La logique ‘sectaire’ de l’Arabie Saoudite pointée du doigt

(BRUXELLES2) Le projet de rapport sur « l'Arabie saoudite, ses relations avec l'Union et son rôle au Moyen-Orient et en Afrique du Nord » a soulevé un vif débat en commission des Affaires étrangères du Parlement européen aujourd'hui (5 décembre). Préparé par Ana Gomes (S&D/Portugal), il rappelle, en effet, certaines vérités crûment sur le pays du Golfe, n'hésitant à pointer du doigt son rôle dans le conflit syrien, son soutien à certaines pratiques religieuses en Afrique ou un certain manque de libertés dans le Royaume. La rapportrice est bien consciente qu'il s'agit « d'une première version » et que la tâche est difficile pour « le premier (rapport) que le Parlement fait sur l'Arabie Saoudite ». Lisons...

Syrie: logique sectaire de l'Arabie saoudite

Le projet de rapport « prie instamment l'Arabie Saoudite de s'abstenir d'agir selon une logique sectaire étroite et caractéristique d'un jeu à somme nulle » en Syrie. Il souhaite, au contraire que le Royaume puisse « contribuer à une issue pacifique et inclusive, notamment en apportant son appui aux pourparlers de Genève II, sans poser de conditions préalables » et l'invite également « à participer plus activement aux actions d'aide humanitaire destinées aux victimes de la guerre civile en Syrie ».

NB : un point soulevé mezzo vocce par les spécialistes de l'aide humanitaire de la Commission européenne qui soulignent le faible effort financier en général des pays du Golfe sur la crise syrienne.

Critique à la stratégie appliquée au Moyen Orient 

C'est la même « logique du jeu à somme nulle » qui est condamnée au Moyen-Orient. Car « elle alimente la méfiance, les haines sectaires et la course à l'armement dans la région, y compris la prolifération des armes de destruction massive ». La vente d'armes aux pays de la région (dont l'Arabie Saoudite) « par certains États membres » (non cités) est critiquée pour son « effet déstabilisateur ». Pour les parlementaires, une solution pour l'insécurité de la région pourrait passer par « la mise en place d'un cadre de sécurité commun duquel aucun pays ne se trouve exclu, et qui prenne en compte les intérêts légitimes de tous les pays en matière de sécurité ».

Ambigüité saoudienne en Afrique 

Une crainte réelle est exprimée dans le projet de rapport face au « soutien financier et politique apporté par le Royaume à certains groupes religieux et politiques en Afrique du Nord ». Ce soutien pourrait se traduire « par le renforcement des mouvements fondamentalistes et obscurantistes qui sapent les efforts de mise en place d'une gouvernance démocratique et s'opposent à la participation des femmes à la vie publique ».

NB : un point délicat effectivement. L'aide du Royaume à certains pays est souvent conditionnée à l'application de la Charia, ou de règles religieuses plus strictes. B2 en a eu écho indirectement lors de sa visite à Djibouti.

La fin de l'ingérence au Mali

Pour le Mali, ce n'est pas une action directe du Royaume d'Arabie saoudite qui est remise en question mais le "laissez-faire" face au soutien apporté par les mouvements salafistes aux opération dirigées contre l'État malien par des groupes rebelles, qui déstabilisent l'entière région ». Le texte « exhorte les autorités saoudiennes à agir pour y mettre un terme » et « condamne toute forme d'ingérence, directe ou indirecte ».

L'appui inconditionnel en Egypte au coup d'Etat

Dans le cas concret de l'Égypte, l'inquiétude vient de « l'appui politique et financier inconditionnel apporté aux chefs de file du coup d'État militaire en Égypte ». Car il « compromet l'action de l'Union visant à promouvoir une solution politique pacifique et inclusive à la crise égyptienne ».

Respect des droits fondamentaux

Le rapport rappelle aussi de façon plus générale l'Arabie saoudite à la garantie de certains droits et libertés : liberté d'expression et liberté d'action des ONG, abolition de la peine de mort et moratoire immédiat sur les exécutions, liberté religieuse, droits fondamentaux des chiites et des autres minorités, droits des travailleurs migrants, en particulier des personnels de maison, etc.

(Leonor Hubaut et Nicolas Gros-Verheyde)

Télécharger le projet de rapport