N°31. Le phénomène des combattants étrangers en Europe

(B2) Le phénomène des combattants étrangers, entamé avec l'Afghanistan,  prend une tournure plus directe dans les années 2010, et particulièrement depuis 2013 avec le développement du conflit civil en Syrie. Le nombre de personnes détectées, qui avoisinait au départ quelques centaines, grimpe rapidement à plusieurs milliers (voulant partir, partis ou revenus du champ de bataille). Mais les Européens mettent de longs mois avant de prendre conscience du phénomène et à commencer à mettre en œuvre certaines mesures. Encore aujourd'hui, celui-ci est loin d'être enrayé. On combat plutôt les symptômes que les racines, infiniment plus complexes

La méthode choisie par les Britanniques (ou les Français) de cibler les éléments les plus dangereux des Européens combattants en Syrie dangereux a atteint ses limites (crédit : MOD UK / RAF)
La méthode choisie par les Britanniques (ou les Français) de cibler les éléments les plus dangereux des Européens combattants en Syrie dangereux a atteint ses limites (crédit : MOD UK / RAF)

Des combattants étrangers ... ou des combattants européens ? Le terme même de combattants étrangers (traduit de l'anglais, foreign fighters) est assez impropre. En fait, ce sont des Européens, radicalisés, partis combattre à l'étranger, dans des mouvements extrêmes, en Syrie essentiellement aujourd'hui, et qui présentent à leur retour un risque de terrorisme non négligeable. Il serait plus exact de parler de combattants européens terroristes. Il faut remarquer que cette terminologie n'est pas appliquée à des personnes parties combattre aux côtés d'autres mouvements (kurdes par exemple).

Fin novembre 2010. Le coordinateur de la lutte anti-terroriste, Gilles de Kerchove, avertit dans un rapport aux ministres européens : « Le risque que des Européens se rendent dans des zones de conflit ou participent à des camps d’entraînement de terroristes ailleurs et reviennent ensuite dans leur pays s’est clairement confirmé ces derniers mois ». Il préconise des mesures de prévention et plus restrictives. Les années suivantes lui donneront raison. Lutter contre le terrorisme : nous ne faisons pas assez, dit Gilles de Kerchove

En mars 2013. C'est le ministre néerlandais des Affaires étrangères, Frans Timmermans (devenu en 2014 vice-président de la Commission européenne), qui alerte ses collègues lors du Gymnich (la réunion informelle des ministres des Affaires étrangères), à Dublin, sur le départ en Syrie de « jeunes radicalisés, susceptibles de mourir ou de revenir traumatisés, avec tout ce que (cela comporte) pour les risques de sécurité ». Le danger du radicalisme en Syrie inquiète les Européens

Le 25 mars 2013. Se tient au niveau belge une première réunion d'une task force contre la radicalisation réunissant la plupart des acteurs intéressés (police, éducateurs, ministères, etc.).

En mai 2013. Gilles de Kerchove, coordinateur de l'UE pour la lutte contre le terrorisme, présente aux ambassadeurs du COPS (le Comité politique et de sécurité de l'UE), une nouvelle note tentant d'appréhender le problème des combattants étrangers (européens et autres). On est à quelques centaines de combattants étrangers recensés dans l'Union européenne, la plupart en France et en Belgique. Une série de mesures sont élaborées : de la surveillance en Europe à la coopération avec les pays tiers (Maghreb, Turquie...) en passant par la déradicalisation. Lire : Un plan de bataille face aux Européens partis combattre en Syrie

Les 6 et 7 juin 2013. Les ministres de l'Intérieur et de la Justice de l'UE ont une première discussion sur ce sujet. Ils chargent les groupes de travail d'élaborer des mesures de mise en œuvre, si nécessaire et invitent le coordinateur pour la lutte contre le terrorisme, Gilles de Kerchove, à faire rapport de la mise en œuvre des mesures proposées au Conseil "Justice et affaires intérieures" qui se tiendra en décembre 2013. L'objectif est de revoir la Stratégie européenne de lutte contre le terrorisme (qui date de 2005). Et les '28' demandent à la Commission de présenter, rapidement une communication « décrivant des mesures concrètes dans le but de lutter contre la radicalisation et l'extrémisme violent ». Télécharger le compte-rendu. Lire : Revoir la stratégie européenne de lutte contre le terrorisme

