Mon objectif : créer l’Union de sécurité et de défense pour que l’Europe soit en capacité d’agir face aux crises (Von der Leyen)

(B2) Ursula von der Leyen a choisi, ce mercredi (4 décembre), de venir elle-même présenter le résultat de la réunion du collège de commissaires (le 'read-out' dans le jargon bruxellois). L'occasion de lui poser quelques questions sur son ambition future, notamment en matière de défense

(crédit : Commission européenne)

En plein sommet de l'OTAN, comment ne pas interroger la nouvelle présidente de la Commission européenne sur la défense. Ursula von der Leyen s'est prêtée au jeu, répondant en français à la question de B2.

L'OTAN est irremplaçable mais ne peut intervenir partout

« Je voudrais tout d'abord dire que l'OTAN, [ce] sera toujours l'article 5, la défense collective. L'OTAN est la plus puissante alliance militaire au monde. » Pour autant, l'ancienne ministre allemande de la Défense se dit profondément « convaincue qu'il y a des thèmes où je ne vois pas l'OTAN, mais où il est nécessaire d'avoir l'Union européenne avec la capacité d'agir. »

La tâche de cette Commission : une Union de sécurité et de défense

L'Union européenne est « unique [par les] moyens qu'elle a : la diplomatie, le développement, les investissements, mais aussi la défense. Il faut continuer à travailler pour développer l’Union de la sécurité et de la défense. Cela va être une tâche de cette Commission. Car je veux que, quand il y a une crise et que l’UE est d’accord d'agir, qu'elle doit avoir les procédures et les moyens de vraiment agir ».

Ne plus répéter le scénario malien où la France a dû agir seule

Et l'ancienne ministre de la Défense de se rappeler le scénario malien. Il y a cinq ans. Il y avait un voeu politique de l’UE d’agir au Mali, mais elle n’avait ni les moyens, ni les structures, ni les procédures pour agir. C'est grâce à la France, que le Mali n'est pas tombé. C’est pour cela que dans l’avenir on veut construire cette Union européenne de la sécurité et la défense pour être « capable d’’agir si nécessaire ».

Réduire le budget du FEDEF : une proposition non acceptable

Quant à la proposition faite par l'actuelle présidence de l'Union, la Finlande, de revoir à la baisse certains moyens, notamment la baisse à 6 milliards d'euros pour 2021-2027 du budget Fonds européen de défense (FEDEF), «  ces moyens ne sont pas assez hauts. Si on est sérieux sur [la défense], il faut investir », a martelé la présidente. Et d'ajouter plus tard, répondant à un autre journaliste, « je suis inquiète de voir les réductions profondes prévues dans cette proposition par rapport à celle de la Commission. Il y a des réductions importantes pour des politiques qui visent des objectifs clés de notre agenda stratégique, comme Frontex, la défense, le numérique ou les efforts pour verdir l’économie ».

Un engagement sur l'extérieur

Les questions extérieures devront être examinées de façon hebdomadaire (comme peut le faire un gouvernement national). « À chaque [réunion du] collège, du temps sera consacré [pour] que le Haut représentant fasse rapport sur l'action extérieure ». Une discussion qui se fondera sur une instance préparatoire, l'EXCO, une structure nouvelle. Ce qui « permettra de faire que cette Commission soit plus géopolitique ». Sur les questions sensibles, comme le conflit commercial avec les États-Unis, il faut « être très prudent dans le choix des mots ». « Je préfère avoir une réunion bien préparée, passer tout d'abord en revue les différentes questions, chercher autant que possible à avoir des situations gagnant-gagnant. » « Ce ne sera pas le cas toujours. » Si ce n'est pas possible, « nous sommes prêts à agir par nos propres moyens ».

(Nicolas Gros-Verheyde)


Un sérieux problème avec la Turquie

La présidente de la Commission a reconnu avoir « de sérieux problèmes à discuter avec la Turquie ». L'évolution de la situation en Turquie « exige des conversations très honnêtes, des deux côtés ». D'une part, « nous avons de graves problèmes en ce qui concerne le respect du droit international, le respect du voisinage, de la souveraineté et de l'intégrité des voisins ». D'autre part, il y a « d'autres domaines dans lesquels nous collaborons avec la Turquie, par exemple l'accord UE-Turquie, l'accord sur la migration ».


 

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen à l'université Paris I Pantheon Sorbonne. Journaliste professionnel depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir). Auditeur de la 65e session de l'IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale).

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