Quatre Premiers ministres dans un bateau pour une réforme de l’Europe

Les 4 leaders dans une barque, le Premier ministre suédois ramant sous l'oeil narquois de David Cameron et Angela Merkel hilares, la photo fera date (crédit : Premier ministre suédois)
Les 4 leaders dans une barque, le Premier ministre suédois ramant sous l'oeil narquois de David Cameron et Angela Merkel hilares, la photo fera date (crédit : Premier ministre suédois)

(BRUXELLES2) La chancelière allemande Angela Merkel a tenté de convaincre, lors d'une rencontre organisée en Suède, lundi soir (9 juin) et mardi matin (10 juin), trois des personnalités européennes les plus hostiles à la candidature de Jean-Claude Juncker à la Commission européenne : ses homologues suédois Fredrik Reinfeldt, britannique David Cameron, et néerlandais Mark Rutte. Apparemment sans succès ! Le mardi matin, le Premier ministre britannique avait diffusé par voie de twitter un avis définitif de veto : tous les partis britanniques sont d'accord pour refuser la candidature de Jean-Claude Juncker.

"All major UK parties are now united on one point: Jean-Claude Juncker should not be President of the European Commission".

Des réformes avant des noms

Selon la présidence suédoise, les Quatre leaders européens se sont accordé sur la nécessité d'endosser certaines réformes de l'Europe avant de faire le choix des « différents responsables qui présideront aux destinées de l'Union européenne » dans le futur. Une nécessité sur lesquelles ils sont tous d'accord, précise-t-on du côté allemand. « Il faut d'abord décider du contenu avant de prendre les décisions sur le personnel ».

« Nos quatre pays sont tous orientés vers des réformes, en centrant notre politique économique sur les moyens d'augmenter la compétitivité pour assurer des emplois et la croissance » a résumé Fredrick Reinfeldt Des réformes d'autant plus cruciales « à un moment où l'UE sort lentement de la crise économique ».

Un consensus pour... respecter le traité

A défaut de nom, le consensus s'est ainsi fait pour rappeler que la désignation du président de la Commission devait obéir précisément à la règle posée par l'article 17 § 7 du Traité de l'Union européenne : c'est au Conseil européen de proposer au Parlement européen, après des consultations appropriées, un candidat pour le poste du président de la Commission, en tenant compte du résultat des élections au Parlement européen. Pour Angela Merkel, c'est donc aux chefs d'Etat et de gouvernement de l'UE de « faire une proposition au Parlement européen ». « Si nous sommes sages, nous respecterons les différentes institutions » a-t-elle ajouté. Les chefs de gouvernement devant être « absolument certains » que le candidat proposé pourra obtenir les votes du Parlement.

Quatre priorités

Tirant partie du fait que la Suède, l'Allemagne, la Grande-Bretagne et les Pays-Bas sont tous listés « dans les 10 économies mondiales les plus compétitives selon le World Economic Forum », le Premier ministre suédois a souligné quatre priorités principales :

  • des réformes structurelles pour renforcer la compétitivité de l'UE, 
  • éliminer les barrières restantes sur le marché intérieur,
  • l'amélioration de la législation en se basant comme principe d'une analyse coût-bénéfices » 
  • une discussion, à démarrer « dès maintenant » avec tous les Etats membres afin de « réformer le prochain budget européen ».

Libre circulation des travailleurs, à réformer ou à sécuriser ?

La chancelière allemande a ajouté que « Nous avons besoin du développement du marché intérieur, notamment dans les domaines de la mobilité des travailleurs ». Une notion que le Premier ministre britannique a interprété comme un accord à sa revendication de voir « combattre les excès de la liberté de mouvement ». « Nous devons être libres de voyager dans toute l'Europe pour travailler mais pas être libres de profiter indûment des systèmes de protection sociale ». Un point auquel le Premier ministre néerlandais a acquiescé. « Il faut s'attaquer qui menacent » la libre circulation.

Angela Merkel a aussi mentionné la nécessité de « sécuriser le marché de travail, ce qui permettra de créer des emplois dans le domaine numérique et des services ». La question de la création d'un « marché commun de l'énergie et d'un marché unique numérique » a aussi été abordée. Les 4 dirigeants se sont aussi accordé sur la nécessité de conclure un accord de libre échange approfondi avec les Etats-Unis (TTIP), attendant un « élan majeur pour la création d'emplois des deux côtés de l'Atlantique ».

On peut remarquer que ce sont essentiellement les réformes économiques qui préoccupent les 4 dirigeants de l'UE. Par rapport aux priorités énoncées au dernier sommet européen, informel du 27 mai, ni les questions d'immigration, et encore moins la politique étrangère et de sécurité commune ne sont évoquées comme une priorité.

Télécharger la Déclaration de Harpsund du Premier ministre suédois

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).

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