Russie – Union européenne : des désaccords tactiques ou plus profonds ? (Chizhov)

(Crédit : Mission permanente de la Fédération de Russie)
(Crédit : Mission permanente de la Fédération de Russie)

(BRUXELLES2) Devant une vingtaine de journalistes (dont B2) invités à la Mission permanente de Russie, bd du Régent à Bruxelles, l'ambassadeur russe Vladimir Chizhov a voulu tirer le bilan des relations russo-européennes, mercredi (22) avant un Sommet EU-Russie, qui se tiendra le 28 janvier, dans un format court mais chargé !

Objectif du diplomate, fin connaisseur des atermoiements européens: affirmer la position russe sur les « sujets chauds » : l'Ukraine, l'Iran, la Syrie, l'énergie (le projet South-Stream) et le terrorisme (combattants étrangers européens... Chizhov prévient d'ailleurs : « la discussion au Sommet doit être générale et non technique ». Autrement dit : très politique et sur tous les sujets...

Ukraine : c'est à l'UE de changer sa position 

Sur l'escalade de la violence. « La cessation des violences et la fin de la crise politique » en Ukraine figurent bien parmi les priorités russes, indique Vladimir Chizhov. Seul le point de vue diffère. Pour la Russie, « les développements dramatiques ont commencé lorsque le président ukrainien a pris la décision concernant l'accord d'association avec l'Union européenne ». Quant à la violence, elle est due à l'action « de groupes extrémistes contre les forces de l'ordre ». L'ambassadeur appelle ainsi « le peuple ukrainien à faire un choix souverain ».

Sur les manifestants tués.  Vladimir Chizhov est certain que les deux personnes (*) n'ont pas été tuées par « la police mais frappées par quelque chose ». « Je n'ai pas d'informations qui disent précisément qu'ils ont été tués par la police » affirme l'ambassadeur. Il appelle néanmoins à la poursuite des « investigations ».

Sur la menace de sanctions sur l'Ukraine. « Les sanctions ne peuvent être élaborées que par le Conseil de sécurité et non par d'autre organes » rappelle le diplomate qui glisse à l'attention de ses partenaires occidentaux. « Aussi longtemps que l'Ukraine est concernée, (...) le langage ne doit pas être un langage de sanctions mais un langage de soutien et d'assistance ».

Vers un trilogue ? « Nous n'allons pas prendre de décision sur le dos des Ukrainiens » précise le haut-diplomate qui renvoie à la proposition du président ukrainien, Ianoukovitch, d'un trilogue entre la Russie, l'UE et l'Ukraine. « Le président Poutine l'a accepté immédiatement, alors que l'Union européenne a rapidement refusé et confirmé sa position négative. Nous verrons si l'UE changera de position au Sommet. »

Syrie et Iran : des désaccords tactiques  

Ne rien faire dans le dos des autorités souveraines. « Nous avons un accord. Nous ne voulons pas prendre de décision au Sommet, dans le dos de l'Iran ». C'est le cas aussi pour « les négociations à la Conférence de Genève II qui, pour des raisons pratiques, se déroulent à Montreux... Mais c'est une jolie ville suisse aussi » ironise le diplomate.

Les besoins humanitaires en Syrie sont reconnus. « Il y a des besoins humanitaires en Syrie, notamment en ce qui concerne les réfugiés. Nous sommes en désaccord sur des éléments tactiques mais dans l'ensemble, nous sommes d'accord sur les mêmes éléments ».

La coopération avant tout. « Les dirigeants et le sommet ne doivent pas être impliqués directement dans les discussions techniques, mais plutôt sur les mécanismes de coopération ».

Combattants étrangers en Syrie : le point d'accord

Lutte contre le terrorisme. « La coopération entre la Russie et l'Union européenne passe par la lutte contre le terrorisme ». Car « c'est un défi commun pour tous, particulièrement contre les combattants djihadistes en Syrie et en Afghanistan ». Et la Russie fait face au même problème que l'UE. En conséquence, « beaucoup d'armes viennent d'autres pays et, heureusement, pas de membres de l'Union européenne » confie Vladimir Chizhov avant d'ajouter« Nous ne pouvons lutter contre cela qu'ensemble. Le terrorisme n'a pas de frontières ni de citoyenneté » remarque l'ambassadeur qui appelle l'Union européenne « à unir nos forces ».

3ème paquet énergie : l'invention la moins sage de l'Union européenne  

Sur le projet South Stream. « La Russie a signé de nombreux contrats bilatéraux avec certains pays membres de l'Union européenne » affirme le diplomate qui complète : « plusieurs d'entre eux les ont signés avant le troisième paquet énergie ». Et pour la Russie, « le projet Southstream ne peut pas être couvert par ce "Paquet énergie". Car il s'agit d'un projet transfrontalier et la plus grosse part de ce projet se trouve en dehors du territoire européen ! » Commentaire du diplomate : le troisième paquet énergie n'est « pas la plus sage invention de l'UE ». « Cela a créé plus de problème que ça en a résout ». Mais les négociations avancent. « Le fait qu'un groupe de travail a été établi montre que les deux côtés veulent trouver une solution…»

(*) Au moment de la discussion, on ne faisait état que de deux morts.

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