En marge de la réunion, les ministres des pays les plus concernés par la menace (Belgique, France, Allemagne, Danemark, Espagne, Italie, Pays-Bas, Pologne, Royaume-Uni) se réunissent sous la houlette de la ministre belge de l’Intérieur, Joëlle Milquet, et de son homologue français, Bernard Cazeneuve, créant un groupe informel, surnommé G9, qui se réunira à plusieurs reprises ensuite. Les ministres britanniques et français, en particulier, alertent leurs collègues sur le phénomène des « loups solitaires ». Ces personnes radicalisées qui agissent seules, parfois en marge de la société ou de tout autre mouvement. Un risque différent que celui des combattants européens revenus de Syrie. Le coordinateur anti-terroriste de l'UE, avait en avril 2012, rédigé un document à la suite des attaques de Mohamed Merah en France et d'Anders Breivik en Norvège.

Le lundi 24 juin 2013. Dans une communication conjointe intitulée « Vers une approche globale de l'UE face à la crise en Syrie », la Haute représentante de l'UE et la Commission européenne, indiquent leur intention de multiplier les initiatives et actions de « contre-récit » dans le cadre « des travaux entrepris avec le Réseau de sensibilisation à la radicalisation de l'UE ». Lire : Ce que l’Europe veut faire pour aider la Syrie

Le jeudi 5 décembre 2013. Les ministres de l'Intérieur se penchent à nouveau sur l'augmentation du nombre de combattants provenant d'Europe et partant vers la Syrie. Plus de 1500 Européens partis combattre en Syrie, dont 1000 de l'Union européenne (environ 130 en France) et environ 500 provenant des Balkans. Ce qui inquiète au plus haut point. Les ministres répètent aussi la nécessité de mettre en place une base de données communes pour les passagers aériens. L’UE réfléchit à d’autres actions et créer une base PNR européenne est « urgentissime ».

Le mercredi 15 janvier 2014. La Commission indique dans une communication, dix recommandations aux États membres pour « stimuler les efforts déployés contre la radicalisation et l'extrémisme violent ».

Les 23 et 24 janvier 2014. Le sujet est débattu par les ministres au conseil 'Justice et des Affaires intérieures' (JAI) de l'UE, lors de leur réunion informelle, à Athènes. La Commission lance le rappel.

Le 5 juin 2014. Lors d'une réunion des ministres de l'Intérieur des 28, le coordinateur de l'Union européenne pour la lutte contre le terrorisme, Gilles de Kerchove, fait « l'état d'avancement et des propositions » sur les combattants étrangers. Il veut renforcer l’action européenne.

Le vendredi 15 août 2014. Le Conseil de sécurité de l'ONU adopte la résolution 2170, appelant les Etats à prendre les mesures nécessaires, y compris le gel des avoirs, pour éradiquer le phénomène des combattants étrangers et place sous sanctions six personnes liées à Al-Qaïda et directement impliquées dans l’acheminement de ces combattants.

Le samedi 30 août 2014. Lors d'une réunion du Conseil européen spécialement convoqué sur la question du conflit ukrainien et de la situation en Irak, les dirigeants européens affirment leur détermination à stopper le flux de combattants étrangers et appelle à la mise en place « accélérée » des mesures décidées en juin 2013 !

Le mercredi 24 septembre 2014. Face à EIIL, la liste noire anti-terroristes élargie. L’arsenal législatif et policier étendu (ONU). Le Conseil de sécurité des Nations Unies adopte une résolution (2478) enjoignant les États membres, de se doter d'un ensemble législatif de normes visant à lutter contre le terrorisme venant en particulier de l’État islamique en Irak et au Levant (EIIL / ISIL) ou du Front al-Nosra et les combattants étrangers. Un phénomène qui n'est pas marginal puisqu'il concerne environ 13.000 personnes de 80 pays selon le secrétaire général de l'ONU.

