Réfugiés palestiniens : « Les accords de Genève ne changeront pas la situation sur le terrain. »

Filippo Grandi au Parlement européen (Crédit : PE, archives 2012)
Filippo Grandi au Parlement européen (Crédit : PE, archives 2012)

(BRUXELLES2) « La situation est de plus en plus tragique pour les réfugiés palestiniens et les Syriens. Nous demandons davantage de soutiens. L'objectif est maintenant d’être certain que l’aide arrive à bon port. » A la fin de son mandat de quatre ans, Filippo Grandi, commissaire général de l’Office de secours des Nations-Unies pour les réfugiés de Palestine (UNRWA), ne cache pas son inquiétude et ses critiques face à une situation qui lui parait "hors de contrôle", que les accords de Genève « ne changeront pas » et face au manque d'action de la communauté internationale. « Moins on dépense en amont, plus on doit dépenser en aval ».

540 000 Palestiniens en Syrie : pris entre deux feux

« Il y a 540.000 réfugiés palestiniens en Syrie depuis 2011. Avant la guerre, leur situation a pu être considérée comme positive. Et ils étaient toujours les bienvenus. Aujourd'hui, plus de la moitié est déplacée à l’intérieur de la Syrie. Ils se trouvent dans une nouvelle situation, de double réfugié. Et l'impact est comparable à celui des autres populations, notamment dans les zones stratégiques » a-t-il expliqué devant la commission des Affaires étrangères du Parlement européen. « L'armée syrienne et ses partisans entourent les zones prises par l'opposition. Les civils, qui sont entre les deux (fronts), se trouvent pris au piège, ne peuvent pas sortir de cette zone et recevoir l'aide dont ils ont besoin. C’est ce qui s’est produit ces derniers mois, notamment à Yarmouk, dans la banlieue de Damas. Il y a 160 000 Palestiniens là — la concentration de Palestiniens la plus importante hors de Palestine —. Près de la moitié sont encore pris entre deux feux. Seuls 80.000 Palestiniens ont réussi à quitter la Syrie. La situation est dramatique avec malnutritions, maladies, impossibilité de vacciner les enfants. Nous avons une population véritablement coupée du monde, isolée par la guerre. »

Une aide internationale qui a dû mal à passer

« Depuis septembre 2013, il est pratiquement impossible pour nous de mener la moindre opération dans cette région. Au cours des huit derniers jours, nous avons obtenu l’autorisation d’amener des vivres dans la zone d'Yarmouk, mais seulement deux des huit autorisations ont permis deux transferts organisés, soit 138 colis de nourriture acheminés. Ce qui est une misère par rapport au nombre de personnes qui meurent de faim. Aux check-points, on doit discuter pendant des heures (pour passer). Les gens peuvent sortir. Mais ils sont triés sur le volet pour recevoir l'aide. Ceux qui ne peuvent pas sortir ne la reçoivent pas. »

« Les accords de Genève ne changeront pas la situation sur le terrain. » 

Le Commissaire de l'UNRWA n'hésite pas à « tirer la sonnette d’alarme ». « Cette situation peut se reproduire même avec l'accord de Genève. Car cela ne changera pas la situation sur le terrain. Ces accords sont difficilement mis en oeuvre. Nous essayons tous les jours d’aller à Yarmouk. Il y a des pressions quotidiennes. Sur les 600 membres de notre personnel, nous déplorons déjà deux victimes mais nous n'avons pas intention de relâcher l'effort. »

Liban : pays d'accueil de réfugiés, au bord du gouffre 

« L'aide d’urgence ne doit pas nous faire oublier la situation générale des réfugiés qui ne peuvent pas quitter le pays. Seuls 90.000 Palestiniens sont partis, notamment en passant par le Liban. Mais il y a déjà 300.000 Palestiniens au Liban, en plus des réfugiés syriens. Certains parlent même du million de personnes. Cela pose un problème très grave et une question de sensibilité aiguë. La présence des réfugiés commence à être un problème. C'est l'impact du conflit syrien sur les pays voisins. Certains réfugiés palestiniens comparent leur situation avec celle de 1948 ». Avec un regret : « à l'époque, il y avait une solidarité dans la région. »

Début de déblocage à Gaza ?

Filippo Grandi a tenu à rappeler la situation des Palestiniens dans la Bande de Gaza. Ils représentent un tiers de la population. « Depuis 2010, nous avons essayer d’utiliser l'aide humanitaire pour lancer des projets de construction. Mais le durcissement du blocus et la fermeture des tunnels par le gouvernement égyptien empêchent toute action de l'aide humanitaire. Ces dernières semaines, certains projets, rejetés dans le passé, ont été autorisés. Pour les différents bureaux des Nations-Unies, on parle de 12 projets sur les 58 propositions. Mais il y a beaucoup d'autres organisations. Ces projets sont d'une importance capitale car ils représentent la seule lueur d'espoir pour la population de Gaza de trouver un emploi. »

La communauté internationale ne peut pas continuer à agir uniquement lors des crises aiguës 

Bien que remerciant l'aide internationale, Filippo Grandi précise qu'il « faut planifier notre aide et ne pas être limités par des aides fluctuantes, des contributions volontaires dont nous sommes largement dépendant. L'UNRWA a besoin d’un milliard d’euros par an. Les  bailleurs de fonds se sont rendu compte que les contributions augmentent sans qu'une solution effective n'apparaisse. Mais les besoins augmentent et les conflits s’accumulent… les bailleurs de fonds ont du mal à suivre le rythme. » L'Union européenne a apporté 80 millions d'euros en 2013, « malgré la situation particulièrement difficile ». « Mais nous ne devrions pas avoir une telle incertitude à la fin de chaque budget » affirme le commissaire.  « Le soutien de la communauté international se matérialise en période de crise comme pendant le conflit de Gaza en 2008. Mais il faiblit quand il n'y a pas de crise visible. Or, la région a besoin d’aide pour se stabiliser… Et moins on dépense en amont, plus on doit dépenser en aval. »

(Leonor Hubaut)

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