Relais allemand à la tête de la mission EUAM Iraq. Berlin entend garder des postes d’influence

Christoph Buik lors de la remise de matériels à la police régionale de Banadir en Somalie (source : flux ONU / sélection B2)

(B2 - Exclusif) Un changement de tête va s'opérer début 2020 pour la mission de l'UE de conseil aux forces de sécurité intérieure irakiennes (EUAM Iraq), mais pas de nationalité

Markus Ritter qui dirige cette mission civile de la PSDC basée à Bagdad depuis ses débuts à l'automne 2017, va pouvoir souffler (1). Il sera remplacé à compter de janvier 2020 par un compatriote, Christoph Buik. Les représentants des '28' au Comité politique et de sécurité (COPS) devraient avaliser cette nomination ce mardi (10 décembre).

Le mandat du nouveau chef de mission est limité formellement au 17 avril 2020, le terme du mandat de l'actuelle mission. Mais il pourrait être repoussé à une date ultérieure au moment de la prolongation de la mission. Celle-ci est également à l'étude chez les ambassadeurs qui doivent adopter aujourd'hui les conclusions sur la revue stratégique de EUAM Iraq. Le nouveau chef aura à sa disposition un budget qui a été augmenté à un niveau important pour 2019-2020 (lire : La mission EUAM Irak prolongée de 18 mois)

Un habitué des terrains difficiles

Diplômé de la Fachhochschule des Bundes (l'École supérieure fédérale d’administration publique) en sciences criminelles et de la Polizeiführungsakademie, Christoph Buik est depuis février 2018 le directeur de la Capacité de police permanente de l'ONU à Brindisi. Il a fait une large partie de sa carrière dans des missions de l'ONU ou de l'UE. Ce qui suit une volonté affirmée à Berlin d'une présence dans la sphère internationale (cf. encadré). Auparavant, il était commissaire de police à la mission d'assistance de l'ONU en Somalie 'UNSOM' (septembre 2015 - février 2018). Il a notamment suivi l'accord de réorganisation de la police établi en avril 2017, inscrit dans le pacte de sécurité lors de la conférence sur la Somalie à Londres en mai 2017. Accord qui établit un nouveau modèle de police basé sur une structure institutionnelle fédérale.

De la MINUK à EUCAP Nestor

Christoph Buik a débuté son expérience internationale dans la MINUK, la mission de l'ONU au Kosovo, comme commandant du poste de police de Mitrovica Nord (juin 2002 - juillet 2003). Il passe ensuite sur le terrain africain, qu'il ne quittera pas vraiment. Il sera tout d'abord au Soudan - Darfour, au sein de la mission d'assistance de l'UE (AMIS II) au Soudan (juin 2007 - décembre 2007), puis comme commandant de secteur adjoint à la mission de l'ONU, la MINUAD (janvier - décembre 2008). Il est ensuite le chef de la composante police de la mission de l'UE d'assistance aux forces de sécurité maritime 'EUCAP Nestor' (septembre 2012 - décembre 2013). Son dernier poste occupé en Allemagne était à Cologne, comme chef de la branche spéciale de la police fédérale de la région Ouest, de janvier 2014 à septembre 2015.

(Nicolas Gros-Verheyde)


Une présence allemande affirmée

L'Allemagne a une politique dynamique en matière de détachement de ses policiers dans les missions internationales, tant dans les missions qu'aux sièges de l'Union européenne et de l'ONU (2). L'objectif est clair : « exercer une influence précoce sur la planification stratégique et opérationnelle et pouvoir réagir aux changements » comme le confirme un rapport officiel (3).

Outre EUAM Iraq, elle est ainsi présente dans deux autres missions à haut niveau : Günther Freisleben est à la tête d'EUBAM Rafah (lire : Un policier allemand prend la tête de EUBAM Rafah) et Antje Pittelkau (Berlin) est chef adjoint à EUCAP Sahel Niger, tandis que Bernd Thran (Rhénanie-Palatinat) a été durant plus de trois ans chef adjoint de la mission EULEX Kosovo (jusqu'à fin octobre 2019), assurant, un moment, l'intérim du chef de mission.

En 2017, le nombre de policiers détachés avait diminué pour trois raisons, selon le gouvernement fédéral : le défi domestique (avec l'augmentation des besoins), les missions Frontex (4) et un problème linguistique. « Les missions se déroulent de plus en plus dans des zones opérationnelles francophones où les policiers allemands sont encore sous-représentés en raison des exigences linguistiques en français » indiquait le rapport. À cela, il faut ajouter des raisons organisationnelles, une pré-répartition des postes entre police fédérale et police des Länder, selon un ratio 1/3 - 2/3 (dite Clé Königstein) et une certaine frilosité à « détacher des personnels dans de nouvelles missions (Libye, Iraq) ».

Télécharger la carte des policiers détachés à jour du 8 décembre 2020


  1. Lire : Mission : aider à transformer les forces de police irakiennes (entretien avec Markus Ritter)
  2. L'Allemand Stefan Feller (qui a été chef de la mission EUPM Bosnie-Herzégovine) a notamment été le conseiller 'police' du secrétaire général adjoint de l'ONU chargé du maintien de la paix, entre 2013 et 2017.
  3. Télécharger le rapport annuel 2017 du gouvernement fédéral au Bundestag sur la participation de l'Allemagne au déploiement d'officiers de police dans les missions de police internationales, décembre 2018 (en allemand).
  4. Avec 76 policiers étaient détachés à la date du 8 décembre 2019

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).

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