Le mercredi 24 septembre 2014. Le coordinateur européen de la lutte anti-terroriste, Gilles de Kerchove, dresse un portrait plutôt pessimiste de la situation face au risque présenté par Daesh en Irak ou en Syrie : environ 3000 Européens impliqués, dont près de 1000 en France, 500 au Royaume-Uni et 400-450 en Belgique.. Lire : Le gros risque de Daech : ses moyens, son expansion, les combattants européens

Le mardi 9 octobre 2014. Les ministres de l'Intérieur et de la justice des '28', réunis à Luxembourg, définissent une feuille de route face aux combattants étrangers, par des modalités de lutte et de coordination au niveau européen.

En décembre 2014. La réponse judiciaire insuffisante. Pistes de solution : La réponse judiciaire doit « être améliorée » avertit Gilles de Kerchove dans une note confidentielle remise aux ministres de la Justice et de l'intérieur des "28" le 2 décembre. Sur plus de 3000 combattants étrangers, « il y a eu moins de 10 condamnations ».

Les attentats de Paris d'abord le 7-9 janvier, de Copenhague ensuite en février, changent la donne et la réponse européenne qui semble vouloir embrayer plus rapidement à partir de 2015. Voir aussi notre dossier N°32. L’Europe face à une nouvelle vague de terrorisme

Le lundi 8 janvier 2015. Le ministre letton des Affaires étrangères avertit : « aucun pays n'est à l'abri ». La Lettonie a par exemple trois personnes parties combattre non pas en Syrie mais en Ukraine. Lire : Lutte contre le terrorisme. L’appel à la raison de Rinkevics (Lettonie)

Le vendredi 23 janvier 2015. La Commission européenne souhaitait réexaminer la définition du terrorisme. Interrogé par B2, un porte-parole confirme bien qu'il existe un vide juridique sur la notion de poursuite ou prévenir les départs des combattants étrangers vers la Syrie ou l’Irak. Il n’existe « aucune législation fournissant une définition commune des combattants étrangers ». Mais aucun délai n'est indiqué pour ce travail.

Le jeudi 9 juillet 2015. Le Parlement européen appelle la Commission à proposer une définition des combattants étrangers (lire Carnet (14.07.2015)). Télécharger la résolution

UnitSignalContenusInternet EU-IRU@EuropolLe mercredi 1er juillet 2015, une unité chargée du signalement des contenus sur Internet (EU-IRU- est mise en place au sein d'Europol.

Le jeudi 22 octobre 2015. Les états membres du Conseil de l'Europe signent à Riga le protocole de la Convention sur le terrorisme du Conseil de l'Europe.

En novembre 2015. Le chiffre de combattants étrangers présumés ou réels a explosé.

Le lundi 16 novembre 2015. Devant les ministres des Affaires étrangères, Gilles de Kerchove indique on est à « plus de 5.000 dans l'Union européenne ». C' est sans compter les autres pays d'Europe ou du Maghreb : Tunisie entre 5 à 10.000), Maroc (plus de 1000), etc.

Le lundi 16 novembre 2015. À Antalya (Turquie), les chefs d’État et de gouvernement du G20 adoptent une Déclaration sur la lutte contre le terrorisme. Ils conviennent de s'attaquer aux circuits de financement du terrorisme, aux conditions propices au terrorisme, notamment la radicalisation et le recrutement et plus généralement à la menace que représente le flux croissant de combattants terroristes étrangers.

Le vendredi 20 novembre 2015. Les ministres de l'Intérieur et de la Justice, dans une réunion spéciale, adoptent des conclusions sur le renforcement de la réponse pénale à la radicalisation.

Le 2 décembre 2015. La Commission propose de modifier la définition européenne pour les combattants étrangers, de la directive sur le terrorisme contenue dans la directive de 2002, afin d'inclure de façon plus large les combattants étrangers, ceux qui les recrutent, assurent la logistique ou le financement.

