Pologne. Deux hommes forts limogés, Morawiecki nomme des profils plus acceptables

Pologne. Deux hommes forts limogés, Morawiecki nomme des profils plus acceptables

Le Premier ministre Mateusz Morawiecki (à gauche) dans le Berlaymont, au siège de la Commission européenne, avec Jean-Claude Juncker (crédit : Commission européenne)

(B2) Le nouveau Premier ministre polonais, Mateusz Morawiecki, a procédé mardi (9 janvier), juste avant de se rendre pour son premier déplacement à Bruxelles rencontrer le président de la Commission européenne (Jean-Claude Juncker) à un remaniement majeur de son gouvernement, beaucoup plus fondamental que prévu par certains observateurs.

Un véritable tremblement de terre pour qui connait la scène politique polonaise. En mettant à l'écart quelques vieux briscards du PiS, le Premier ministre prend un risque, mais sans doute moindre que de laisser ceux-ci faire la loi dans son gouvernement. Dans les postes régaliens, ce remaniement est complet, à l'exception notable du ministre de la Justice (Zbigniew Ziobro) qui reste en place. Prétendre que le gouvernement polonais va donc changer totalement de politique serait donc hasardeux. Les nouveaux venus ne sont tous des "tendres" (lire : les trois nouveaux ministres)

Une véritable purge de quelques vieux briscards

Le Premier ministre a ainsi démis de ses fonctions plusieurs personnages hauts en couleurs, pour les remplacer par des personnalités, plus modérées et plus diplomatiques, aptes à rencontrer l'assentiment de ses collègues européens. Il a aussi profité de ce remaniement pour neutraliser certaines voix gênantes sur la scène européenne.

L'homme fort du PiS, le ministre de la Défense Antoni Macierewicz (qui pourrait devenir président de la Diète) a ainsi été remplacé par son collègue de l'Intérieur Mariusz Blaszczak. Pour celui-ci, ce transfert (sous forme de promotion) s'apparente à une certaine mise sous surveillance. Blaszczak qui n'avait pas eu de mots assez durs sur l'accueil des réfugiés, quitte ainsi son poste laissant ouvert, sinon un changement de politique, au moins une attitude moins 'rugueuse' de Varsovie. Le ministre des Affaires étrangères Witold Waszczykowski a aussi été mis à la porte, remplacé par Jacek Czaputowicz, un diplomate de carrière, ancien des mouvements anti-communistes.

D'autres ministres controversés, aux plans européen ou interne, prennent la porte : le ministre de l'Environnement Jan Szyszko, artisan de l'abattage des arbres de la forêt de Bialowieza (également fortement critiqué par la Commission européenne), le ministre de la Santé Konstanty Radziwiłł, confronté à une sévère grève des médecins hospitaliers, et la ministre Anna Streżyńska chargée du numérique et artisane de la libéralisation des télécoms, pour des raisons plus proprement internes au PiS.

Un double objectif interne et externe

Ce remaniement a une double portée. Au plan interne, il s'agit de préparer les prochaines élections parlementaires qui auront lieu en 2019 (1), en ressoudant les rangs dans le gouvernement comme avec le président Andrzej Duda. Il illustre aussi un renouvellement de génération du PiS ainsi qu'un rééquilibrage entre "modérés" démocrates-chrétiens et conservateurs.

Au plan externe, le message est indéniablement à destination des partenaires européens. Les prises de position agressives de Macierewicz et Waszczykowski avaient conduit à un net isolement de la Pologne sur la scène européenne, notamment vis-à-vis de la France ou de l'Allemagne, mais aussi – fait moins mis en valeur dans les médias – des autres pays de l'Est. Les pays baltes comme la Roumanie, la Bulgarie, la Slovaquie la république Tchèque adoptant une position beaucoup moins "vocale" sur l'intégration européenne.

Cet isolement avait culminé, de façon publique, avec la reconduction de l'ancien Premier ministre Donald Tusk (ancien leader du principal parti d'opposition, la plate-forme civique) à la présidence du Conseil européen, où Varsovie s'était retrouvé seul dans l'opposition ; même son fidèle allié, la Hongrie de Viktor Orban avait renoncé à le soutenir. Mais cet évènement n'était pas le seul. La gestion désastreuse par Macierewicz de l'affaire du Caracal avec Airbus plombe les relations Paris-Varsovie comme ses évictions à répétition qui ont déstabilisé l'état-major des armées polonaises peuvent aussi être mis en évidence.

Réintégrer le coeur de l'Europe

Au moment où s'élabore un nouveau cadre financier multiannuel pour les années futures, il devenait urgent pour le gouvernement polonais de montrer des signes positifs envers ses voisins européens, afin de chercher des alliances dans une négociation qui s'annonce rude pour le pays qui bénéfice largement des fonds structurels et des subventions agricoles, et de réintégrer le cœur de l'Europe. La valse hésitation lors de l'adhésion à la Coopération structurée permanente, finalement obtenue, au prix d'un arbitrage du Premier ministre et du Président contre l'avis du ministre de la Défense (lire : PESCO : la Pologne traîne les pieds) avait démontré un changement de gravité du pouvoir mais aussi la volonté de nuisance de A. Macierewicz, qui n'avait eu de cesse à Varsovie ou à Bruxelles, de mettre des limites à cette adhésion (lire : La Pologne pose trois conditions, écrites, à son adhésion à la PESCO). Au passage, sans renier les engagements du PiS, le Premier ministre semble vouloir mettre un peu sous le boisseau toute la théorie complotiste, dont Macierewicz a été un des principaux fervents acteurs, entourant le souvenir du crash de l'avion présidentiel de Smolensk en avril 2010.

(Nicolas Gros-Verheyde)

A suivre : le portrait des trois nouveaux ministres aux postes régaliens

(Nicolas Gros-Verheyde)

(1) Le parti au pouvoir (PiS) jouit toujours d'une popularité très nette, caracolant au-dessus des 40%, et devançant de près de 20 points le principal parti d'opposition (PO), qui plafonne au-dessous de la barre des 20%, et lui assurerait une majorité absolue encore plus nette à la Diète si les élections avaient lieu aujourd'hui, selon les derniers sondages faits début janvier. Mais la menace de baisse des financements européens, notamment de la future politique agricole commune, si elle était suivie d'effet, aurait pu menacer sérieusement cette popularité l'année prochaine.