Que prépare l’UE pour accompagner l’opération militaire en RCA

(BRUXELLES2) Outre l'opération militaire (EUFOR Rca Bangui) — dont le cadre de gestion de crises (CMC) va officiellement être approuvé — les "28" ministres des Affaires étrangères, devraient lundi (20 janvier), devraient se pencher sur les autres moyens mis en oeuvre pour résoudre la crise.

Un terrain d'expérimentation de l'approche globale

« Toutes les dimensions de la crise vont être traités par l'Union européenne » a ainsi précisé un haut diplomate européen, avant la réunion, mettant en avant le « bon exemple de l’approche globale » qu'est la RCA. « Déjà à l’heure actuelle l’UE essaye de poursuivre ces efforts pour aider à la stabilité et au développement économique. Nous travaillons dans la logique de soulagement des problèmes humanitaires mais aussi pour jeter les bases d'une reconstruction et du (re)développement rapide du pays. »

Action diplomatique

L'équipe de la délégation de l'Union européenne « n’a jamais quitté le terrain, à la différence d'autres » précise un membre du service diplomatique européen (SEAE). « Nous avons continué de mettre en oeuvre nos programmes, le plus longtemps possible, mais progressivement nous n'avons plus eu d’interlocuteurs. » Au niveau international, « nous sommes actifs et maintenons un contact étroit et quotidien avec l'Union africaine et l'ONU, que ce soit à Bangui, Addis-Abeba ou New-York, pour faire en sorte que le gouvernement de transition puisse avoir une véritable autorité. »

 Soutien à la transition politique

« L'Union européenne fait une réflexion sur cet aspect depuis le début ». Après la désignation d'un président de transition par le parlement provisoire centrafricain de la CNT (commission nationale de transition), qui doit avoir lieu lundi (*), « nous allons travailler pour la tenue du processus électoral qui doit venir pour ce gouvernement. Ce qui a une valeur essentielle en termes de démocratie mais aussi pour avoir des interlocuteurs capables pour coopérer. » L'organisation des élections « sera un véritable défi vu l'état actuel de l’Etat, l'absence de registres et le nombre de personnes déplacées. » Et l'Europe entend « soutenir le processus » ; le montant de l'aide financière sera annoncé lundi. L'Europe apportera également son « soutien au processus de réconciliation nationale ».

Réforme du secteur de la sécurité (RSS) 

Tant au Service diplomatique européen qu'à la Commission européenne, on est conscient de la nécessité « d'aider la République centrafricaine dans la réforme du secteur de la sécurité, que ce soit par la formation de son armée, de sa police ou de sa justice ». Il faut « donner à la population, le sentiment d'apporter d'un minimum de sécurité quotidienne et cela n'est possible qu'avec des forces de justice et de police » en ordre de marche. Mais cela se fera « dès que les conditions le permettront » précise à B2 un proche du dossier. C'est-à-dire dès qu'il y aura une administration à qui s'adresser car « il faudra discuter avec le nouveau gouvernement pour établir une formation de leurs forces de sécurité, établir un cadre légal, mettre en place une justice et des procédures pénales ». A l'heure actuelle, même si des pistes sont envisagées au sein des structures de planification de l'UE, rien de précis ne peut être mis au point tant que ces conditions ne sont pas remplies.

Soutien à la MISCA

En décembre, l'Union européenne avait déjà engagé 50 millions à travers l'instrument de Facilité de Paix pour l'Afrique. Des sommes supplémentaires pourraient engagées. Dans le cadre de la future Conférence des bailleurs de fonds, « l'Union européenne étudie comment elle pourra apporter plus en 2014 » confirme un diplomate européen.

Aide humanitaire

Une conférence de Haut niveau pour l'aide humanitaire en République centrafricaine se tiendra lundi matin à Bruxelles. Coprésidée par Kristina Georgieva, la commissaire européenne pour l'Aide humanitaire, Valérie Amos, coordinatrice de l’ONU pour les affaires humanitaires (OCHA), et le ministre français du Développement, Pascal Canfin, « le but de cette conférence est de faire le point sur la situation humanitaire et d'identifier les besoins en termes de financement mais aussi de coordination. Une nouvelle contribution européenne sera annoncée. »  Actuellement, une équipe d'experts humanitaires de l'UE est présente sur le terrain. Elle collabore avec les ONG et commence l'évaluation des besoins.

La situation est grave. « Les nouveaux camps de réfugiés crées à Bangui ne suffisent plus. Le conflit, de plus en plus régional, pourrait déboucher sur une forte instabilité régionale. » Comme le confie un expert humanitaire européen, «une des préoccupations actuelles est que les ONG ne peuvent pas faire les stocks alimentaires habituels en prévision de la saison des pluies. Les pillages ont privé les agriculteurs de toute possibilité de cultiver. Les récoltes seront sans doute extrêmement faibles en 2014, ce qui laisse craindre une catastrophe. »

Aide au développement 

La priorité est de « remettre en route l’ensemble des services sociaux: la santé mais aussi l'éducation. Une génération entière ne va plus à l’école depuis pratiquement deux ans. » Un travail intense est fait aux DG ECHO et DEVCO de la Commission européenne car il faudra « très vite permettre à l'Etat d'assumer ses responsabilités ». La question de la remise en état des finances publiques est aussi cruciale. « Il faut réamorcer un semblant de financement publique pour permettre à l'Etat d'avoir des recettes. Nous discutons pour cela avec les institutions économiques mondiales » précise un expert du dossier.

Le "bon" exemple du Mali !

L'idée est de pouvoir - comme au Mali l'année dernière - débloquer rapidement des fonds pour les « services publics essentiels » (écoles, eau, alimentation...).  « Dès que possible », une mission interservices devrait se rendre ainsi sur place pour « évaluer les besoins et lancer des initiatives dans ces domaines. Nous essaierons de faire en sorte que nos procédures ne soient pas un problème. Le cas du Mali a montré la possibilité d'agir vite. »

(Leonor Hubault)

(*) Sur 24 candidats, 8 candidats ont été retenus ce dimanche, selon l'AFP et RFI, sur la base de différents critères (exclusion des militaires d'active, des membres d'une milice ou d'une rébellion armée sur ces 20 dernières années, des responsables politiques sous Djotodia et des chefs de partis). Sont ainsi officiellement candidats : la maire de Bangui, Catherine Samba Panza ; les fils de deux anciens présidents, Sylvain Patassé et Désiré Kolingba (respectivement fils des anciens présidents Ange-Felix Patassé, au pouvoir de 1993 à 2003, et André Kolingba, de 1985 à 1993) ; Emile Gros Raymond Nakombo, un banquier proche de l'ex-président Kolingba ; l'ancien maire de Bangui, Jean Barkes Kette Ngombe ; Régina Kozimongo ; Maxime Faustin Takama Mbrenga et le coordonnateur du Comité National de Lutte Contre le Sida, Mamadou Nestor Nali.

Lire aussi :