Le lundi 14 décembre 2015. La Haute représentante de l'UE, Federica Mogherini, avertit lors de la réunion mensuelle des ministres des Affaires étrangères de l'UE. « La menace grandit, à l'intérieur comme à l'extérieur de l'UE », indique-t-elle mettant en avant la succession d'attaques terroristes qui ont lieu en 2015 non seulement à Paris mais à l'extérieur (Beyrouth, Tunis, Bamako et Ankara). La question des combattants terroristes étrangers devient « un énorme problème dans la majeure partie de la région Afrique du Nord / Moyen-Orient ». Lire : 10 mois après. Bilan de la lutte contre le terrorisme, dans son volet extérieur

Le vendredi 18 décembre 2015. Les Chefs d’État et de gouvernement réunis en sommet à Bruxelles, conviennent d'introduire  « systématiquement » dans le système Schengen de deuxième génération (SIS II), les données sur les combattants terroristes étrangers, etc. Télécharger les conclusions

*Lundi 18 Janvier 2016, un rapport d'Europol souligne qu'il y a tout lieu de penser que « l'Organisation de l'Etat islamique va mener, un autre attentat terroriste quelque part en Europe à nouveau, plus particulièrement en France, destiné à faire de nombreuses victimes parmi la population civile ». Une menace qui s'ajoute à la menace d'attaques des 'loups solitaires', « qui n'a pas diminué » ajoute-t-il. Lire : Daesh, des combattants préparés, prêts à l’action selon Europol. Le profil des kamikazes disséqué

*Jeudi 14 avril 2016, le ministre belge de l'Intérieur, Jan Jambon, déclare dans une interview au Figaro, que 458 Belges sont suivis en tant que combattants "étrangers". Il y a « actuellement 268 Belges présents en Syrie, 4 en route pour rejoindre la Syrie, 69 ont tentés de partir et 117 sont revenus, selon nos estimations ». Il indique que la surveillance de toutes ces personnes est « en pratique infaisable ». « Il faut au moins 24 personnes à temps plein pour contrôler un individu 24h/24, 7 jours/7 ».

*Vendredi 13 mai 2016, un rapport par le centre de lutte anti-terroriste d'Europol dresse un bilan sur les combattants étrangers. Le nombre de signalements effectué par l'intermédiaire de l'organisation policière a été multiplié par six en un an. 5.353 fiches de combattants étrangers qui voyagent ont ainsi été établies « dont 2.956 combattants étrangers, signalés individuellement par les Etats membres ». Télécharger le rapport

En mai 2016 également, le quotidien Volkskrant annonce que le service de renseignements néerlandais AIVD a mis en place un registre spécial des enfants (à partir de 9 ans) qui partent en Syrie. Ceux-ci n'étaient jusqu'ici pas suivis ni comptabilisés. Ils seront désormais comptabilisés de la même façon que les adultes djihadistes. Le service a ainsi recensé 70 adolescents. 250 Néerlandais ou résidents aux Pays-Bas ont rejoint Daesh en Syrie, 42 personnes ont été tuées et 40 personnes sont revenues.

*Mardi 20 septembre 2016, l'Union européenne décide de compléter son dispositif de "sanctions" sur le terrorisme. Elle adopte un nouvel instrument permettant de mettre en place, de manière autonome, des sanctions (gel des avoirs et / ou interdiction de visas) contre toute personne (ou entité) qui soutient l'organisation de l'Etat islamique (EIIL/Daech) et Al-Qaida. Un dispositif qui vise notamment à combattre le phénomène des "combattants étrangers". Lire : L’arsenal européen de sanctions contre Daesh et Al-Qaida renforcé. Les combattants étrangers visés

*Vendredi 18 novembre 2016, presque deux ans après la déclaration des 28 sur la lutte anti-terrorisme le 12 février 2015, le coordinateur de la lutte anti-terroriste Gilles De Kerchove dresse devant les ministres de l'Intérieur le bilan des mesures prises par les Européens en matière de lutte anti-terroriste. Lire : La lutte contre le terrorisme : des résultats pas à la hauteur des enjeux (rapport)

