Face aux Américains, Federica Mogherini tient la barre, ferme

Face aux Américains, Federica Mogherini tient la barre, ferme

(B2) La vice-présidente de la Commission européenne, Federica Mogherini, a tenu à répondre de façon très ferme à l'ultimatum posé par les Américains demandant aux Européens de réviser leurs positions sur la Coopération structurée permanente et le Fonds européen de défense

Federica Mogherini - conférence de presse finale du Conseil des ministres de la Défense (crédit : Conseil de l'UE)

Cette réponse a été faite de façon publique lors de la conférence de presse suivant le conseil des ministres de la Défense, mardi (14 mai). Mais elle avait été concertée auparavant avec les États membres, notamment en marge de la réunion des ministres de la Défense. La réponse européenne pourrait partir d'ici quelques jours selon nos informations, soit dans le délai de quelques semaines laissé par l'ambassadeur américain auprès de l'UE (lire :  Les Américains tancent les Européens sur leurs initiatives de défense. La lettre de Ellen Lord décryptée).

Sur la forme comme sur le fond, les responsables européens que B2 a pu interroger semblent assez agacés de cette ingérence américaine dans leurs affaires, et des arguments utilisés, assez « fallacieux ». Certains restent cependant inquiets de ces 'coups de butoir' répétitifs sur les projets menés en commun. Le front européen pourrait se fissurer, sous la menace américaine, particulièrement dans les pays sensibles au lien euroatlantique (Baltes, Polonais...) ou ayant des intérêts économiques par la proximité de leur tissu industriel avec leurs homologues outre-atlantique (Suède, Pays-Bas...). « Nous sommes loin de faire du protectionnisme, [...] ni même de mettre en place un « Buy European Act », […] chacun reste libre d'acquérir les équipements de défense auprès des Américains ». On serait plus proche d'un « Made European Act », indique un diplomate irrité.

Une Europe largement ouverte aux produits américains

L'Union européenne « est et reste ouverte aux compagnies et équipements américains » a indiqué la Haute représentante. « Environ 81% des contrats internationaux sont attribués à des firmes américaines aujourd'hui. » Et d'argumenter que le projet européen n'est pas un 'Buy European act'. « Je ne vois pas de raisons de s'inquiéter. Les projets de la PESCO ne se substituent pas ou ne changent pas les règles de marchés publics. Et ils ne se substituent à aucun des projets déjà en cours ».

« Let me be very clear - and I share this with member States - : the EU is and remains open to US companies and equipments. The PESCO projects are an additional component that comes on top of everything that we have already in place when it comes to cooperation, including on defence industrial and research projects. Let me also say : the EU is actually, at the moment, much more open than the US procurement market is for the European companies and equipments. In the EU there is no 'Buy European act'. Around 81% of international contracts go to US firms at the moment. I do not see any reasons for concern. As I said, PESCO projects are not substituting or changing the procurement rules, and are not substituting any of the projects that are already ongoing ».

La PESCO, un instrument supplémentaire de coopération

Les projets de la PESCO sont « un instrument supplémentaire » motivé par la nécessité « d'augmenter la coopération entre les États membres de l'UE » justifie-t-elle. Ce n'est pas « un instrument de partenariat. Nous avons d’autres instruments [pour cela]. »

« They are an additional instrument that is aimed at incentivising, increasing cooperation among the EU member states that are participating in particular PESCO projects. So it’s a circle that is intended to go deeper and that, by definition, is more restricted than even membership of the European Union. It is not defined to be an instrument for partnership, we have other instruments for partnership, and it does not substitute all the partnerships, including in the defence industries and research, that we have already in place and that are essential for us ».

Une réponse claire et complète

La Haute représentante affirme enfin « préparer une réponse claire et complète » à l'administration américaine. Lettre « préparée ensemble avec la Commission et les États membres ».

(NGV avec CT)


La participation des pays tiers à la PESCO : à régler rapidement

Sur la participation des pays tiers à la Coopération structurée permanente, la discussion est « toujours en cours entre les États membres » indique-t-elle sans vouloir en dire plus. « J'espère que la décision pourra être prise aussi vite que possible. Moins longtemps il y a d'incertitudes, mieux c'est. Car cela crée une agitation non nécessaire ». Lire aussi : L’usine à projets PESCO démarre doucement. Une nouvelle vague prévue. La recherche de cohérence à l’horizon. Pays tiers exclus