Prendre le commandement d’Euromarfor : c’est stimulant (VAE Jean-Philippe Rolland)

Prendre le commandement d’Euromarfor : c’est stimulant (VAE Jean-Philippe Rolland)

(B2) Le vice-amiral d'escadre Jean-Philippe Rolland a pris ses fonctions de chef de la force maritime Euromarfor la semaine dernière à Toulon. Une force mal connue. Entretien

C'est à bord du porte-hélicoptères amphibie (PHA) Tonnerre, que s'est déroulée la prise de commandement de l'EUROMARFOR par le VAE Jean-Philippe Rolland (crédit : DICOD / SIRPA Marine)

Vous venez de prendre le commandement de Euromarfor (lire encadré), qu'est-ce que cela change pour vous ?

Le changement est significatif puisque le commandement d'Euromarfor me donne une nouvelle responsabilité, opérationnelle.

C'est un dispositif que vous connaissez bien ?

En effet. Depuis deux ans, en qu'ALFAN [amiral commandant la force d’action navale française], je participe à son existence. Aujourd'hui, j'en prends la tête à un moment où les initiatives sont nombreuses pour rapprocher l'Europe de l'OTAN sur les questions de sécurité, au niveau capacitaire, comme avec l'Initiative européenne de défense (IEI) ou le Fonds européen de défense (FEDef). Dans ce contexte, Euromarfor a des atouts à faire valoir et peut apporter des réponses. C'est stimulant.

Quel est l'avantage de cette structure ?

La force n'existe pas en permanence. Mais la structure existe en permanence. Elle est extrêmement rapide à mobiliser et surtout extrêmement modulable. Nous tirons partie de toutes les marines.

De combien d'officiers disposez-vous dans cet état major ?

J'ai quatre officiers supérieurs, avec un gros parcours opérationnel, un par pays, ainsi qu'un capitaine de vaisseau français en tant que chef de cellule. Cinq personnes en tout, hébergées à Toulon, au sein de la force française navale (la même qui produit l'état-major du groupe amphibie ou du groupe aéronaval).

C'est suffisant ?

C'est bien adapté en termes de coordination, de partage d'informations, de partage de planification de moyens. Cela me donne un noyau de commandement. Cela permet de faire tout le travail de planification. C'est suffisant pour agir en temps normal. Et, en cas d'opération, cet élément peut servir à préfigurer l'état-major tactique embarqué.

Comment vous préparez-vous à agir ensemble ?

Nous avons un programme d'exercice régulier, avec en moyenne trois exercices par an. Parmi ces exercices, l'un se déroule avec un pays d'Afrique du Nord. Cette année, c'était le Cap Vert, l'année prochaine, ce sera la Tunisie. Cela permet d'aider à faire comprendre ce qu'est la sécurité maritime, au-delà de l'Union européenne.

Avez-vous déjà été engagés ? Sur quelles opérations pourriez-vous l'être ?

La discussion des opérations reste confidentielle. EUROMARFOR a déjà été engagé dans le passé dans le soutien à la TF150 de 2003 à 2005 en Méditerranée [Operation Enduring Freedom], au large du Liban en assurant la composante maritime de la FINUL entre mars 2008 et février 2009, et dans l'Océan indien, dans le cadre de l'opération de lutte contre la piraterie (EUNAVFOR Atalanta) en 2011.

... et sur l'opération Sophia ?

Ce sera à nos autorités d'en décider. Mais dès sa création, en 1995, il y a eu une grande attention des quatre pays à l'origine d'Euromarfor à ce que cette force ne soit pas perçue comme tournée vers la protection contre le flanc sud.

En combien de temps pouvez-vous réagir ?

Nous n'avons pas de contrat opérationnel ou de délai d'alerte prévu. Ce sont les autorités nationales qui le décident. Mais notre état-major peut monter en régime rapidement.

Les Européens mettent au point un nouveau concept de 'présence maritime coordonnée'. C'est important pour vous ?

Coordonner les activités dans le domaine naval est toujours indispensable. Dans le Golfe de Guinée, plusieurs pays (Portugal, Espagne, France) ont des moyens déployés très régulièrement voire en permanence. Il y a donc un intérêt très concret à ce que la nature des activités conduites et leur séquencement soient discutés entre les quatre pays présents et avec d'autres. Cette réflexion en est à ses débuts. Du côté d'Euromarfor, nous disposons d'une certaine expérience qui peut être très utile.

(propos recueillis par Nicolas Gros-Verheyde)

Entretien réalisé par téléphone depuis Toulon le jeudi 18 septembre


Euromarfor en quelques mots

La force maritime européenne a été créée dans la foulée de la déclaration de Petersberg, en juin 1992, définissant une série de missions de gestion de crise pour la toute nouvelle Union européenne. En septembre 1992, la France, l'Italie et l'Espagne définissent un concept de force maritime européenne pré-structurée. Le processus de consultations démarre en 1993. Le Portugal les rejoint officiellement. L'objectif est de créer une force adaptée pour remplir des missions telles que le contrôle maritime, les missions humanitaires, les opérations de prévention des crises (patrouilles maritimes, guerre des mines). L'acte fondateur d'Euromarfor (la déclaration de Lisbonne) est signé le 15 mai 1995. Précision : Euromarfor n'est pas une structure de l'Union européenne, mais elle peut être mise à son service. Lire aussi : Les forces multinationales européennes (fiche-mémo)

Le VAE Rolland, ancien pacha du Charles-De-Gaulle

Né le 7 mai 1964 à Toulon (Var), Jean-Philippe Rolland intègre l'école navale en 1983 et s'oriente vers les forces de surface. Il embarque sur le bâtiment amphibie Dumont d'Urville, stationné en Polynésie, puis il participe à bord de L'Estafette aux travaux d’hydrographie des îles Marquises. Et, en 1988, ce sera à bord de la frégate Duguay-Trouin qu'il opérera dans les opérations de protection du trafic maritime dans le golfe Persique. Il prend en 1989 le commandement du bâtiment-école Panthère. Affecté sur la frégate Jean Bart, il participe à partir de 1992 et durant trois années à de plusieurs opérations liées aux crises au large de l'ex-Yougoslavie. Après avoir travaillé dans l'équipe chargée de la préparation opérationnelle des bâtiments de surface de la Marine nationale, il reprend la mer, en 1998 comme commandant de l'aviso Commandant Bouan, pour plusieurs missions de surveillance en Méditerranée. Affecté à l'État-major de la Marine, il contribue comme officier de programme au développement des futurs missiles antiaériens et à celui du missile de croisière naval. En 2003, il embarque sur le porte-avions Charles de Gaulle comme responsable des opérations. Objectif : le soutien aérien des forces déployées en Afghanistan. Il reviendra à bord du porte-avions en 2009 comme commandant, après avoir commandé la frégate La Fayette (en 2005) qu'il conduit en océan Indien dans le cadre de l'opération Enduring Freedom et participer en 2007 à la préparation de la nouvelle loi de programmation militaire. Élevé au grade de vice-amiral d'escadre, il prend le commandement de la force d'action navale à compter du 31 août 2017.