Les Russes démoralisés, épuisés, mais pas vaincus. L’Ukraine attend le matériel occidental pour rééquilibrer les forces (v2)

(B2 à Kiev) Chaque jour, les armées ukrainiennes font un point sur l'état du champ de bataille. En coulisse, B2 a pu s'entretenir les 22 et 24 mai avec le colonel Oleksandr Motuzyanyk, porte-parole de la Défense ukrainienne pour détailler certains points.

colonel Oleksandr Motuzyanyk (© NGV /B2)

Objectif des Russes

L'objectif de Moscou reste le même depuis son attaque sur l'Ukraine le 24 février : « essayer d'encercler les opérations conjointes » menées par les forces ukrainiennes (NB : forces armées et régiments territoriaux), « assurer le plein contrôle des oblasts de Louhansk et Donetsk et établir un corridor terrestre entre les territoires occupés de Crimée ». Ils utilisent pour cela « des missiles et frappes aériennes performantes. L'ennemi utilise des missiles Kalibr lancés de la mer », explique le colonel Oleksandr Motuzyanyk.

30 bataillons en réserve du côté russe

« Les Russes sont épuisés. Mais ils ne sont pas vaincus. Ils ont engagé 90 groupements tactiques (bataillons) mais en ont toujours 30 en réserve » précise à B2 le porte-parole. Ils « alternent positions offensives et positions défensives » pour permettre de tenir. Après avoir « re-complété leur effectifs et leur matériel, ils reviennent » ainsi reprendre leur place dans la bataille, détaille-t-il. « On ne peut donc pas dire qu'ils sont vaincus. Malheureusement. »

Démoralisation et pertes importantes

Les Russes sont « extrêmement démoralisés », c'est sûr, avance l'Ukrainien. Ils « manquent de matériel, de logistique. Mais aussi, ils ont un retour négatif, du fait des lourdes pertes subies chaque jour, c'est difficile ». « Nous estimons que les Russes ont perdu plus ou moins 30.000 hommes » (29.000 hommes selon le dernier bilan donné quotidiennement). Ce qui « témoigne de la force de nos offensives ». Du côté ukrainien, on ne veut donner aucun chiffre. « Seul le président communique sur ce sujet. » « Ce n'est pas un secret, nous avons perdu beaucoup d'hommes », reconnaît le porte-parole des forces armées, « mais moins que les Russes », se félicite-t-il.

L'artillerie : un avantage sérieux pour les Russes

Les Russes ont un « avantage actuel sur le terrain » : la puissance de feu. Ils « sont mieux dotés », ils disposent de « davantage d'artillerie que nous », reconnaît notre interlocuteur. Du moins pour l'instant. La situation pourrait se renverser avec l'arrivée des matériels occidentaux, dotés du standard OTAN de 155 mm (qui va remplacer le 152 mm standard de l'armée ukrainienne comme russe et des armées ex-soviétiques (1)). « Nous aurons des canons avec une portée supérieure, à partir de 30 km (ou 40 km), des munitions plus précises, plus performantes ». Ils pourront ainsi atteindre les arrières des positions russes, détruire les engins d'artillerie, sans pouvoir eux-mêmes être atteints par eux.

Sans le matériel occidental, pas de succès

« C'est vraiment super. Nous avons des équipes d'artilleurs très motivés, très performants, parmi les meilleurs au monde », indique-t-il. « Fournissez-nous les équipements, le reste on s'en occupe », insiste-t-il. Ces équipements occidentaux, « les drones [Bayraktar] fournis par la Turquie et les Émirats arabes unis, comme les Javelin sont parfaits ». Les autres matériels occidentaux, comme les canons Caesar d'une portée affichée de 46 km, sont « attendus avec impatience » (2). Selon lui, ils « permettront de rééquilibrer la situation ».

(Propos recueillis par Nicolas Gros-Verheyde, à Kiev)


« L'agresseur a intensifié le feu de l'artillerie. La situation est extrêmement difficile. L'occupant utilise tous les moyens à sa disposition. Cela atteint une intensité maximale, dans différents positions. On s'attend à une période longue, difficile, douloureuse » confirme la vice-ministre de la Défense, Anna Malyar, lors d'un point de presse jeudi (26 mai). Et de fustiger, « ceux qui ressortent l'idée traîtresse d'apaiser l'agresseur. Nous rejetons ce pacifisme faible. L'Ukraine se battra pour la libération complète de ses territoires dans ses frontières internationalement reconnus (NB : cela vise également la Crimée). La [seule] façon pour Poutine de sauver la face est de se retirer de nos territoires. »


  1. Précision donnée par une autre source.
  2. Les premiers canons Caesar de fabrication française sont arrivés sur le terrain, tandis que la formation des premiers artilleurs ukrainiens se termine. Une vidéo a été diffusée par le ministère ukrainien sur cette formation, se terminant par un « Merci France »

Entretien réalisé de visu le 22 mai, puis le 24 mai, à Kiev, moitié en anglais, moitié en ukrainien via un traducteur officiel, en marge du point de presse quotidien. Mis à jour le 26 mai (soir) avec les propos complémentaires de la vice-ministre de la Défense.

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).

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