*Lundi 27 mars 2017, dans une note confidentielle transmise aux ministres de l'Intérieur de l'UE, le coordinateur anti-terroriste, Gilles de Kerchove, avertit d'un risque jusqu'ici laissé en arrière plan dans la gestion des combattants étrangers : celui du retour des enfants et adolescents du territoire contrôlé par Daesh vers l'Europe. Lire : La radicalisation des jeunes, un fléau à affronter rapidement

*Mercredi 7 juin 2017, le secrétaire général adjoint des Nations Unies aux affaires politiques, Jeffrey Feltman, prévient que Daesh, confronté à des reculs sur le terrain et à des difficultés financières, se focalise de plus en plus sur des attaques en dehors des zones de conflit. En Europe, Daesh « a utilisé sa présence en ligne pour encourager ses partisans à organiser des attaques dans leurs pays de résidence » et les combattants étrangers « qui quittent le champ de bataille pour rentrer dans d'autres régions représentent une menace considérable pour la sécurité internationale ». (communiqué)

*Vendredi 16 juin 2017, un premier combattant étranger est poursuivi. La police tchèque engage des poursuites contre un ancien militaire tchèque qui a pris part aux combats dans l'Est de l'Ukraine aux côtés des séparatistes pro-russes, selon l'hebdomadaire Respekt. La police entend l'inculper pour préparation d'une attaque terroriste. Une trentaine de Tchèques seraient engagés aux côtés des rebelles pro-russes, selon la presse.

*Jeudi 21 décembre 2017, le Conseil de sécurité des Nations unies adopte à l’unanimité une résolution (2396) sur les combattants terroristes étrangers qui rappelle aux États membres leurs obligations et engagements dans la lutte contre ce phénomène et leur demande de prendre des mesures appropriées en matière de sécurité des frontières, de partage d’informations, de coopération et de poursuites en justice, ainsi qu’en matière de réinsertion des combattants de retour dans leurs pays.

*Mardi 13 février 2018, quinze ministres de la défense de la coalition anti-daesh se retrouvent à Rome, notamment pour discuter du sort des Européens combattants en Syrie et faits prisonniers par leurs alliés kurdes / arabes. NB : La plupart des pays ne souhaitent pas rapatrier pour juger ces "combattants étrangers" même s'ils en ont la compétence juridique.

*Mardi 20 février 2018, le coordinateur européen pour la lutte contre le terrorisme, Gilles de Kerchove, estime « le retour des djihadistes, moins massif qu'attendu ». Dans une interview au quotidien suisse Le Temps, il évalue à « 5000 » le nombre d'Européens « partis rejoindre Daesh et Jabhat al-Nosra ». Sur ce nombre, « un millier ont été identifiés comme morts sur place, 1500 sont déjà revenus, surtout dans les années 2013 à 2015. Potentiellement, il en reste donc 2500 ». Certains peuvent être coincés en Turquie, d'autres partis sur « d'autres terrains d'opérations (vers les Philippines, l’Indonésie et la Malaisie, ou encore vers l’Afghanistan) ». Cela oblige selon le coordinateur à renforcer « l'échange de renseignements dans un espace plus large ».

*Mardi 11 septembre 2018, un assaut du régime syrien sur la province d'Idleb est « un risque sécuritaire » pour l'Europe, assure le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian. « Dans cette zone se trouvent beaucoup de djihadistes, se réclamant plutôt d'Al-Qaïda, qui sont entre 10.000 et 15.000 et qui sont des risques pour demain pour notre sécurité », indique t-il sur BFMTV, évaluant à « quelques dizaines » le nombre de combattants français parmi eux.

