Zuckerberg au Parlement européen : déception et frustration. Le mea culpa ne suffit plus

Zuckerberg au Parlement européen : déception et frustration. Le mea culpa ne suffit plus

A. Tajani et M. Zuckerberg (crédit : Parlement européen)

(B2) Comme attendu, devant les eurodéputés, Mark Zuckerberg s'est excusé des défaillances de Facebook. Scandale de Cambridge Analytica oblige. C'est pourtant un goût spécialement âpre qui reste. L'heure et demi d'audition n'a permis d'obtenir aucune réponse concrète

 Le PDG de Facebook s'est exprimé, mardi 22 mai, devant les chefs des groupes politiques du parlement européen. Initialement prévue à huis clos, l'audition qui s'est tenue en fin d'après-midi a finalement été diffusée en streaming. Ce qui aurait pu être un succès du Parlement européen a finalement laissé un mauvais goût chez tout le monde, principalement en raison du format choisi par le président de l'assemblée (lire : Zuckerberg préfère un semi huis clos au débat démocratique). Les députés européens présents dans cette conférence des présidents sont restés sur leur faim, n'obtenant pas de réponse à la plupart de leurs questions. Après quelques minutes de protestation, l'Américain a promis de répondre « individuellement et par écrit à chaque question » posée. Par ailleurs, des cadres de Facebook seront encore entendus dans quelques jours en commission parlementaire.

Un mea culpa devenu habituel

Fausses informations, interférences de l'étranger dans des élections ou développeurs utilisant de façon mal attentionnée les informations personnelles, voilà toute la panoplie des défaillances de Facebook. « C'était une erreur, et je suis désolé » a admis Mark Zuckerberg, fondateur du réseau social, récitant un mea culpa déjà entendu le mois dernier, devant les parlementaires américains. « Il est devenu évident, au cours des deux dernières années, que nous n'avons pas fait assez pour empêcher que les outils que nous avons créés soient aussi utilisés à des fins préjudiciables. » Quant à l'ingérence russe, Facebook avait été « trop lent à l'identifier » dans la présidentielle américaine de 2016.

Quelques bonnes questions des députés

Les excuses ne suffisent plus

« Vous vous êtes déjà excusé plusieurs fois et nous ne sommes qu'au mois de mai. Combien de fois allez-vous devoir le faire ? » a demandé ironiquement l'eurodéputé belge Guy Verhofstadt. « Êtes-vous vraiment capable d'améliorer votre plateforme ? ». Les questions des eurodéputés ont été multiples, portant sur le scandale Cambridge Analytica, la protection des données privées, les fake news, la censure.

Le principe de libre concurrence mis en cause

Autre aspects mis en avant, le monopole du réseau social et son respect de la législation fiscale. « Êtes-vous prêt à scinder l’activité des messageries Whatsapp et Messenger » des deux réseaux sociaux Facebook et Instagram, s'est interrogé G. Verhofstadt. Le chef de file du Parti populaire européen (EPP), Manfred Weber, a pointé la nécessité « de briser le monopole » de Facebook. « Êtes-vous prêts à ouvrir vos livres aux autorités européennes anti-trust ? ». Pour les Verts, Philippe Lamberts a insisté en particulier sur la question fiscale intimant à Mark Zuckerberg de cesser de faire remonter ses impôts en Irlande (où ils sont peu taxés) et de publier les détails de ses opérations et arrangements fiscaux. 

Des réponses peu convaincantes 

Dans la posture du parfait petit élève à qui on fait la leçon, Mark Zuckerberg, a louvoyé entre les questions trop difficiles préférant choisir son terrain de bataille.

Cambridge Analytica bis ? Impossible !

La « bonne nouvelle par rapport à ce qu'il s'est passé » avec Cambridge Analytica, c'est que les modifications apportées au sein du réseau social en 2014 empêcheraient une « redite » a promis M. Zuckerberg. « Un développeur d'application n'aurait plus accès à ce niveau de données depuis 2014. Mais comme un certain nombre d'applications utilisaient en 2014 notre système, il est important de réviser toutes ces applications. »

La lutte contre les fake news avec des vérificateurs externes

Différenciant ceux qui partagent des fausses informations volontairement et ceux qui le font sans le vouloir, c'est avec des vérificateurs tiers que Facebook veut lutter contre les fake news. « Ces vérificateurs peuvent démontrer que telle ou telle information est erronée. Il faudra des partenaires pays par pays, langue par langue... Nous avons encore beaucoup de pain sur la planche ».

Faux comptes : seulement 10% encore existants

Quant aux faux comptes, il devrait désormais être « inférieur à 10% ». « 180 millions de faux comptes et souvent quelques minutes après leur entrée sur le système », ont été supprimés.

Élections européennes, la course aux armes est lancée

Mark Zuckerberg affirme que sa société travaille avec les gouvernements européens en vue des prochaines échéances électorales. « Nos adversaires, surtout du côté des élections - les gens qui essaient d'interférer - auront accès aux mêmes outils d'intelligence artificielle que nous le ferons, c'est donc une course aux armements, et nous allons constamment travailler pour rester en tête. »

L'intelligence artificielle contre les discours de haine

« Les discours qui ont un rapport avec la haine ou la violence n'ont rien à voir avec notre réseau. Nous avons mis en place des équipes pour gérer ce genre de choses. Nous avons mis en place des outils pour tirer l'alarme beaucoup plus tôt. Notre système d'intelligence artificielle permet d'écarter 95% des contenus terroristes avant même que notre communauté nous signale ces contenus. »

Le RGPD en application mondiale

Face à l'entrée en vigueur du nouveau règlement européen de protection des données (RGPD). Facebook sera au rendez-vous assure son patron. « Une équipe y travaille actuellement. » Et la réglementation européenne devrait également être appliquée dans le reste du monde. « Nous allons encore plus nous soumettre à ces règles sévères », notamment la possibilité d'effacer son historique de la même façon que l'on peut effacer ses "cookies" sur internet, promet-il.

Des investissements en Europe

« Cela va prendre du temps pour faire face à tous les changements à effectuer. Mais je m'engage à le faire bien et à réaliser les investissements nécessaires pour garder les gens en sécurité. » Parmi ces investissements, le doublement des collaborateurs affectés à la sécurité, pour atteindre les 20.000 d'ici la fin de l'année.

Des impôts payés selon les règles

« Nous payons les impôts que les lois nationales nous imposent. » Facebook « emploie 10.000 personnes aux quatre coins de l'Europe, possède deux centres de données, dont un à venir au Danemark en 2020 » a-t-il justifié. Mais le créateur du média social a tenter de minimiser le poids de l’entreprise américaine.

(Leonor Hubaut)

Ecouter les interventions successives (MP3)