Le différend sur l’Ukraine entre UE et Russie persiste (Poutine)

Russian President visit the EU(BRUXELLES2 - au Justus Lipsius) Le président russe Vladimir Poutine le reconnaît sans ambages, au sortir du Sommet UE-Russie, qui s'est tenu à Bruxelles, mardi (28 janvier), au siège du Conseil de l'UE. « Notre discussion a vraiment été très ouverte et très franche, très utile » Dans le bâtiment du Conseil, placé sous protection spéciale, la réunion entre les leaders européens et russe a été courte (deux heures et demi déjeuner inclus) et dans un format resserré, comme voulu par les Européens. Mais la conférence de presse a été ensuite relativement longue (près d'une heure). Fait relativement inhabituel dans ce type de rencontres pour être relevé. Le Président Poutine s'est ainsi prêté au jeu, répondant longuement aux questions des journalistes, que ce soit sur l'Ukraine, le Partenariat oriental, l'Iran, le terrorisme ou encore l'accord de libre-échange.

Tendu, nerveux, le président russe ne semblait cependant pas aussi à l'aise qu'à l'habitude, moins tranchant, moins impérieux, même s'il a redit certaines vérités (russes) à ses hôtes européens, Hermann van Rompuy (président du Conseil européen) et José Manuel Barroso (président de la Commission européenne). Les désaccords "tactiques", mis en évidence par l'ambassadeur russe auprès de l'UE, Vladimir Chizhov (Lire :  Russie – Union européenne : des désaccords tactiques ou plus profonds ?) ne semblent pas résolus. Au contraire, on pourrait dire qu'au lieu d'un partenariat stratégique, il y a un désaccord stratégique. A une exception notable près : en matière de sécurité et de lutte anti-terroriste, la convergence semble plus notable.

Le différend UE-Russie sur l'Ukraine 

Des divergences UE-Russie purement économiques. « Il n'y a pas de divergences politiques sur l'Ukraine. C'est l'intérêt économique qui dirige » a déclaré Vladimir Poutine. Car pour le dirigeant russe : « elles sont liées aux conséquences que l'accord d'association va avoir sur l'économie russe. Nous avons eu l'impression qu'on veut retirer l'Ukraine de l'espace post soviétique ». Le président Poutine a particulièrement appuyé sur la question des effets sur « l'industrie ukrainienne ». Mais, bien sûr, il s'agit d'un vaste malentendu car « la prospérité et la stabilité » sont des objectifs politiques communs et que les deux partenaires cherchent « à créer un nouvelle Europe ». Estimant qu'il y a « beaucoup d'incompréhension » entre les Russes et les Européens en matière de partenariat oriental, il se dit ouvert à l'échange d'information. U« accord a été trouvé aujourd'hui pour discuter de la question au niveau des experts ». 

Pas d'intermédiaire, pas d'ingérence. Le président Poutine refuse cependant toute médiation européenne et renvoie la décision « au peuple ukrainien ». Les recommandations de l'Union européenne à l'Ukraine ont le même effet selon lui que si le « ministre russe des Affaires étrangères part en Grèce dire ce que le pays doit faire ». « C'est impensable dans nos relations avec l'Ukraine » affirme t-il. En résumé : « Plus il y a d'intermédiaires, plus il y a de problèmes ».  Et d'ajouter : « La Russie a toujours respecté et respectera toujours les droits souverains de ses partenaires, pour pays de l'ex-Union soviétique, comme pour les autres pays du monde »

La violence vient aussi de l'opposition.  Vladimir Poutine souhaite « que nos collègues européens disent ouvertement au président ukrainien et à l'opposition d'éviter l'utilisation de la force pendant ce conflit ». Il pointe du doigt ces « prêtres catholiques de l'ouest ukrainien »  qui « appellent à lutter à Kiev » et qui disent « qu'ils ne veulent pas être dirigés par les noirs, par les juifs ou les Russes ». Pour lui, « c'est du nationalisme pur et c'est inacceptable ».  « Dans la dénonciation de la violence, Il faut aussi penser à l'opposition » rappelle-t-il à ses voisins européens.

L'Ukraine doit assumer ses factures, quel que soit son gouvernement

Les factures seront bien présentées. A la question de savoir si les contrats seront revus en cas de changement de gouvernement à Kiev, le « non » de Vladimir Poutine se veut catégorique. « Nous ne reverrons pas les contrats » en cas de changement de gouvernement en Ukraine. « Nous avons eu des relations constructives avec le gouvernement ukrainien lorsque c'était avec Timochenko », ajoute-t-il. Mais cette mansuétude a des limites. Les dettes sont nombreuses et Gazprom ne peut pas changer ses plans. « Cette dette (doit être) remboursée. Et l'Ukraine nous demande toujours d'ajourner les paiements » déplore le dirigeant. « Aujourd'hui, j'ai appris que l'Ukraine nous demande des délais supplémentaires même pour le gaz qu'ils ont obtenu. C'est difficile car les plans économiques de Gazprom sont déjà établis. » La menace plane.