*Jeudi 1er novembre 2018, l'ONU publie son rapport sur sa mission au Kosovo (MINUK), notant que alors que la situation de sécurité est restée calme pendant l'été, c'est surtout « le retour de combattants kosovars venant de zones de conflit à l'étranger [qui] reste un sujet de préoccupation ». Plusieurs personnes ont été condamnées soit pour « avoir organisé des groupes terroristes [ou] pris part », soit pour avoir « tenté de rejoindre un groupe armé étranger » ou avoir « diffusé sur les médias sociaux des contenus favorables à l’État islamique ». Un projet d'attentat dans des zones à majorité serbe et contre les soldats de la KFOR, a même été éventé

*Mardi 29 janvier 2019, la France fait évoluer sa doctrine en matière de djihadistes détenus par les forces kurdes et arabes. « Nous examinons toutes les options pour éviter l'évasion et la dispersion de ces personnes potentiellement dangereuses » a indiqué le porte-parole du Quai d’Orsay. « Si les forces qui ont la garde de combattants français prenaient la décision de les expulser vers la France, ceux-ci seraient immédiatement remis à la justice. Ces personnes ont volontairement rejoint une organisation terroriste, qui combat au Levant, a commis des attentats en France et continue de nous menacer. »

*Lundi 18 février 2019, la question du retour des combattants étrangers est au cœur des discussions des ministres des Affaires étrangères de l'UE. Conscients de la nécessité de résoudre ce problème, les 28 en sont pourtant encore à se poser des questions sur l'attitude à adopter. Lire : Retour des combattants étrangers de Syrie ou d’Irak. Une réflexion dispersée des 28 sur une question « très sensible » (V2)

Le Français Brahim el Khayari, né en mai 1992 à Nîmes, est ajouté à la liste noire de l’UE avec effet immédiat. Et ses avoirs gelés. Aucun motif explicite n'a été donné, si ce n'est le motif général de la décision : « la menace persistante » des personnes liées à Daech (ISIS) et Al Qaeda. Lire : Filière de combattants étrangers. Un Gardois mis sur liste noire de l’UE

*Mercredi 6 mars 2019, la France maintient sa position sur le rapatriement des djihadistes, a indique le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian devant le Sénat. « Lorsque des Français ont pris les armes dans la région, ils ont combattu contre la France ! Lorsqu'ils sont arrêtés, il est logique en droit qu'ils soient jugés là où ils ont commis des crimes, dès lors qu'un système judiciaire suffisant existe, ce qui est le cas en Irak. » En Syrie, c'est une autre affaire. « La guerre n'est pas terminée. » Quant aux enfants, ils « donnent lieu à une gestion au cas par cas. En Irak, ce processus a commencé, notamment avec la Croix-rouge internationale. » (audition)

*Samedi 23 mars 2019, la bataille de Baghouz (commencée en le 9 février) se termine par une victoire des forces démocratiques syriennes (SDF) et marque pour Daech la perte du dernier territoire sous son contrôle en Syrie. Une grande quantité de combattants étrangers et leurs familles sont présents pendant la bataille et se retrouvent sous contrôle SDF après la chute de la ville. Ils sont ensuite placés dans des camps de détention.

*Jeudi 15 mai 2019, le Süddeutsche Zeitung rapporte que les Irakiens auraient proposé à l'Allemagne de garder 2000 prisonniers dans leur prison 'spéciale' pour combattants étrangers en échange de dix millions $ par personne. Cette information a été transmise par le gouvernement irakien à l'ambassade allemande à Bagdad.

*Mercredi 26 juin 2019, quelques jours avant le début de la présidence finlandaise de l'UE, le ministre des Affaires étrangères, Pekka Haavisto parle des combattants étrangers lors d'une conférence de presse. À ses yeux, il est particulièrement important que « les droits des enfants soient garantis ». Il affirme également que le gouvernement finlandais « soutient » l'idée « d'une cour hybride soutenue par la communauté internationale ».

Cependant, la Finlande ne prévoit pas de rapatrier de façon automatique les familles finlandaises ayant été aux côtés de Daesh, retenues dans les camps en Syrie et Irak, aurait indiqué le nouveau Premier ministre finlandais (social-démocrate), Antti Rinne, selon la presse finlandaise.
 Il faudra se prononcer « au cas par cas ».

