Méditerranée, Libye, Sahel, notre combat européen (Emmanuel Macron)

(B2) Dans son hommage traditionnel aux forces armées, à l'Hôtel de Brienne, le 13 juillet, la veille de la fête nationale française, le président français Emmanuel Macron a tenu un discours européen de combat

E. Macron entouré de la ministre des Armées F. Parly et de la ministre déléguée G. Darrieussecq (flux d'image : Élysée - sélection : B2)

Face aux menaces, l'Europe, un cadre d'action prioritaire

Une Europe qui doit faire face aux retours des puissances

« L'Europe doit plus que jamais être notre cadre d'action et notre horizon. Nos forces, nos atouts, nos capacités, doivent s'additionner et s'agréger autour de nos intérêts communs et prioritaires. » Ce mantra présidentiel est plus que jamais une vérité dans un contexte géostratégique sombre. « L'Europe fait face au retour des puissances, à la désinhibition des comportements, au recours à la force et à l'intimidation, tandis que le multilatéralisme est affaibli et que notre allié américain semble s'interroger sur ses objectifs stratégiques. »

Une autonomie stratégique à cultiver

« Face au rapprochement des zones de tensions, à des évènements qui menacent tous les pays européens, l'autonomie stratégique doit résolument se concevoir dans un cadre européen, se construire sur une culture opérationnelle commune, une cohérence capacitaire d'ensemble, une base industrielle et technologique européenne. [...] L'Europe doit continuer d'avancer pour bâtir cette autonomie stratégique pleine et entière, pour pouvoir se protéger elle-même. »

Préserver la France des mauvaises surprises

Autre conséquence de cette accélération d'un scénario dessiné par le livre blanc il y a trois ans (lire : La revue stratégique française publiée) : le renforcement, au niveau national, des armées. « Nous devons poursuivre l'effort initié pour renforcer et moderniser notre outil de défense en gardant comme boussole le temps long de l'histoire afin de préserver la France des mauvaises surprises. » NB : pour le chef d'état-major des armées françaises, François Lecointre, il faut se préparer au retour des conflits de haute intensité entre États (lire son interview dans Le Monde).

Trois terrains d'actions

Le défi des prochaines années : la Méditerranée

« La zone Méditerranée sera le défi des prochaines années. L'Europe a à redéfinir son rôle, sa place. Sans naïveté, sans complaisance. Ce qui suppose de savoir ré-interroger la cohérence de nos grandes alliances [...]. Ce qui suppose de demander à chacun la cohérence de ses actions. Ce qui suppose, à nous Européens, d'être clairs et exigeants. [...] Nous ne pouvons accepter que notre avenir soit construit par d'autres puissances. » Et le président d'appeler « au développement d'une véritable politique européenne pour la Méditerranée. Une nécessité, une urgence ». NB : Un projet qui devrait s'épanouir sous les présidence française de l'UE au 1er semestre 2022.

Libye : en finir avec les arrivées massives d'armes

La stabilisation de la Libye est « fondamentale pour la sécurité de l'Europe et du Sahel ». Emmanuel Macron a « de nouveau » appelé à la « reprise immédiate des négociations, et d'un dialogue politique en vue d'un cessez-le-feu ». Autre sujet de préoccupation : « en finir avec les arrivées massives d'armes, de mercenaires dans ce pays. Nous le répétons depuis trois ans : il n'y a pas de solution militaire en Libye ».

Au Sahel, une stratégie qui porte ses fruits

« Sur le plan militaire et opérationnel, notre stratégie porte ses fruits. Le renforcement de Barkhane, décidé en début d'année, la coordination accrue avec les forces sahéliennes, la concentration de nos efforts communs sur les trois frontières aux confins du Niger, du Mali, du Burkina Faso, ont permis de bousculer l'ennemi, notamment [l'Etat islamique dans le Grand Sahara] aujourd'hui très affaibli. [...] Tout l'enjeu des mois qui viennent est de faire la différence, de passer un cap. »

Des décisions sur Barkhane à la fin de l'année

Le président a annoncé pour la « fin de l'année », des décisions « à prendre » sur ce théâtre d'opération. En attendant, l'opération Barkhane sera « encore plus européenne avec le déploiement de la task-force Takuba qui regroupera des forces spéciales de plusieurs pays européens ».

(Nicolas Gros-Verheyde)

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).

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