La task-force Takuba est créée. Une déclaration signée à onze. Quelques-uns s’engagent plus (v2)

(B2) Onze pays européens (Allemagne, Belgique, Danemark, Estonie, France, Norvège, Pays-Bas, Portugal, Tchéquie, Royaume-Uni, Suède) ont signé ce vendredi (27 mars), une déclaration commune soutenant « politiquement » la création d’une task-force (dénommée Takuba). Objectif : lutter contre les groupes terroristes dans la région du Liptako-Gourma

Les forces spéciales de Takuba devraient venir en renfort de leurs homologues maliens. Ici les forces spéciales maliennes en entraînement en Mauritanie (crédit : FAMA février 2020, archives B2)

L'annonce a été rendue publique en fin de soirée par le ministère français de la Défense.

Une approche robuste

Cette force fait partie des trois éléments d'un 'surge' (augmentation de présence à l'Européenne au Sahel, avec augmentation des forces de l'opération Barkhane, renforcement et extension de la mission de formation EUTM Mali au Burkina-Faso (lire : EUTM Mali évolue : focus sur l’accompagnement des FAMA et le G5 Sahel) et concentration sur la région 'turbulente' des trois frontières (entre Mali, Burkina-Faso et Niger). « Une approche intégrée robuste est nécessaire pour inverser les tendances négatives actuelles et traiter les causes profondes de l’instabilité au Mali et dans la région du Sahel » indiquent les onze signataires.

Début des opérations : juillet 2020, pleine opérationnalité : janvier 2021 à six ou sept

La task-force Takuba devrait atteindre sa capacité opérationnelle initiale (IOC) à compter de l’été 2020 (comme attendu) et sa pleine capacité opérationnelle (FOC) début 2021 (soit un peu plus tard que prévu). Outre la France à l'initiative, cinq pays sont annoncés comme contribuant à l'opération (Belgique, Danemark, Estonie, Pays-Bas, Portugal). Un sixième (la Suède) devrait les rejoindre, dès que le processus de validation parlementaire sera bouclé. Mais pour certains pays, la participation est (très) réduite (cf. encadré). La république Tchèque devrait aussi les rejoindre. Cette  participation est confirmée officiellement à Prague. (lire le communiqué, en tchèque). Mais de façon incompréhensible, le nom ne figure pas, une 'coquille' diplomatique sans doute.

... avec un absent : la Norvège ne viendra pas

Un pays est au rang des absents : la Norvège, qui avait été contactée et s'était montrée très intéressée, a renoncé à contrecœur semble-t-il. et l'a signalé il y a quelques jours. « Nous sommes préoccupés par la détérioration de la situation au Sahel et comprenons bien la nécessité de créer la Task Force Takuba. » Mais « nous manquons de soutien au Storting [le parlement norvégien]. Et nous sommes parvenus à la conclusion que la Norvège ne rejoindra pas cette force maintenant », a indiqué le ministre de la Défense Frank Bakke-Jensen dans un communiqué publié le 23 mars. Il ne renonce pourtant pas totalement, promettant « de réévaluer la question à une date ultérieure ».

Des forces spéciales pour conseiller et accompagner les FAMa

Intégrée au commandement de l’opération Barkhane, cette task force sera « principalement composée de forces spéciales européennes soutenues par des moyens essentiels fournissant un haut niveau d’autonomie ». Elle pourra « agir rapidement et s’adapter face à l’évolution de la menace représentée par les groupes terroristes » et devra « jouer un rôle clé dans l’autonomisation rapide des forces armées locales ». Son rôle défini est triple : « conseiller, assister et accompagner » les forces armées maliennes (FAMa), « en coordination » avec les partenaires du G5 Sahel, la mission de l’ONU (MINUSMA) et les missions de l’UE (EUTM Mali, EUCAP Mali et EUCAP Niger).

(Nicolas Gros-Verheyde)

Télécharger la déclaration FR et ENG


Une participation parfois symbolique

Pour certains pays, la participation reste symbolique. C'est le cas de la Belgique comme des Pays-Bas. La Haye a ainsi décidé de mettre « un ou deux officiers d'état-major » à disposition au siège de Takuba (à N'Djamena). Une manière d'être « régulièrement informée de l'évolution de la mission et de la situation sur le terrain » indique à B2 un officiel d'un des pays participants. Cela « n'exclut une participation plus importante ultérieurement » précise-t-on du côté belge. Pas question répond-on côté néerlandais. « L'étude de faisabilité a montrée que, en raison du déploiement actuel en Irak et en Afghanistan, les Pays-Bas n'auront pas les capacités nécessaires des forces d'opérations spéciales (SOF) pour participer à Takuba avant... le début de 2022. »


Lire aussi : Le Sahel brûle. Tous les Européens sont bienvenus. Il y a de la place et un rôle pour tous

(mise à jour) précisions sur la participation tchèque et la non participation norvégienne + version anglaise de la déclaration

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).

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