*Jeudi 27 juin 2019, les États-Unis rappellent qu'ils attendent de l'UE en Syrie qu'elle fournisse une « aide humanitaire », mais aussi qu'elle reprenne ses combattants étrangers capturés, déclare l'ambassadeur américain auprès de la coalition de lutte contre Daesh lors d'une réunion de la coalition en marge de la ministérielle de l'OTAN.

♦ Mercredi 9 octobre, le président turque Recep Tayyip Erdoğan lance une offensive sur le Nord-Syrie (lire : Dossier N°76 ), zone peuplée majoritairement par les Kurdes, qui détiennent nombre de combattants européens. Cela remet le sujet sur la table.

*Mercredi 16 octobre, une semaine après le début de l'offensive turque, des spécialistes belges du renseignement (SGRS), d'analyse de la menace (OCAM) et de la magistrature sont en audition au Parlement belge. Ils informent du suivi difficile des combattants européens depuis l'offensive. Lire : Suivre les combattants étrangers en Syrie, tâche compliquée par l’offensive turque. Les juger sur place difficile. Les responsables belges parlent

Il y aurait 1200 combattants européens, venant de 11 pays de l'UE, détenus en Syrie et en Irak selon l'institut d'Egmont, qui publie une estimation des chiffres le 15 octobre. Lire : Les combattants étrangers en Syrie : combien sont-ils ? D’où viennent-ils ?

*Jeudi 17 octobre, le ministre de l'Intérieur, Christophe Castaner, l'a assuré sur France 2 : malgré l'invasion turque dans le nord de la Syrie, les membres de l'État islamique prisonniers des Kurdes restent sous contrôle : « Il y a une prison qui a été ouverte, toutes les prisons ne sont pas concernées. [...] Nous savons à l'unité près où sont les prisonniers français. Les plus dangereux sont sous bonne garde en prison. »

*Vendredi 1er novembre 2019, le Premier ministre néerlandais Mark Rutte a confirmé la position gouvernementale de prendre des décisions « au cas par cas » sur le rapatriement des femmes comme des enfants de Syrie, ne voulant pas se prononcer sur le retour des enfants et de leurs mères arrivés à Ankara. (script)

Pour Thomas Renard, chercheur à l'institut d'Egmont, entre un tribunal international infaisable et une solution irakienne difficile, la moins mauvaise des solutions reste le rapatriement des combattants européens présents en Syrie ou en Irak. Lire : Rapatrier les combattants européens de Syrie : sans doute la moins mauvaise solution

*Samedi 2 novembre 2019, « Nous renverrons les membres de Daech dans leur pays. Nous n'allons pas pouvoir les garder jusqu'à la fin des temps. Nous ne sommes pas un hôtel pour les membres de Daech » a déclaré le ministre turc de l'Intérieur, Suleyman Soylu, à des journalistes.  Il a critiqué la politique des Pays-Bas et du Royaume-Uni, de déchoir de nationalité certains de leurs ressortissants pour empêcher leur expulsion. « Ils ont trouvé une solution facile [...] Ils disent: 'Je l'ai déchu de sa nationalité, débrouillez-vous'. C'est inacceptable de notre point de vue. C'est totalement irresponsable ».

*Jeudi 7 novembre 2019, Christiane Hoehn, conseillère principale du coordinateur de l’UE pour la lutte contre le terrorisme, en audition au Parlement européen, réitère : « Il n'y a pas de politique de l'Union européenne sur le rapatriement des combattants étrangers ou 'foreign terrorist fighters' (FTF) et les membres de leurs famille qui sont en Syrie » car « les États membres le voient comme une question de sécurité nationale ». Lire : L’UE priée de fermer les yeux sur le sort des combattants étrangers en Syrie

(NGV)

Mis à jour le 13 novembre 2019.

Lire aussi : La définition du terrorisme revue à la lueur des combattants étrangers (fiche)

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen à l'université Paris I Pantheon Sorbonne. Journaliste professionnel depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir). Auditeur de la 65e session de l'IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale).

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