs permettant de récolter des informations sur le terrain et qui sont analysées à l'intérieur même du véhicule.

Les blindés sont ceux qui partent en premier car ils permettent de sécuriser l'avancée de la MERT (Multi role exploitation team), une petite équipe d'experts qui se déplace à pied pour aller faire de la reconnaissance, des prélèvements et de premières analyses dans des endroits non accessibles en véhicule blindés.

L'investigation

L'investigation d'un site contaminé suit une procédure standardisée OTAN, nommée SIBCRA (Sampling & Identification of Biological, Chemical & Radiological Agents). « Pour que toutes les équipes soient interopérables, chaque équipe NRBC des différents pays de l'OTAN utilise les mêmes techniques de prélèvement et de marquage des échantillons », explique le capitaine Joseph. Durant le temps de l'investigation, les soldats qui sont dans la zone potentiellement contaminée mettent leur masque de protection et restent dans la zone pour « ne pas élargir la zone de danger » et doivent attendre les ordres des spécialistes NRBC, qui analysent le terrain.

La décontamination

La dernière étape consiste à décontaminer personnels et équipements. Ils sont emmenés dans des zones de décontamination. On se focalise d'abord sur le militaire et son équipement (1) — que ce soit les armes et les véhicules — de manière à ce que au moment où il sort du site, il n'y ait plus de trace de contamination. En effet, si les militaires disposent de tenues NRBC, ces tenues ne protègent que le soldat d'être imprégné. Les uniformes peuvent garder des traces de contamination à l'extérieur. Après être passé par un sas de décontamination, le soldat passe un contrôle médical immédiat pour s'assurer qu'il n'est plus en contact avec la substance. Le traitement des véhicules suit la même logique : le blindage NRBC protège l'intérieur du véhicule mais on peut en retrouver à la l'extérieur du véhicule.

  1. Les soldats commencent par retirer sangles, gilets pare-balle et casques qui seront isolés et traités dans un second temps.

(Agnès Faure, à Elverum, Norvège)

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