La stratégie de déstabilisation de la Russie vue par Carl Bildt

Carl Bildt au Conseil des Affaires étrangères (Crédit : Conseil de l'UE)
Carl Bildt au Conseil des Affaires étrangères (Crédit : Conseil de l'UE)

(BRUXELLES2) Pour le ministre suédois des Affaires étrangères, Carl Bildt à Luxembourg ce lundi (14 avril), ce qui se passe en Ukraine est simple. Il s'agit d'une « stratégie de déstabilisation de la Russie ». Très engagé sur l'Ukraine, décrivant avec précision les enjeux sur le terrain, le ministre - qui revient d'un voyage de trois jours en Ukraine, dans les villes de Kiev, Odessa et Kherson (du 10 au 13 avril) (*), n'a pas ménagé ses efforts de persuasion face à la presse.

Les trois marches suédoises vers la désescalade

Pour le ministre suédois, la situation en Ukraine est «  évidente ». « La Russie a perpétré une escalade dramatique vers la déstabilisation de la région... et continue au moment où nous parlons ». Cette « stratégie de déstabilisation » peut être combattue, selon lui, par « trois mesures ». Il faut « enlever l'autorité, le mandat donné au Conseil de la fédération d'utiliser les armes ». « La Russie doit se dissocier des groupes armées illégaux sur le terrain ». Ce sont « les marches de la désescalade » a-t-il ajouté.

Un appel à de vraies « mesures » 

Interrogé sur le passage à phase 3 des sanctions (sanctions économiques), Carl Bildt répond « Je n'ai jamais compris ces questions de niveaux ». Il appelle « à des mesures pour mettre en place une désescalade en accord avec la demande ukrainienne » avec un message de « fermeté ». Si la discussion de Genève est considérée comme « une opportunité pour Sergueï Lavrov (ministre russe des Affaires étrangères) de faire cette désescalade », cela ne doit pas « être limité à ça ».

Les intérêts russes : une Ukraine faible et fragmentée

Les Russes « veulent une Ukraine faible et fragmentée ». Il en est sûr « Je connais leurs buts. Ils sont flexibles concernant les moyens. Ce qui veut dire qu'ils sont prêts à agir ». Les élections présidentielles, prévues le 25 mai, sont un des enjeux véritables de cette stratégie. Les Russes « veulent différer l'élection » souligne-t-il. De fait, Carl Bildt appelle à « soutenir les élections » et à mettre en place tous les « moniteurs » et  les « observateurs nécessaires ». Une élection qui doit concerner aussi la Crimée. Il faut « un arrangement pour que les citoyens ukrainiens de Crimée puisse participer à l'élection »  déclare-t-il. « Nous devons attendre que les politiciens viennent avec de nouvelles idées ».

Une mission PSDC sur les rails 

Carl Bildt s'est montrée prudemment optimiste sur l'état d'avancement d'une mission PSDC. « La Pologne et l'Ukraine sont pour cette mission ». Et c'est déjà dans les rails du côté ukrainien. « Les autorités ukrainiennes ont construit et structuré cette mission ». Pourtant le ministre appelle à ne pas attendre une mise en place trop rapidement. « Cela prendra du temps. (...) Le plus important que nous pouvons faire est de soutenir l'Ukraine et le gouvernement à franchir les étapes avec cette mission particulière ou d'autres ». Les lendemains vont être difficiles. « L'Ukraine va connaître une période de deux ou trois ans où ça va être difficile ».  Il y a « retournement dramatique », complètement planifié dans la stratégie de déstabilisation de la Russie.

(Loreline Merelle)

(*) Le ministre s'est d'abord entretenu à Kiev avec le Premier ministre ukrainien Arseniy Yatseniuk. « Une aide suédoise à l'Ukraine, notamment pour le développement de son système démocratique » aurait été évoquée selon le Ministère suédois des Affaires étrangères. Invité à la conférence annuelle sur la sécurité de Kiev, le ministre a ainsi souligné « le potentiel de l'Ukraine sur le long terme ». Il a égalemement rencontré certains des candidats à l'élection présidentielle du 25 mai , notamment Ioulia Timochenko, l'ancienne Premier ministre et Petro Porochenko avec son homologue slovaque, Miroslav Lajcak, qui se trouvait également en Ukraine au même moment. Le ministre n'a pas hésité à donner de sa personne dans un talk-show politique à la télévision ukrainienne vendredi soir. A Odessa, il a notamment allé visité la mission d'assistance aux frontières (EUBAM Moldova-Ukraine).

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