Il faut des changements structurels. « Il est important que le gouvernement (ukrainien) fasse des changements structurels pour que nous soyons sûrs d'être remboursés » annonce le président à l'adresse du prochain gouvernement ukrainien. Car « notre soutien est bien plus large que le soutien des autres organisations financières ». En effet, « à la différence du FMI, nous n'avons pas fixé les conditions de ce prêt. Mais, nous avons eu une discussion avec le premier ministre Azarov. Ce prêt n'était pas seulement destiné à supporter l'Ukraine. Grâce à ce prêt, on a pu avoir des discussions favorables. »

Iran et Syrie : de "bons" échanges de vues

Iran : un succès.  « Nous observons un certain succès sur le dossier iranien » commente le Président russe. Et même s'« il y a beaucoup de chose à faire », le dialogue doit continuer : « nous allons travailler avec nos partenaires européens pour parvenir à une solution ».

Syrie.  « Nous avons fait un échange d'opinion sur les problèmes internationaux avec la Syrie ». Aucune mention n'a été faite ainsi de possibles corridors humanitaires.

Terrorisme et sécurité

La sécurité aux Jeux olympiques de Sotchi.  Le président Poutine « remercie » les Etats membres de l'UE. « Nous avons eu un bon échange au niveau bilatéral avec plusieurs pays européens. Ils nous ont beaucoup aidé à créer une atmosphère de sécurité à Sotchi.  C'est grâce à nos efforts communs que nous pourront avoir une atmosphère de sécurité à Sotchi. »

Une déclaration conjointe sur le terrorisme. Une déclaration conjointe est adoptée entre la Russie et l'Union européenne sur la lutte contre le terrorisme (à télécharger ici). Les deux entités s'engagent ainsi à « développer la coopération » notamment « sur la radicalisation et le recrutement des terroristes, les combattants étrangers tout comme la protection d'infrastructures stratégiques dans le domaine énergétique ». On ne peut s'empêcher de penser à la protection de plate-formes pétrolières

Vers un accord de coopération à Sotchi en juin ?

 Un accord de libre échange entre l'Union européenne et l'Union douanière. « Nous avons demandé la création d'une zone de libre échange entre l'Union européenne et l'UNion douanière. ». Il y a urgence : « nous devons y réfléchir maintenant ». « Il faut renforcer nos discussions sur un nouvel accord de base, pour terminer le travail sur le texte avant le prochain sommet à Sotchi ». « Nous avons des propositions à faire à l'Union européenne. Et j'espère qu'on pourra résoudre beaucoup de questions en suspens pendant notre dialogue ». « Il y a toujours des problèmes qui ont été évoqués par exemple les lois adoptées par l'Union européenne créent quelques problèmes, mais malgré les difficultés nous partageons un inférêt commun ».

Sotchi en juin 2014.  « Nous avons encore à régler certains points pour pouvoir lancer un nouvel accord lors du prochain sommet en juin » a conclu le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso.

(Loreline Merelle, avec Nicolas Gros-Verheyde)
Lire aussi :

> Un entretien en bilatéral avec le Premier ministre grec
Le président russe et le Premier ministre grec, Antonios Samaras, qui se trouvait à Bruxelles, ont eu un entretien bilatéral, en marge du Sommet UE-Russie. Cette première rencontre depuis deux ans, comme le remarque la presse grecque, devrait permettre de renouer une relation quelque peu interrompue entre Moscou et Athènes (qui ont toujours entretenu des relations très étroites). L'objectif était de discuter "business" et pour Athènes de ne pas dépendre que de l'aide européenne. A. Samaras a ainsi demandé à Poutine de bénéficier d’une ristourne sur le prix du gaz livré en Grèce comme de reprendre la discussion sur l'achat du port de Thessalonique ou des transports ferroviaires grecs (OSE). Le leader russe souhaiterait - note Kathimerini - que ces deux privatisations fassent l'objet d'un seul appel d'offres.

> « Poutine is a Killer » : deux Femen accueillent le président Poutine

Deux Femen se sont postées vers 11h30 devant l'entrée du bâtiment Justus Lipsius pour accueillir le président Vladimir Poutine, en scandant « Poutine is a Killer », avant d'être maîtrisées par les forces de sécurité.

Femen activists demonstrate against the visit of the Russian President at the European Union.Femen activists demonstrate against the visit of the Russian President at the European Union.

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